AU FIL DES HOMELIES

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ILS CHERCHAIENT A LE SAISIR

Sg 2, 1+10-22 ; Jn 7, 14-30

Vendredi de la quatrième semaine de Carême – A

(6 avril 1984)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

L

 

'altercation de Jésus avec les juifs que nous venons d'entendre dans l'évangile a pour cause la guérison du paralytique de Bézatha un jour de sabbat. Nous voyons la tension et la violence monter de plus en plus entre Jésus et la foule, au point que les opposants à Jésus se contredisent eux-mêmes. Quand Jésus les accuse de vouloir le tuer, ils disent : "Un démon te possède. Qui veut te tuer ?" Et quelques secondes après certains disent : "N'est-ce pas celui que veulent tuer les chefs du peuple ? Auraient-ils donc changé d'avis puisqu'ils le laissent enseigner librement ?" Et nous voyons à la fin du texte que "Ils cherchaient à le saisir, mais personne ne mit la main sur Lui parce que son heure n'était pas encore venue." Cette heure qui s'approche sera celle de sa Pâque, son passage par la mort jusqu'à la Résurrection.

Tout au long de cette page d'évangile Jésus revendique son origine divine. Il n'enseigne pas une doctrine qui lui appartiendrait à Lui seul, mais sa parole c'est la doctrine de Celui qui l'a envoyé, du Père qui l'a envoyé. Et quand la foule dit : "Le vrai Messie, nous ne saurons pas d'où Il vient, Il surgira de façon mystérieuse, alors que cet homme nous savons bien d'où Il vient" et bientôt ils diront : "Nous savons qu'Il vient de Nazareth, qu'Il vient de Galilée", Jésus leur répondra : "Vous croyez me connaître. Vous vous imaginez que vous savez d'où Je suis. Pourtant je ne suis pas venu de moi-même". Je ne suis pas venu de manière seulement humaine. Celui qui vraiment est la source de mon être, "Celui-là, Moi je le connais, mais vous, vous ne le connaissez pas. Parce que je viens d'auprès de Lui et que vous, vous êtes dans votre péché."

Ainsi de page en page, nous sentons se refermer autour du Christ l'étau de la haine, de l'incompréhension, de la violence et, petit à petit, s'approche cette heure du Christ. C'est pourquoi nous avons lu le texte du livre de la sagesse qu'on lisait, au quatrième siècle pendant la semaine sainte, parce que c'est un des plus grands textes de l'Ancien Testament qui annonce la Passion du Christ, presqu'à l'égal du psaume 21 : "Ils ont percé mes mains et mes pieds. Mon Dieu! Mon Dieu ! Pourquoi m'as-Tu abandonné"; ou encore de cet hymne du Serviteur souffrant du chapitre 53 d'Isaïe. Je voudrais vous relire quelques passages de ce texte de la Sagesse car il est très précieux pour notre méditation, pour que nous préparions notre cœur à vivre cette passion du Christ.

"Les impies disent entre eux : Opprimons le Juste. Écrasons le vieillard. N'ayons pas d'égards pour la veuve, pour le pauvre, car ce qui est faible est inutile. Il se dit le Fils du Seigneur. Voyons s'il en sera selon ses dires ! Expérimentons ce que sera sa fin. Eprouvons-le par les outrages et les tortures afin de mettre à l'épreuve sa résignation et de connaître sa douceur. Condamnons-le à une mort honteuse puisque, d'après ses dires, il sera visité par Dieu."

Ces paroles des impies dans le livre de la Sagesse sont extraordinairement semblables, presque mot à mot, aux paroles que diront les soldats, les Chefs des prêtres, les chefs des Juifs, et même un des deux larrons quand Jésus sera en croix : "Si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi Toi-même. Descends de ta croix. Délivre toi et nous avec toi". Il y a dans ces textes de l'Ancien Testament le pressentiment du salut que Dieu nous apportera non pas par sa puissance, mais par cette douceur, cette faiblesse qui, aux yeux du monde, est inutile, cette faiblesse qui, aux yeux du monde, doit être écrasée, cette pauvreté qui ne doit susciter que mépris. Pour nous sauver, Jésus, le Fils de Dieu a choisi d'être pauvre au milieu des pauvres, faible au milieu des faibles, opprimé au milieu des opprimés. Et ce n'est pas par sa puissance mais par sa douceur ou plutôt par la puissance de sa douceur qu'Il nous a sauvés.

Je crois que dans un monde où, de plus en plus, les chrétiens sont minoritaires, où nous devenons pauvres, où, en certaines régions du globe, nous sommes déjà faibles, où déjà certains de nos frères sont opprimés, sont écrasés, déjà les impies se disent en se moquant : "Mettons à l'épreuve leur résignation et voyons ce qu'il en est de leur douceur". Il faut que nous comprenions que nous sommes appelés à vivre comme le Christ et à participer avec Lui au salut du monde, par les moyens qui sont les siens, c'est-à-dire non pas par les moyens de force et de puissance mais par l'acceptation de cette douceur, par l'acceptation de cette incompréhension du monde.

Il est normal que l'amour ne soit pas aimé. Il est normal que le salut ne soit pas accepté. Il est normal que ceux qui viennent les mains vides soient persécutés. Il est normal que les impies qui préfèrent la force, qui préfèrent l'argent, qui préfèrent le bonheur humain, que ces impies ne comprennent rien au message du Christ, au salut du Christ et qu'ils en veuillent à ceux qui sont, comme le Christ, minoritaires et qui viennent ainsi les mains vides. Alors ne nous étonnons pas s'il y a ainsi déchaînement de violence contre les disciples du Christ, contre nos frères. Et nous-mêmes, remplissons notre cœur de la certitude de cette douceur du Christ, de la certitude de cette espérance dans le Christ : "Car la malice aveugle les impies. Ils ignorent les secrets de Dieu". Ils ne savent pas qu'il y a une gloire pour la sainteté et que ceux qui gardent leur âme dans la pureté et la douceur de Dieu connaîtront son visage. Nous le savons et nous ne devons donc pas être étonnés. Nous ne devons pas perdre pied devant cet apparent refus du salut. Nous devons savoir que cela fait partie des voies de Dieu et que c'est ainsi que nous sommes appelés à témoigner, dans la petitesse, dans la faiblesse et la pauvreté de la force de Dieu qui est plus forte que toutes les forces humaines.

 

AMEN

 
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