AU FIL DES HOMELIES

Photos

PAROLE VIVANTE

Sg 2, 1+10-22 ; Jn 7, 14-30

Vendredi de la quatrième semaine de carême – C

(24 mars 1989)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

E

st-ce que nous laissons à la Parole de Dieu le soin d'être une Parole vivante et autonome ? Dans la façon dont nous l'avons écoutée, à l'instant, est-ce que nous avons essayé de comprendre ou est-ce que nous avons été saisis par quelqu'un, quelqu'un qui vit ? une vivante présence qui tient à se saisir de nous et qui parle de nous pour nous dire où nous allons et d'où nous venons ? Est-ce que nous n'avons mis comme un premier crible qui serait notre intelligence qui veut comprendre avant même d'adhé­rer.

Dans le Deutéronome, une phrase précisait, lorsque la Loi était proclamée, que le peuple réponde : "Oui, nous le ferons et nous l'écouterons !" Dans ce sens-là, pas dans l'autre sens. C'est dire que, pour comprendre la Parole, il faut d'abord qu'elle adhère à nous, qu'elle s'enracine, que nous ayons accepté qu'elle soit une parole vivante de quelqu'un qui nous parle et qui nous parle de nous.

Un philosophe danois, Kierkegaard disait : "L'évangile est un miroir qui ne cesse de refléter in­lassablement notre image future." Or il y a plusieurs façons de regarder un miroir. Nous pouvons fixer nos yeux sur le cadre qui l'entoure, en constatant ça et là les imperfections de ce cadre. Ou au contraire, ac­cepter de voir notre reflet, passé et futur. Accepter de nous situer dans une position de telle dépendance par rapport à cette Parole qu'aucune parole ne pourrait la remplacer. C'est cela lui donner réellement l'autono­mie d'une parole vivante. C'est accepter que même notre parole humaine soit incapable et handicapée par rapport à cette parole de Dieu. Il y a un statut propre à la Parole de Dieu, non pas qu'elle reste un mystère nébuleux et fumeux autour de nous, mais elle est faite pour viser d'une flèche ardente le cœur de l'homme et pour s'y ficher, afin de lui donner la vie.

Dans l'Ancien Testament, il y a souvent allu­sion à un Dieu archer qui lance des flèches comme de son carquois. Ces flèches, c'est ce Verbe qui descend du Ciel afin de se nicher dans le cœur de l'homme. Encore faut-il que le cœur de l'homme ne soit pas lové au fond d'une niche inaccessible à cette Parole, mais qu'Il s'ouvre à cette Parole.

Kierkegaard continuait son analyse en disant : "Nous avons tellement l'habitude de nous réfugier dans le général." Jésus ne parle pas en général, Il parle en particulier. C'est la foule qui criera Barabbas et qui demandera de crucifier le Christ. Mais une foule c'est une espèce d'inconscience anonyme, ab­surde, violente, qui n'est même pas la somme des volontés de ceux qui la composent. La foule, elle n'est rien. Jésus ne peut pas parler à un foule. Il sait que, dans son inconscience, la foule veut le tuer. Or c'est au cœur de l'homme que la Parole peut s'adresser, non pas au cœur d'une foule.

Et nous qui sommes ici rassemblés, nous avons entendu, individuellement, cette Parole Et nous ressortirons, individuellement, nourris de cette Parole, et nous sommes, les uns avec les autres, non pas une foule anonyme réunie par le Christ, mais une richesse composée d'individus qui constituent un peuple de Dieu dont chaque membre reçoit individuellement este Parole, selon ce que nous sommes personnelle­ment. C'est cela le peuple de Dieu, ce n'est pas la confusion des individus les uns avec les autres, mais c'est la distinction. Et cette Parole a une façon de nous atteindre cime un chant qui murmure à nos oreilles et qui ne ressemble en rien au chant par lequel cette Parole atteint les oreilles de notre voisin.

Dans cette marche vers Pâques, c'est Pâques qui vient vers nous, car si nous marchons à notre pro­pre rythme, il est tellement lent que nous n'arriverons jamais à Pâques. Pâques s'avançant vers nous nous demande de nous revoie dans le miroir de cette Parole de Dieu, d'accepter d'y lire à la fois nos traits d'au­jourd'hui, de l'imposture nichée au fond de nous-même, mais aussi les traits de la gloire qui nous est destinée, au même titre que le Christ reflète sans arrêt notre image. Car la Parole qu'Il incarne ne vient pas de Lui, mais vient d'au-delà de Lui et c'est pour cela qu'elle est divine, c'est pour cela que, venant, de plus loin, elle peut venir jusqu'au fond de notre cœur.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public