AU FIL DES HOMELIES

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COMMENT SAIT-IL TOUT CELÀ ?

Sg 2, 1+10-22 ; Jn 7, 14-30

Vendredi de la quatrième semaine de carême – B

(15 mars 1991)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

C

omment connaît-Il les lettres sans avoir étu­dié ? " J'avoue que la question n'est pas dé­nuée de sens. Elle est même judicieuse. Et vous savez bien que "les gens qui en savent beau­coup" même les prêtres, c'est parce qu'ils ont beau­coup étudié, ce n'est pas toujours sûr. Cependant, cette question est intéressante parce que, justement, il est question de la lettre aux yeux des pharisiens. Ils sont étonnés des connaissances de Jésus ou plus exactement ils sont étonnés de ne pas connaître ce que sait Jésus, eux qui ont passé leur temps à étudier. Ils rejoignent ces impies du Livre de la Sagesse qui di­sent du juste, figure de Jésus : "Il se flatte d'avoir la connaissance de Dieu et se nomme enfant du Seigneur !" Il se flatte d'avoir la connaissance de Dieu. Voilà bien une querelle d'intellectuels ou d'universitaires, dirions-nous. Peut-être, et si c'est cela ça n'a aucun intérêt, surtout pas dans l'évangile, ni dans le reste du monde, d'ailleurs.

"Comment connaît-Il les lettres sans avoir étudié ?" Les pharisiens ne connaissaient que la lettre de la Loi. C'est pour cela qu'ils étaient étonnés de voir que Jésus en savait davantage, sans être allé à l'école. Ils ne connaissaient que la lettre de la Loi qu'ils appli­quaient justement comme une loi extérieure parce qu'ils avaient évacué l'esprit. Or Jésus n'enseigne pas selon des lettres, Il enseigne selon l'esprit, selon l'Es­prit Saint. Et ce que les pharisiens ne comprennent pas, ce qu'ils ne peuvent pas comprendre d'ailleurs ou ne veulent pas comprendre, c'est qu'avec Jésus il ne s'agit plus d'un enseignement de lettre ou de loi ou d'Écriture, mais d'un enseignement selon la chair. La chair, pas la chaire d'enseignement mais la chair bio­logique, la chair humaine.

Il est question de la chair du Christ parce que le Verbe, la Lettre, dans l'Esprit et par l'Esprit, s'est fait chair. C'est donc bien le mystère de l'Écriture qui s'accomplit dont il est ici question. Mais non pas de l'Ecriture qui va s'accomplir parce qu'elle sera abso­lument, parfaitement observée selon toutes les lois, et Dieu sait, Dieu seul le sait d'ailleurs, combien il y avait de lois dans le Livre de Moïse. Cette lettre, cette Écriture, elle va s'accomplir, non pas dans un ensei­gnement parfait mais dans la chair parfaite du Christ, chair prise à l'humanité par l'Esprit Saint. Et cette chair du Christ c'est cela la véritable connaissance qu'Il a et qu'Il nous donne. Ce n'est pas une connais­sance universitaire ou intellectuelle mais c'est une connaissance de Dieu, c'est la connaissance du Père, c'est la connaissance en tant que Fils du Père, en tant que Verbe de Dieu qui s'est fait chair. Voilà pourquoi personne d'autre ne peut connaître l'enseignement de Jésus que Lui-même car ce n'est pas un enseignement que l'on donne ou que l'on apprend, ce n'est que Jé­sus-Christ qui se donne pour nous apprendre qui Il est et qui est le Père.

Et ceci ne peut se faire, pour Lui comme pour nous, que par l'Esprit saint par lequel le Verbe se fait chair. Alors la dialectique Écriture ou connaissance est abolie et l'on entre dans la connaissance de Celui qui est envoyé par Dieu dans la chair humaine. Et nous rejoignons ici ce que saint Ignace d'Antioche disait merveilleusement : "Mes archives c'est la chair du Christ !" Et c'est dans la chair du Christ qu'il faut maintenant lire l'Écriture pour qu'elle ne soit pas qu'une lettre morte, mais qu'elle soit vivifiée par l'Es­prit.

Est-ce que notre vie chrétienne n'est pas sou­vent nécrosée, ralentie, amoindrie parce que nous nous situons comme ces pharisiens au niveau d'une pure connaissance ? au niveau des idées, au niveau du raisonnement sur Dieu ? Mais tant que cela restera ainsi ce ne sera que des lettres, qu'un langage exté­rieur, qu'une loi à accomplir Mais dans la logique de l'évangile ça n'a pas d'intérêt. Il faut que la lettre se fasse chair, que le Verbe se fasse chair. Et pour cela que nous recevions son Esprit. C'est pourquoi la pre­mière chose que le Christ donnera quand Il ressusci­tera c'est sa chair et son Esprit. "Prenez et mangez, c'est ma chair !" et "Recevez l'Esprit !" C'est l'Esprit de la lettre, c'est l'Esprit de la chair, c'est l'Esprit qui, seul, si nous nous disposons à son œuvre, peut incar­ner en nous l'Ecriture c'est-à-dire que le Christ-prenne chair en nous et nous révèle ainsi toute son intimité de Fils avec le Père, en nous faisant entrer dans cette intimité.

 

 

AMEN

 

 
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