AU FIL DES HOMELIES

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 LE LANGAGE DU MAL

Sg 2, 1+10-22 ; Jn 7, 14-30

Vendredi de la quatrième semaine de carême – C

(3 avril 1992)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

N

'est-ce pas Lui qu'ils veulent tuer ? Et voici maintenant qu'Il parle en toute liberté !" Les deux grands textes dont nous venons d'entendre la lecture tournent déjà notre regard vers la Passion du Christ. Ils nous tournent au cœur même du drame qui va s'accomplir et que nous allons célébrer sacramentellement dans une quinzaine de jours. Et cela non seulement pour l'observer mais en plein cœur de ce qui se passe, c'est-à-dire directement dans le cœur même du Christ, dans le cœur même de Dieu.

Dans le texte de la Sagesse il y a une opposi­tion radicale entre l'attitude des pécheurs, des impies et l'attitude du juste qui fait l'objet de leurs moqueries et de leur persécution. Le ton que prennent les impies c'est toujours : "Essayons ! Voyons ! Regardons si ... Il prétend qu'il est aimé de Dieu, regardons si ça marche. Il dit qu'Il a pour lui la justice, essayons de voir s'il tiendra jusqu'au bout". Et de l'autre côté, le juste lui-même qui ne dit rien mais qui est là et qui ne bouge pas.

Ce texte nous paraît presque un peu banal et pourtant il est extraordinaire. Il montre que le langage du mal c'est toujours le langage de la tentative, du coup d'essai, de la vérification. "Essayons si ça mar­che !" Tandis que le langage de la vérité et du bien est un langage silencieux qui est là simplement. Celui qui est dans le bien se tient dans le bien et il trouve son assurance dans le bien qu'il fait. Tandis que celui qui est dans le mal, essaie par tous côtés de voir si le bien va tenir. Ce sont deux attitudes radicalement opposées et qui nous sont ici dépeintes.

Remarquez également que lorsque Jésus parle et lorsqu'Il est entouré par les foules, menacé par les autorités, on retrouve exactement la même attitude. Jésus parle en toute liberté. Il dit qui Il est, Il dit ce qu'Il est venu faire. Et chaque fois qu'Il en parle, Il trouve son assurance ailleurs, dans le Père. Alors que les autres sont toujours à Lui demander : "Mais d'où vient ta doctrine ?" Est-ce que c'est solide ? Est-ce que ça tient ? Est-ce que vraiment ce que Tu nous racontes vaut la peine d'être vécu ? Et c'est tout le drame de la Passion. D'un bout à l'autre Jésus ne bougera pas. D'un bout à l'autre, Il restera dans une fermeté qui ne vient pas de Lui-même, comme Il le dit, mais qui Lui vient de ce qu'Il est tout entier à son Père.

A la limite, ce qui a frappé les témoins et ce qui fait un peu la trame des récits de la Passion de Jésus, c'est que, étant dans la certitude de l'amour du Père, Il n'a pas bougé, Il n'a pas cédé. Et c'est pour­quoi, dans un autre évangile, on dit de Jésus : "Il fixa son visage dur comme de la pierre et se tourna vers Jérusalem." Cette dureté n'est pas la dureté des cail­loux, elle est la fermeté même du propos de l'amour. Et c'est cela qui est extraordinaire dans notre propre vie personnelle. Quand on est dans le bien, on ne bronche pas. Cela vous le savez, vous en avez fait l'expérience. Le bien donne une véritable assurance. Ce n'est pas de la suffisance parce qu'alors on com­mencerait à sortir du bien, mais de l'assurance c'est-à-dire quelque chose qui vient d'ailleurs et qui fait, comme dit la Bible, que "le pied ne bronche pas."

Et c'est cela la conviction, la foi. Chez les Sémites, la foi ce n'est pas des idées, mais le fait que "ça ne bouge pas." "Même si les montagnes s'écrou­lent, le juste tient bon." Et c'est exactement ce qui se passe dans la Passion. Le monde s'écroule à côté la nuit envahit le monde. C'est le tremblement de terre dont nous parle saint Matthieu au moment de la mort du Christ. C'est une espèce de déroute de tout le monde. Et à la fin, il ne reste que le Juste, mort, sus­pendu à la croix, mais qui est dans la certitude de l'amour du Père. Et les hommes ont tout essayé pour détruire l'amour. Ils n'ont même pas pu l'atteindre. C'est cela le mystère de la Passion, et c'est cela le mystère de l'amour dont nous sommes aimés. Il n'y a rien d'autre. Et c'est pourquoi, chaque fois que nous célébrons l'eucharistie, nous sommes en face de cet amour qui ne lâche pas un pouce et qui nous dit sim­plement : Envers et contre tout, je t'aime. Envers et contre ton péché, je t'aime.

AMEN

 

 

 
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