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L'ABANDON AU PÈRE

Sg 2, 1+10-22 ; Jn 7, 14-30

Vendredi de la quatrième semaine de carême – B

(4 avril 2003)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

N

ous relirons ce texte de Sagesse, le chapitre deuxième, nous le relirons dans la prière pour y voir une annonce extrêmement pré­cise de la vie du Sauveur, et de la Passion, et même annonce suffisamment précise puisque l'on voit le juste soumis à la question le juste aux prises avec tous ses adversaires, pour éprouver sa douceur.

Dans l'évangile, nous voyons presque à la lettre se réaliser cette prophétie de Sagesse chapitre deuxième. Jésus dont la douceur est éprouvée, puis­qu'il va même élever la voix à la fin de notre texte dit quelque chose que je trouve extrêmement beau : "Celui qui parle de lui-même cherche sa propre gloire, mais celui qui cherche la gloire de celui qui l'a envoyé, celui-là est véridique, il n'y a pas en lui d'im­posture". Je suis frappé que, lorsque Jésus naît, en­fant, c'est la bouche des bergers, c'est la bouche des mages, c'est la confession de toutes ces personnes qui sont autour de Lui, et Lui ne cherche pas à parler puisqu'Il ne le peut pas. Il confesse la gloire de son Dieu et Père dans le silence de la crèche. Plus tard, quand vient l'heure de sa vie publique, quand Il est baptisé, Il est là anonyme, juif parmi les juifs, dans cette petite troupe, Il a pris son ticket comme à la sécurité sociale, pour être baptisé par Jean. Il est là, Il ne dit pas un mot, le ciel se déchire. A la Transfigura­tion, quand on a prévu de monter sur cette colline, Il ne dit pas un mot, le ciel se déchire, encore cette sorte d'attestation du Père. Dans l'évangile de saint Jean : "Père, glorifie-moi de la gloire que j'avais auprès de Toi". Mais quand viendra l'heure de Gethsémani : "Mon âme est troublée, Père, sauve-moi de cette heure. Non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé". Et quand à l'extrême de sa vie, Il est au fond du tombeau, Il est là et c'est la Père qui lui glisse dans l'oreille les mots pour le réveiller de la mort.

Le Christ est vraiment cet homme qui est vé­ridique, en qui il n'y a pas d'imposture, car Il ne parle pas de lui-même, mais Il attend dans l'abandon à la volonté de son Père, Il attend la confirmation du ciel. Il attend que Dieu le prenne, Il attend que Dieu s'em­pare de cet abandon pour en faire comme une sorte d'immense levier pour soulever le monde entier. Même sur la croix, Il attend que le Père lui dise qui Il est.

Tout autre à mon sens, une certaine manière de chercher une justification divine, tout autre à mon sens le fait de supprimer toute médiation et d'en ap­peler à Dieu directement en disant par exemple : "Dieu le veut". Jamais le Christ ne dit : Dieu le veut. Il est là, abandonné, et Il attend que le Père le soulève, que le Père le prenne dans cet abandon. Jamais le Christ ne dit Dieu le veut. Il ne veut pas supprimer toutes ces médiations, Il ne veut pas attirer Dieu, alors qu'Il était le seul à pouvoir dire vraiment : Dieu le veut, mais je crois que Dieu se tait pour que ce soit à travers cette vie du Christ que se manifeste pleine­ment la volonté de Dieu. En quelque sorte, l'immense timidité de Dieu à Noël ou au fond du tombeau, ou sur la croix quand Dieu se tait, c'est pour que ce soit vraiment la volonté de Dieu qui s'accomplisse dans la volonté d'un homme. Vous saisissez toute l'actualité de cette affirmation, quand on voit un président amé­ricain, Monsieur Busch qui dit : la guerre, Dieu la veut. S'il avait dit, j'ai pesé le pour et le contre, j'ai pris conseil, j'ai mesuré tous les tenants et les aboutis­sants, j'ai mesuré les conséquences effroyables que l'on risque d'avoir avec cette guerre, et j'estime en conscience qu'il faut quand même la faire, ce serait tout différent. Mais il dit : Dieu la veut cette guerre. C'est terrible, parce qu'on supprime absolument toute médiation. C'est autre chose que de dire : la guerre est un moindre mal et l'on estime nous, qu'il faut la faire. Autre chose est de la justifier ainsi. Jamais, le Christ n'en a appelé ainsi à Dieu. Et nous, dans notre vie spirituelle, dans notre combat, dans notre recherche de vocation, notre recherche de place dans l'Église, il nous faudra faire comme le Christ, s'abandonner à cette volonté de Dieu, être fidèle à Dieu, grandir sous le soleil de Dieu, et attendre que Dieu s'éprenne de cette volonté d'homme pour que dans nos vies, petit à petit, se dévoile la volonté de Dieu Je crois que c'est quelque chose comme cela que le Christ a voulu dire en disant : "Celui qui parle de lui-même cherche sa propre gloire", parce que nous devons non pas parler de nous-mêmes, mais nous abandonner à ce Dieu, et faire que ces choix que nous posons dans nos vies, que d'autres auraient pris peut-être différemment, mais que ce soient nos choix à nous dans lesquels Dieu vient aussi accomplir sa volonté.

 

AMEN