AU FIL DES HOMELIES

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LES ACTUALITES ÉTERNELLES

Sg 2, 1+10-22 ; Jn 7, 14-30

Vendredi de la quatrième semaine de carême – B

(31 mars 2006)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

J

e peux vous faire une confidence ? Je suis un passionné d’actualités. J’aime être informé, je me banche sur France-Info en voiture, je regarde sur Yahoo les dernières nouvelles. Et je ne dois pas être le seul puisque ces moyens sont à disposition, et avouons que nous vivons souvent la tête dans le guidon, et nous sommes sans arrêt dans cette urgence de l’actualité. Une nouvelle qui est tombée à trois heures est déjà quelque chose d’extrêmement ancien, parce qu’on va guetter la nouvelle qui est tombée sur les téléscripteurs il y a trois minutes.

J’essaie de m’amender, de me corriger de ce goût effréné pour l’actualité, à travers la lecture de l’Écriture qui donne une actualité éternelle et qui donne sens aussi à tous ces mouvements et ces soubresauts de notre monde. Je me guéris aussi en lisant de vieux journaux, ceux qu’on trouve chez les dentistes, mais aussi des journaux qu’on nous passe, et je suis en train de lire des vieux France Catholique qui ont pour certains, un an ou davantage. J’y trouve là aussi des traces de l’actualité éternelle aussi, parce que tout ce qui était de l’ordre de l’événementiel, on le sait, cela s’est passé, cela s’est déroulé, cela n’a pas changé. Il y a des événements qui pointent, qui émergent et qui donnent du sens. Et je lisais hier soir, dans un numéro qui a plus d’un an, l’histoire d’une religieuse qui s’appelle sœur Dorothy, qui est américaine, et qui vivait depuis vingt ans auprès des paysans dans le nord du Brésil. Elle a épousé la cause de ces paysans qui sont chassés de leurs terres, qui n’ont pas de terre en fait, ce sont les fameux paysans sans terre puisque de gros propriétaires terriens mobilisent toutes les terres et ne veulent pas partager avec ces pauvres paysans. Elle a vraiment épousé cette cause, courageusement, fidèlement, cela faisait vingt ans qu’elle était là. Elle venait d’avoir soixante-treize ans, et sa congrégation voulait la faire revenir aux Etats-Unis, mais elle répond : ma vie, c’est ici, je vis avec ces gens-là. Cette sœur était extrêmement dérangeante pour les grands propriétaires qui ont trouvé un moyen très simple pour se débarrasser d’elle, c’est de la tuer ! Donc, ils ont payé deux tueurs à gages pour tuer cette sœur Dorothy.

Et je pense à l’actualité éternelle de la Parole que nous avons entendu qui résonne d’une manière particulière : "Opprimons le juste et le pauvre, n’épargnons pas la veuve, soyons sans égard pour les cheveux blancs chargés d’années du vieillard (elle avait soixante-treize ans), que notre force soit la loi de la justice car ce qui est faible s’avère inutile. Tendons des pièges au juste parce qu’il s’oppose à notre conduite, nous reproche nos fautes contre la Loi, et nous accuse de fautes contre notre éducation. Eprouvons-le par des outrages et la torture !". Donc, on paie des tueurs à gages pour se débarrasser de sœur Dorothy, et elle, comme elle est très impliquée dans tous ces milieux, elle sait très bien qui veut la tuer, et elle va dans la cabane en pleine forêt, pour trouver ses deux tueurs qui sont un peu surpris de la voir arriver, elle n’a peur de rien. Elle va prier un psaume avec eux, elle va même les bénir, et le lendemain, ils vont la tuer. Extraordinaire courage de cette femme qui accomplit l’Écriture, qui va jusqu'au bout de cette passion qu’elle avait pour ces paysans pauvres et dans la misère. Cela a créé une sorte de sursaut au Brésil, le président a envoyé trois ministres aux funérailles, ils ont observé une minute de silence, certaines choses ont évolué dans la loi.

Voilà peut-être cette actualité éternelle qu’il nous faut saisir, peut-être pas en lisant des vieux France Catholique qui ont un an, mais en saisissant que l’Écriture, si elle parle au passé à un peuple, si elle parle dans l’avenir aussi, elle parle aussi surtout au présent et discerner en liant l’actualité à l’Écriture ce qui a du poids, ce qui donne à notre humanité son sens. La petite sœur Dorothy, c’est une sorte de boussole, elle indiquait le cœur de Dieu, comme le nord. Elle était si profondément impliquée qu’elle a donné sa vie. Je vois aussi à travers le don de cette vie le sacrifice du Christ qui est allé lui aussi jusqu’au bout, je vois la figure du juste qu’on opprime, et qui est la prophétie la plus précise dans l’Ancien Testament de la venue du Christ. Je vois chacun de nous aussi, engagé là où nous sommes pour, avec courage, pour aller comme sœur Dorothy, non pas forcément au-devant du martyre, mais au-devant du témoignage.

 

AMEN

 

 

 

 
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