AU FIL DES HOMELIES

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L'ABÎME DU MAL

Sg 2, 1+10-22 ; Jn 7, 14-30

Vendredi de la quatrième semaine de carême – B

(23 mars 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Symbole du Mal …

F

rères et sœurs, dans ce très beau passage du livre de la Sagesse, il y a des sentences qui ont été reprises par les évangélistes pour parler de la mort et de l'agonie du Christ, et notamment ce passage : "Si tu es juste, Dieu te délivrera de la main de ses adversaires". C'est à peu de choses près ce qui est repris comme quolibet par les gens qui sont au pied de la croix de Jésus.

Ce texte est très important mais n'est pas très ancien, il a sans doute été écrit une cinquantaine d'années avant le ministère de Jésus, et cependant, il est d'une extrême profondeur. Il explique à quel point le mal peut aveugler l'homme. Le réquisitoire de ces gens qui en veulent à la figure du juste, dont on ne sait pas si cela s'adresse à un homme en particulier, ou bien si c'est une réflexion intellectuelle sur le problème du mal dans le cœur de l'homme, mais tous les traits vont dans le même sens. Lorsque l'homme est aux prises avec une certaine forme de violence de son désir, de sa force, de s'imposer, de faire sa place au soleil aux dépens des autres, c'est toujours le même résultat qui en sort : il est tellement pris par cette violence que cette violence le rend aveugle.

Ce n'est pas trop la peine de faire des parallèles avec les événements récents que nous venons de vivre, mais il y a quelque chose de cela. Dans cet homme qui, jusqu'au bout ne pense qu'en termes de violence en sachant très bien qu'il va y passer, c'est exactement la même logique que celle qui est exposée dans ce texte biblique. A partir du moment où la violence, la force, le mépris, le culte de soi, se sont emparés d'un cœur humain, il est tellement pris et fasciné que cela devient une sorte d'emprise à laquelle il ne peut plus échapper. C'est la fatalité du mal. Quand on se laisse complètement aller au mal, c'est un abîme, cela ne s'arrête pas, c'est jusqu'au dernier moment. Dans ce texte, la seule chose qui peut mettre un arrêt à la violence des méchants qui est décrite, c'est la mort. Et c'est la seule chose qu'ils n'envisagent pas pour eux. Ils envisagent la mort pour le juste auquel ils en veulent, mais ils ne l'envisagent pas pour eux. Le mal quand il s'empare totalement du cœur de l'homme est capable de faire surgir dans le cœur de cet homme une sorte d'illusion d'éternité, comme si le mal rendait invulnérable, inatteignable et qu'à partir de cette position de fortification, à l'intérieur du mal, l'homme se sentait inattaquable.

C'est ce que le texte essaie de développer en montrant que c'est précisément celui qui se sent vulnérable et attaquable par le mal, qui est exposé à la mort et qui le sait. Pour celui-là la mort sera un passage pour l'éternité, alors que celui qui, ayant revêtu la cuirasse du mal se croit le maître de son destin, inattaquable, invulnérable et il y a un sens de l'immortalité dans ce discours des impies car rien ne peut les atteindre ni les menacer. En réalité, c'est dans le moment où ils se sentent inattaquables, immortels, qu'ils seront confrontés avec la mort.

C'est une réflexion extrêmement importante dans toute l'éthique de l'Ancien Testament. On dit qu'il y a la voie du bien et la voie du mal et l'on pense que dans l'Ancien Testament, la réflexion éthique est un peu approximative, qu'elle ne va pas jusqu'au bout. Si l'homme pratique le bien, il aura la bénédiction, s'il pratique le mal, il sera maudit. Dans ce texte-là, c'est un démenti formel. L'auteur est capable de nous faire comprendre qu'il y a une logique de fausse immortalité dans le mal qui ne peut qu'aboutir à la mort, et une mort d'autant plus sûre qu'elle se croit totalement mise hors-jeu, alors que celui qui se sait exposé à la mort et qui subit les coups de cette violence, dans le fait même de reconnaître la fragilité et la pauvreté de sa condition, c'est là que va se manifester le mystère de la résurrection et de l'immortalité.

Frères et sœurs, ce texte est important au moment où nous allons aborder tous les débats de Jésus dans sa Passion, et qu'il sera affronté aux forces du mal. C'est bien ce problème-là car Jésus a voulu affronter le mal non pas de l'extérieur comme une sorte de puissance qu'il serait capable d'écraser de l'extérieur, mais il a voulu l'affronter à travers et au cœur même de la fragilité de l'homme vulnérable et mortel. C'est le mystère de la Passion, c'est le mystère de la Résurrection, c'est le mystère de notre salut.

 

AMEN

 

 

 
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