AU FIL DES HOMELIES

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LES DEUX SOIFS

Jn 4, 5-14

Vigiles du troisième dimanche de carême – B

(14 mars 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

L'annonce d'une source

C

 

et évangile contient un grand mystère, car il est la rencontre de deux soifs. Il y a cette soif de la Samaritaine, cette soif naturelle qui symbolise, évoque une soif plus profonde, qu'elle ne connaît pas bien encore, mais que Jésus va creuser en elle, va lui révéler, cette soif de bonheur, cette soif de pureté, cette soif de lumière, cette soli d'être aimée. Cette soif qui est au fond de nos cœurs, que nous ne connaissons pas toujours bien, car comme la Samaritaine, nous sommes préoccupés par tant et tant de choses importantes ou secondaires, que nous ne nous laissons pas souvent creuser par le Christ, pour que naisse, jaillisse et grandisse en nous cette soif essentielle. Cette soif des hommes, cette soif de la créature qui n'a pas en elle-même la signification de sa vie, cette soif d'un être finalement misérable, pauvre, d'un être de toutes parts limité et qui pourtant a un désir d'infini, cette soif de l'homme qui est le désir mystérieux, obscur mais intense de son accomplissement. Parfois, peut-être, nous entrevoyons que cet accomplissement ne se fera pas par l'abondance des richesses qui prétendraient combler nos désirs, nos besoins, mais que cet accomplissement ce sera en nous donnant que nous l'atteindrons.

Soif des hommes. Et puis, plus mystérieuse encore, en face, la soif de Dieu. Car, saint Augustin nous le disait tout à l'heure, et il suffit de lire l'évangile pour en être frappé Jésus, au moment même où Il va annoncer à cette femme de Samarie la source mystérieuse la source de l'Esprit Saint, qu'Il va faire jaillir au fond de son cœur, cette source intarissable qui jaillira éternellement, cette source de vie éternelle, au moment même où Il va annoncer à cette femme cette source, Jésus com­mence par lui demander à boire. Et c'est seulement en lui ayant ainsi demandé de l'eau que le Christ révèle à cette femme l'eau que Lui vient lui apporter.

La soif de Dieu. Voilà le mystère le plus pro­fond, car nous savons bien par expérience, et puis je dirais que cela fait partie de l'histoire des hommes de tous les temps, que les créatures sont tendues vers leur créateur, qu'elles aspirent vers Lui pour recevoir de Lui leur accomplissement, mais que le créateur soit tendu vers sa créature, que le créateur ait besoin de nous, que Dieu ait soif de notre amour, voilà le mys­tère le plus profond. Dieu a soif de nous parce que Dieu nous aime. Et quand Dieu nous a créés par amour, Il a en quelque sorte, si j'ose dire, créé en Lui ce besoin de nous. Oh non pas un besoin naturel, non pas un manque en Dieu, non pas quelque chose qu'il faudrait compléter en Lui, ce qui est impensable, car Dieu est toute joie, toute lumière, tout amour, toute béatitude, car le Père, le Fils et l'Esprit, dans cet extraordinaire regard qui les fait communiquer l'un avec l'autre, atteignent à toute plénitude et il n'y a rien au-delà du regard d'amour du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, et l'un et l'autre avec l'Esprit, il n'y a rien au-delà. Dieu n'a besoin de rien. Il ne manque de rien, et pourtant, c'est là le mystère, son amour a voulu nous créer, et en nous créant par amour, creuser en Lui un besoin réel, le besoin de notre réponse d'amour. Car Dieu nous a créés pour que nous lui répondions, pour que notre amour répond à son amour et pour que, de manière extraordinaire, cette réponse d'amour vienne combler son attente.

Frères et sœurs nous savons facilement que nous avons besoin d'être aimés, et peut-être quelquefois comprenons-nous que nous avons besoin d'être aimés par Dieu que nous avons besoin de Dieu, mais nous ne pensons pas beaucoup que Dieu a besoin de nous, que Dieu a besoin de notre amour, que Dieu est mendiant de notre amour, qu'il y a en Lui cet immense désir infiniment plus immense que nos désirs à nous, car nos désirs sont fugaces, passagers, partiels. Le désir de Dieu est infini comme son amour pour nous. Nous ne pensons pas assez que Dieu nous attend, que Dieu nous cherche, que Dieu veut nous trouver. Ce n'est pas tellement nous qui sommes à la recherche de Dieu, que Dieu est à notre recherche depuis toujours. Ce n'est pas tellement nous qui marchons vers Dieu, que Dieu qui s'est mis en route vers nous, depuis le premier jour du monde. Et Dieu n'a de cesse de parvenir jusqu'à nous, de nous rencontrer enfin, de pouvoir nous étreindre sur son cœur, de pouvoir être aimé par nous, être mystérieusement comblé par notre amour Lui qui est l'amour en plénitude.

Frères et sœurs, c'est peut-être là une dimension de notre vie chrétienne à laquelle nous ne pensons pas assez, de combler le désir d'amour de Dieu. Peut-être en ce temps de carême, malgré la constatation évidente de notre misère, de notre pauvreté nous pouvons ajouter à notre méditation cette pensée : Dieu attend que nous l'aimions et nous n'avons pas le droit de le priver de ce désir qui le remplit, qui l'habite et qui le jette à notre recherche.

 

AMEN

 
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