AU FIL DES HOMELIES

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LA SOURCE ET LA SOIF, UN MÊME MYSTÈRE

Vigiles du troisième dimanche de carême (1998)

(14 mars 1998)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

La source (Venasque)

 

"Jésus dit "J'ai soif". Arrivés près de Jésus, ils le trouvèrent déjà mort et le soldat lui perça le coté et il en sortit du sang et de l'eau".

 

F

rères et sœurs, Les hébreux ont toujours été fascinés par les sources. La tradition hébraïque présente une interprétation très riche du mot : source. Nous, les occidentaux, nous décrivons les sources à partir du mot latin : "surgere", sortir, jaillir, couler de quelque part. C'est seulement à partir de ce surgissement de ce jaillissement, de ce bouillonnement, de cette eau qui s'écoule de la terre que nous sommes attirés. Chez les hébreux, ils ne les appellent pas source, mais "ayin", ce qui veut dire œil. La source, c'est un oeil. C'est une chose étrange car l'œil est le lieu des larmes … Précisément, pour les hébreux, si l'on pensait que les sources étaient comme des yeux, la source c'est l'acte de ce qui coule. C'est le secret de l'œil dans lequel se trouve enfermée la présence des choses.

Autrement dit, dans le mot source chez les hébreux on est davantage devant le caractère mystérieux du caché, d'où vient l'eau, que du surgissement extérieur visible de l'eau elle-même. C'est la raison pour laquelle les hébreux écrivaient "l'eau du rocher". Ils voulaient dire par là c'est le caractère paradoxal du fait que l'eau sortait d'un caillou. Dire que l'eau sortait d'un caillou, c'est dire qu'il se produisait au creux même des entrailles matérielles du rocher, une force prodigieuse et mystérieuse qui fait que l'eau en jaillit. Les hébreux sont beaucoup plus fascinés par l'eau qui jaillit des roches que par l'eau des mares, des étangs ou des lacs ou même de d'eau salée de la mer. L'eau c'est précisément ce qui jaillit de l'intérieur du rocher.

Pour les hébreux parler de la source et de l'eau, ce n'est pas simplement cela, c'est aussi parler de la soif. Il y a comme une concordance mystérieuse entre le jaillissement de la source et l'aspiration secrète de cette source. Chez les hébreux, l'économie du désir est gérée par la correspondance entre le mystère secret, caché, et le mystère non moins caché de la source. Entre la source, l'œil de la terre, et la soif, soit la soif de la samaritaine, ou la soif de Jésus, soit la soif des hébreux dans le désert, il y a comme une correspondance mystérieuse. C'est ce qui a aboutit dans un psaume, pour parler de cet écoulement de l'eau, à l'expression utilisée par le psalmiste qui nous dit que 'l'abîme appelle l'abîme"'. L'abîme de la source, là où l'on ne peut pénétrer parce que c'est le secret de la terre, et l'abîme de la soif du psalmiste qui s'appellent l'un l'autre.

Même si nous n'appelons pas les sources "œil", en fait, ce que nous désirons dans les choses secrètes, c'est le secret de la terre qui s'ouvre au secret du cœur. Le seul mystère, c'est l'abîme qui appelle l'abîme, l'abîme de la source et l'abîme du désir de la soif. Ainsi, toute la condition de l'homme est comme rassemblée dans le secret du cœur de l'homme qui suscite mystérieusement et génère la soif et le désir. Le désir si difficile à gérer, qui fait prendre des décisions, qui fait jaillir les sources. Mais tout cela n'est rien par rapport à la question la plus secrète qui nous habite au fond de nous-même et qui est cette question du désir.

C'est ce qui s'est passé dans le dialogue entre la samaritaine et Jésus, mais c'est surtout cela qui s'est manifesté sur la croix. S'il y a une telle concordance entre le désir et la source sur la croix, c'est qu'en Dieu, c'est la même chose. Au moment même où Jésus dit : "J'ai soif", pratiquement quelques instants après, un soldat ouvre son côté comme une source.

La soif … la source. Dieu, nous sommes habitués à le voir du côté de la source. Mais, aujourd'hui, la vie intime de Dieu est tout autant soif que source Si nous sommes rassemblés pour entrer dans ce mystère de la rencontre de Jésus avec la samaritaine, c'est pour essayer de découvrir ce double mystère de la vie même de Dieu qui est source et désir dans sa soif.

 

AMEN

 

 
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