AU FIL DES HOMELIES

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LA SOIF DU COEUR DE DIEU

Ex 17, 3-7 ; 1 Co 10, 1-6 ; Jn 4, 5-42
Troisième dimanche de carême - année B (6 mars 1988)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


 

Sichem : Le puits de la Samaritaine 
Cet évangile est la promesse de l'eau vive, la promesse de l'eau du baptême, plus profondément la promesse de l'Esprit Saint que le baptême donne à ceux qui le reçoivent, cet Esprit Saint qui est en chacun des baptisés comme une source permanente, une source intérieure, profonde, une source qui jaillit sans cesse, une source d'eau vive capable d'étancher toute soif. Mais si cet évangile est l'évangile de l'eau vive, c'est d'abord parce qu'il est l'évangile de la soif. Il n'y a d'eau vive que pour ceux qui ont soif. Il faut d'abord que Jésus éveille dans le cœur de la samaritaine, que Jésus éveille dans le cœur de chacun des catéchumènes, dans le cœur de chacun d'entre nous cette soif que Lui seul pourra étancher, cette soif pour laquelle Il nous donnera l'eau vive. L'évangile de la soif, c'est-à-dire l'évangile du désir, car il n'y a de grâce que pour ceux qui désirent la grâce. Pour recevoir le don de Dieu, il faut que soit creusé en nous le désir du don de Dieu, l'appel adressé à Dieu, le cri de notre cœur et de tout notre être qui a besoin de Dieu, besoin de sa présence, de son amour, besoin de sa Vie.

       Mais ce qui est paradoxal dans la page d'évangile que nous venons de lire, comme dans l'expérience de tout chrétien et particulièrement dans l'expérience de ceux qui s'approchent du baptême, de ceux qui vont naître à la vie, ce qui est paradoxal, c'est qu'au moment même où il est question de la soif de leur cœur, de cette soif qui doit se creuser en votre cœur à vous tous qui vous préparez au baptême, de cette soif qui ne doit cesser d'exister dans le cœur de chacun d'entre nous, car ce n'est pas seulement au moment où on se prépare au baptême, mais c'est tout au long de notre vie baptismale que cette soif ne cesse d'être de plus en plus profonde, de plus en plus grande pour que la source jaillisse de plus en plus forte, au moment même où il est question de creuser en nous cette soif, la première parole de Jésus, c'est non pas de dire à la Samaritaine : "Tu viens à ce puits, donc tu as soif , si tu savais qui Je suis, Je pourrais étancher ta soif", la première parole de Jésus n'est pas cela, mais :"Donne-Moi à boire". Avant d'éveiller dans le cœur de la Samaritaine la soif de son amour, la soif de sa présence, avant de révéler à la Samaritaine qu'Il est Celui qui donne l'eau vive, Il commence par lui demander à boire. Et cette parole de Jésus adressée à la Samaritaine s'adresse à chacun d'entre nous.

       Au commencement de notre vie spirituelle, il y a cette parole de Jésus adressée à chacun d'entre nous, à chacun de vous qui vous préparez au baptême, cette parole que Jésus vous adresse : "Donne-Moi à boire". Et cette parole de Jésus, ce n'est pas simplement une façon d'entrer en matière, une manière d'amorcer la conversation. Jésus ne prend pas ce prétexte pour engager le dialogue avec la Samaritaine en lui demandant un service afin de pouvoir ensuite lui parler de son puits et lui parler de sa soif à elle. Cette parole est beaucoup plus profonde, si Jésus demande à la Samaritaine : "Donne-Moi à boire", si Jésus demande à chacun d'entre nous : "donne-Moi à boire", c'est parce qu'avant la soif de notre cœur, il y a la soif du cœur de Jésus, la soif du cœur de Dieu. Dieu a soif de notre amour, Dieu a soif de notre présence, soif de notre bonheur. Et c'est parce que Dieu a soif de nous qu'Il éveille en nous la soif de Lui, c'est parce que Dieu désire que nous soyons ses amis, parce que Dieu désire que nous soyons ses enfants, parce que le Christ désire que nous soyons, comme Lui, les fils du Père, que nous soyons ses frères, ses proches, ses intimes. C'est parce que Jésus veut établir avec nous cette intimité inimaginable de sa tendresse, de son amitié, parce que Jésus est dévoré de ce désir, dévoré de cette soif qu'Il est venu sur la terre pour nous chercher, qu'Il vient dans votre vie à vous, catéchumènes, pour vous chercher, pour vous prendre par la main. Ce n'est pas seulement pour vous faire du bien, pour vous apporter sa grâce, c'est d'abord parce qu'Il a un immense désir d'être avec vous et que vous soyez avec Lui et que vous connaissiez l'intimité de sa vie, de sa tendresse et de sa proximité.

       Dieu est un Dieu d'amour, et c'est pour cela que Dieu est un Dieu qui nous cherche. Souvenez-vous  dès le premier jour du monde, quand Dieu a façonné Adam et Eve, quand Il les a façonnés avec le limon de la terre, qu 'Il leur a proposé son amitié, et quand Adam et Eve se sont détournés de Lui pour suivre la voie de leur péché, de leur autonomie fallacieuse, de leur égoïsme et de leur orgueil, Dieu est venu dans le jardin à la brise du soir, nous raconte le livre de la Genèse dans ce magnifique poème de la création de l'homme et de la femme, et Il appelait : "Adam, où es-tu? Adam, viens, Adam, J'ai besoin de toi". Où es-tu ? Je te cherche". Depuis que Dieu a créé l'homme, depuis que l'homme s'est détourné de Dieu par son péché, Dieu ne cesse d'être à la recherche de l'homme. Toute l'histoire de l'humanité, ce n'est pas seulement, comme nous l'imaginons quelquefois, l'histoire de la recherche par l'homme du visage de Dieu. C'est déjà une vue très profonde de l'histoire des hommes que de la concevoir ainsi, non seulement tout au long de l'histoire des hommes, à tâtons, cherchent à rencontrer ce Dieu qui est mystérieusement, obscurément, le centre de leur vie et le centre de l'univers. Plus profondément encore toute l'histoire des hommes, c'est l'histoire de la recherche de l'homme par Dieu, car Dieu est en voyage à travers tous les siècles, à travers toutes les générations, Dieu est en recherche à travers tous les peuples, à travers toutes les nations. Dieu est en recherche à travers tous les évènements, à travers toutes les vies, en recherche de chacun d'entre nous, car Dieu veut nous connaître, nous aimer, Il veut partager avec nous tous, toute sa vie, toute sa lumière, tout son bonheur. Dieu n'a de cesse d'avoir réalisé cette communion entre lui et nous, qui est le rejaillissement dans nos vies de cette communion fondamentale qui est celle du Père avec le Fils et l'Esprit Saint, ce bonheur inouï, éblouissant qui est celui du Père avec le Fils et l'Esprit dans cette communion éternelle d'amour. II veut nous y introduire, Il veut partager ce bonheur avec nous, Il veut que nous soyons à Lui, Il veut que nous soyons heureux. Et Dieu, parce qu'Il nous aime, a un besoin profond, un besoin qu'Il ne peut pas ne pas ressentir comme une blessure, une déchirure dans son cœur, un besoin que nous répondions à cet amour, que nous entrions dans ce mystère d'amour. Alors Dieu est là en quête de chacun d'entre nous.

       Tel est le mystère de l'amour de Dieu pour les hommes, c'est aussi le mystère de notre amour les uns pour les autres, car cet amour qui, du cœur de Dieu, vient remplir notre cœur, se répand ensuite de notre cœur vers le cœur de nos frères. Et c'est pour cela que nous désirons entrer en communion les uns avec les autres, nous aimer, nous chercher, nous sommes à la recherche les uns des autres comme Dieu est à la recherche de nous. Quand saint Augustin a été consacré évêque, il disait à ses fidèles d'Hippone, cette parole magnifique que nous pouvons reprendre chacun pour nous : "Je vous cherche parce que j'ai moi-même été cherché. Je veux vous trouver parce que moi-même j'ai été trouvé". Dieu depuis toujours vous cherche chers catéchumènes, vous attend, vous désire, aujourd'hui Dieu vous a trouvés, en même temps que vous le trouvez lui, lui vous a enfin rencontrés pour vous prendre près de lui, dans ses bras, dans son amour, dans sa douceur. C'est cela le mystère de la rencontre de Dieu et des hommes. C'est cela le mystère de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine. C'est cela le mystère de la rencontre de Jésus avec chacun d'entre nous.

       Frères et sœurs, nous avons été rencontrés, nous avons été connus, nous avons été saisis, nous avons été pris en main par cet amour inimaginable, cet amour puissant comme la mort et puissant comme la vie. Nous avons été pris par cet amour de Dieu, ne l'oublions jamais. N'oublions jamais cette présence forte, intense, intérieure, quotidienne, permanente, cette puissance vivifiante, cette puissance lumineuse, cette présence qui remplit toute notre vie, qui peut lui donner son sens et qui, comme une source jaillissante, intarissable, ne cesse d'abreuver le désir de notre cœur parce que le désir de notre cœur est à l'image du désir du cœur de Dieu.

       AMEN


 

 
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