AU FIL DES HOMELIES

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JÉSUS FATIGUÉ POUR NOUS AFIN DE PUISER ET NOUS DONNER L'EAU VIVE

Ex 17, 3-7 ; 1 Co 10, 1-6 ; Jn 4, 5-42
Troisième dimanche de carême - année C (22 mars 1992)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, et plus particulièrement vous qui allez recevoir à Pâques le baptême, en ce dimanche de la samaritaine, je voudrais de­mander à saint Augustin, commentant cette rencontre de Jésus et de la femme de Samarie, d'inspirer les quelques mots que je vais vous dire. Je voudrais en quelque sorte développer son propre commentaire.

Saint Augustin a commencé par s'arrêter lon­guement sur le tout premier mot de cet évangile : Jé­sus fatigué par la route s'était assis au bord du puits.

"Jésus fatigué par la route s'assit sur la mar­gelle du puits. C'était environ la sixième heure". Là commencent les mystères, ce n est pas sans raison que Jésus est fatigué. Ce n'est pas sans raison qu'est fati­gué Celui qui est la Force de Dieu. C'est pour toi que Jésus s'est fatigué en chemin. Frères et sœurs, la fati­gue de Jésus, c'est le chemin que Jésus a choisi de prendre pour venir jusqu'à nous. Jésus, Dieu, n'a pas voulu nous sauver par l'éclat de sa force, il a pris le chemin de la faiblesse pour venir jusqu'à nous, pour venir nous sauver. Cène fatigue, ce chemin qui a fati­gué Jésus, c'est tout le chemin qu'Il a fait à notre ren­contre, c'est tout ce chemin qu'il a fait du haut de sa gloire pour venir à notre portée, à notre hauteur, à la hauteur de notre bassesse et de notre pauvreté. La fatigue de Jésus, nous dit saint Augustin, c'est le chemin de son Incarnation.

Oui, vous qui allez recevoir le baptême, Fanny, Medhi, Emmanuel, Louise, Solveig, Muriel, Capucine, Emilie ce n'est pas un superman qui va vous sauver. Les superman, ça n'existe que dans les bandes dessinées. Dans la réalité, il n'existe que de pauvres hommes, de pauvres femmes, comme vous et moi, comme nous tous, il existe des êtres limités, fai­bles, fragiles. Jésus qui est Dieu, Lui qui était dans la gloire de Dieu, ne s'est pas prévalu de cette gloire, Il ne s'est pas prévalu de cette grandeur pour nous sau­ver du haut des cieux. Mais, comme le dit saint Paul, il s'est anéanti. Voilà la fatigue de Jésus : il s'est anéanti. De Dieu, Il s'est fait homme, de Tout. Puis­sant Il s'est fait créature, d'Infini il s'est fait tout petit. C'est la manière que Dieu a choisie de nous sauver.

Celui qui vient vers vous, Celui qui va venir le jour de votre baptême pour vous prendre par la main, pour s'asseoir à côté de vous comme Il s'est assis à côté de la samaritaine, pour vous donner l'eau vive comme Il l'a donnée à la samaritaine, c'est quel­qu'un qui s'est fait tout petit pour être votre frère, pour être à votre mesure, pour être proche de vous. N'at­tendez pas des miracles éclatants, n'attendez pas une vision qui descend du ciel, n'attendez pas une révéla­tion éblouissante et fulgurante. Non, Jésus s est fati­gué pour nous. Lui qui est la force de Dieu, il est venu comme un être faible et fragile. Et vous le remarquez, Jésus quand Il s'adresse à cette femme à qui Il va se révéler comme le Messie, Il va lui dire ce Messie dont tu parles, ce Christ, "Je le suis, Moi qui te parles". Eh bien la première chose qu'il va lui dire, c'est de lui demander à boire "donne moi à boire". Et c'est au moment même où Jésus demande à boire qu'il va promettre l'eau vive qui étanche toute soif.

Saint Augustin le dit encore : "C'est pour toi que Jésus s'est fatigué en chemin". La faiblesse du Christ est notre force. Celui qui demande à boire, c'est Lui qui donne l'eau vive. Et quand Jésus aura accom­pli tout son chemin, Il sera arrêté, trahi, vendu, il sera flagellé, souffleté, méprisé, Il sera couronné d'épines par dérision, Il sera crucifié, et il mourra sur la croix. "C'est pour toi que Jésus s'est fatigué en chemin". il ne s'est pas contenté de la fatigue de la route, il est allé jusqu'au bout de la route, il s'est fatigué jusqu'à en mourir, jusqu'à mourir pour nous sur la croix.

Le Christ sur la croix, c'est la faiblesse de Dieu, c'est Dieu qui se fait tout petit. C'est Dieu qui se fait semblable à un criminel, Dieu qui se fait sembla­ble au dernier des derniers, Dieu qui s'humilie, Dieu qui se réduit à la ressemblance du dernier des hom­mes, d'un criminel. Et c'est au moment où le Christ est sur la croix, c'est au moment où n est comme une loque humaine sur cène croix, c'est au moment où Il va donner le dernier soupir, c'est au moment où la souffrance le déchire, déchire son corps et déchire son âme, c'est au moment où Il s'est écrié: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?", c'est à ce moment-là que de son cœur va jaillir l'eau vive, de son cœur transpercé va jaillir du sang et de l'eau, le sang qu'il offre en sacrifice pour nous et l'eau qui va nous laver, cette eau du baptême dans laquelle vous allez être plongés. C'est dans l'eau jaillie du côté du Christ transpercé, c'est dans l'eau de la mort du Christ que vous allez être plongés.

Encore une fois, ce n'est pas la force éclatante de Dieu qui vous est proposée, c'est sa faiblesse, sa fragilité, c'est la faiblesse de l'amour. L'amour nous rend semblables à ceux que nous aimons. Et parce que nous étions pauvres et faibles, le Christ, Dieu, s'est fait pauvre et faible, Parce que nous étions fatigués par le poids de nos péchés, par le poids de tout cet égoïsme qui pèse sur notre cœur, parce que nous étions fatigués, le Christ s'est lui aussi fatigué pour nous. La faiblesse du Christ est notre force, la soif du Christ est la source de l'eau vive. Et sur la croix, Il s'écriera de nouveau: " J'ai soif"', et de son cœur jail­lira l'eau vive. De la mort du Christ jaillit la vie parce que la mort du Christ, c'est le geste du plus grand amour. Il nous l'a dit lui-même : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime". Il a donné sa vie pour ceux qu'il aime, il a donné sa vie pour nous qu'Il aime. Il a donné sa vie pour toi Solveig, pour toi Fanny, pour toi Emmanuel, pour toi Medhi, pour toi Louise, pour toi Capucine, pour toi Muriel, pour toi Emilie. Il a donné sa vie pour chacun d'entre nous, Il l'a donnée personnelle­ment par un amour unique, et cet amour le rend tout proche, immédiatement proche de chacun d'entre nous.

Et cet amour qui le crucifie sur la croix, cet amour qui l'a amené fatigué au bord du puits de la Samaritaine, cet amour, c'est cela qui transfigure notre vie, c'est cela qui transforme tout ce que nous som­mes. Parce que l'amour du Christ l'a amené jusqu'à nous, il nous amène jusqu'à lui. La faiblesse du Christ est notre force. Oui, vous pourrez puiser dans cet amour du Christ toute la force, car cet amour qui l'a crucifié, cet amour l'a ressuscité, Cet amour pour le­quel Il a accepté de mourir, cet amour l'a fait vain­queur de la mort. La nuit de Pâques où vous serez baptisés, c'est la nuit qui suit cette immense faiblesse de la mort du Christ, mais c'est la nuit de la victoire de cette faiblesse d'amour qui est plus forte que toutes les forces du monde.

Ne croyez pas que la force véritable ce soit la force des muscles, ne croyez pas que ce soit la force de l'argent, ne croyez pas que ce soit la force des ar­mées, ne croyez pas que ce soit la force du pouvoir, ne croyez pas que ce soit la force de l'intelligence ou la force du génie. La seule force, c'est la faiblesse de Dieu, c'est la faiblesse de son amour. C'est la faiblesse de cet amour qui l'a conduit jusqu'à vous et qui vous conduit jusqu'à lui.

Frères et sœurs, en ce carême, comme le dit saint Paul : "Glorifions-nous de notre faiblesse parce que c'est dans notre faiblesse que se déploie la force de Dieu".

 

 

AMEN

 

 
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