AU FIL DES HOMELIES

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LE CHRIST NOUS RÉVÈLE  LE DÉSIR ET LA SOIF DE DIEU

Ex 17, 3-7 ; 1 Co 10, 1-6 ; Jn 4, 5-42
Troisième dimanche de carême - année A (27 février 2005)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Frères et sœurs, si vous le permettez, je vais m'adresser plus particulièrement aux catéchumènes, mais je pense que ce que je leur dirai vous sera profitable à vous aussi.

Laure, Morgane, Eva, Olivier, Alexandre, aujourd'hui, en ce troisième dimanche de Carême, ce temps de Carême prend une nouvelle dimension set s'approfondit. Ce Carême est plus particulièrement le temps du baptême, le temps de la préparation au baptême, le temps des catéchumènes. Et il en sera ainsi pendant les deux dimanches qui vont suivre. Et ce n'est pas vrai seulement parce que tout à l'heure, au début de cette eucharistie, vous avez accompli une étape qu'on appelle le "scrutin", vous vous êtes prosternés devant Dieu pour demander la délivrance, et l'exorcisme a chassé la présence de Satan dans votre cœur. Ce n'est pas uniquement à cause de cela, mais aussi parce que l'évangile que nous venons d'entendre est pour vous.

Comme la Samaritaine, vous avez soif. Comme la Samaritaine, une soif du cœur, une soif d'absolu s'est éveillée en vous, et comme elle, vous avez cherché un puits, une source pour étancher votre soif. Et voilà qu'en cherchant cette source, en cherchant cette eau vive, cette eau qui donne la vie, vous avez rencontré quelqu'un. Vous avez rencontré un passant, un voyageur, quelqu'un qui traversait votre vie, qui traversait le monde, et cet homme que vous avez rencontré au cours de ce chemin où vous cherchiez de l'eau vive, vous a promis non pas l'eau d'un puits, non pas même l'eau d'une source de la terre, mais une eau qui va jaillir au fond de votre cœur. Comme Il l'a dit à la Samaritaine : "Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif". La soif de son cœur sera pleinement étanchée, il y aura une plénitude de vie jaillissant éternellement, c'est cela la vie éternelle. Au fond de vous-même, Il l'a promis, il y a une source inépuisable, une source inextinguible, une source qui jamais ne tarira. Cette source, c'est bien sûr l'eau du baptême. Plus précisément, cette source c'est l'Esprit Saint, l'Esprit de Dieu, le jaillissement de la vie divine. L'Esprit, cela veut dire le souffle vital, ce souffle vital de Dieu qui va pénétrer par le baptême au cœur de votre cœur et qui va y faire jaillir cette source pour toujours.

Vous êtes donc venus avec la Samaritaine. Mais peut-être avez-vous entendu que la première parole que Jésus adresse à la Samaritaine, lui qui va lui révéler l'eau vive, lui qui va lui révéler la vraie source, la vraie vie éternelle, lui qui va lui dire : "si tu bois de cette eau tu n'auras plus jamais soif", la première parole qu'Il adresse à la Samaritaine, est celle-ci : "Donne-moi à boire ?" C'est paradoxal. Jésus qui vous apporte l'eau qui ne tarit pas, Jésus vous demande d'abord comme à la Samaritaine : "Donne-moi à boire ?" C'est dire que le phénomène est plus complexe que ce que nous pourrions imaginer d'abord. Nous pensons que la soif, c'est de notre côté, dans notre cœur, c'est nous qui avons besoin de quelque chose qui nous aide à vivre. C'est nous qui sommes travaillés par ce désir de la soif dans notre cœur, et Jésus est celui qui va nous répondre, qui va donner l'eau à ceux qui ont soif. Or, voilà que la première chose que fait Jésus, c'est de nous demander à boire. Autrement dit, la soif, le désir ne sont pas seulement de notre côté à nous, ce n'est pas seulement dans notre cœur qu'il y a ce désir, cet appel, cette soif. Il y a la même soif, mais plus radicale encore que la nôtre, un autre désir plus profond encore que le nôtre, un désir et une soif qui sont à la racine de notre propre désir et de notre propre soif, et cette soif, c'est la soif de Dieu.

Certes, nous pensons avec toutes les religions, avec toutes les philosophies du monde que Dieu est infini et qu'il n'a pas besoin de quelque chose qui viendrait compléter ses manques. Il n'y a pas de manques en Dieu, et pourtant, Dieu n'est pas seulement l'origine de notre désir, il est le désir radical de notre soif. Dieu est désir, Dieu est soif. C'est tellement vrai qu'au moment de mourir, quand Jésus sera sur la croix, une des dernières paroles qu'Il prononcera c'est celle-ci : "J'ai soif" (Jn 19, 28). J'ai soif, bien sûr parce que la crucifixion est un supplice qui vous dessèche intérieurement, qui vous taraude. Il avait soif corporellement, mais cette parole est plus radicale encore, la soif dont parle Jésus, ce n'est pas seulement la soif de son corps, ou plus exactement, à travers et dans la symbolique de la soif de son corps, c'est la soif de son cœur qui avait soif de nous, de vous, de chacun de nous.

Dieu a soif. Dieu nous demande à boire. C'est une chose extraordinaire de comprendre ainsi que Dieu frappe à notre porte, que Dieu veut, comme Il le dit, dans le livre de l'Apocalypse :"entrer chez nous pour partager notre souper, moi près de Lui et Lui près de moi" (Ap. 3, 20). Et Jésus, Dieu a besoin des hommes, non pas pour combler un manque qu'il y aurait en Lui, mais à cause de son amour, parce qu'on ne peut pas aimer sans avoir besoin de l'être aimé. C'est un besoin que Dieu s'est créé en nous créant, c'est un besoin que Dieu a inauguré dans son cœur en nous façonnant par amour pour que nous entrions dans son bonheur et pour que Lui trouve son bonheur dans notre présence auprès de Lui.

Vous voyez, catéchumènes, et nous tous, vieux baptisés, la vie baptismale ce n'est pas simplement de répondre à l'appel de Dieu, ce n'est pas simplement de creuser en nous un besoin de Dieu, ce n'est pas simplement de marcher vers Dieu, c'est aussi d'entendre ce désir fondamental de Dieu. Si nous vivons en chrétiens, ce n'est pas uniquement parce que nous en avons besoin, parce que c'est nécessaire pour notre salut, parce que c'est le seul moyen de nous en sortir (c'est vrai, bien sûr), mais si nous vivons en chrétien, cela devrait être d'abord profondément parce que Dieu nous a fait part de son désir de nous avoir près de Lui, de son désir de partager avec nous sa vie, de son désir de nous savoir proches et de pouvoir échanger avec nous cet amour infini qui habite son cœur. Dieu est appel, Dieu est soif, Dieu est désir. Si vous vous avancez vers le baptême, c'est d'abord pour cela, c'est pour répondre à ce désir de Dieu, cet appel de Dieu, cette soif de Dieu. Et à ce moment-là entre la soif de Dieu à qui vous donnerez à boire, et la soif de votre cœur à laquelle Dieu répondra par cette eau vive du baptême, il n'y aura plus de différence. Ce sera un échange, et qui plus est, Jésus nous a dit quand Il parlait du jugement dernier : je m'adresserai à vous et vous dirai : "Venez les bénis de mon Père, parce que j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire. – Et quand as-tu eu soif et avons-nous donné à boire ? Quand cela s'est-il passé ? – Quand vous l'avez fait au plus petit d'entre mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait" (Mt. 25, 35,37,40). Alors vous comprenez, notre soif qui est le don de cette eau vive, qui est le don de notre amour, va s'élargir encore. C'est non seulement la soif de Dieu à qui nous répondons comme Il répond à notre soif, mais c'est aussi la soif de tous nos frères, de tous ceux qui nous entourent, de tous ceux qui sont là dans cette église, de tous ceux qui sont dans cette ville, de tous ceux qui n'ont pas encore compris que Dieu avait soif d'eux, de tous ceux que vous connaissez et qui n'ont pas encore effectué cette démarche de catéchumène que vous êtes en train de faire pour vous approcher de la soif de Dieu. Eux aussi ont soif, aux aussi ont besoin de boire, à eux aussi, il faut donner à boire. Toute votre vie chrétienne se résume en cela : recevoir la sainte eau de Dieu qui est l'Esprit saint et répondre à Dieu d'abord, à tous nos frères ensuite, par la même générosité en ouvrant notre cœur, en laissant déborder de notre cœur des fleuves d'eau vive (cf. Jn. 7, 38), comme Jésus le dit de son propre cœur. Cela s'est passé sur la croix, quand on a transpercé son cœur (cf. Jn. 19, 34) et qu'en ont jailli des sources pour l'éternité.

Frères catéchumènes, vous avez à répondre à la soif de Dieu, et nous, frères et sœurs baptisés, ayons conscience que Dieu nous attend, qu'Il nous appelle, que Dieu a soif de nous.

 

 

AMEN

 

 
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