AU FIL DES HOMELIES

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LE MYSTÈRE DE LA SOIF

Ex 17, 3-7 ; 1 Co 10, 1-6 ; Jn 4, 5-42
Troisième dimanche de carême - année B (15 mars 2009)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


Sichem : Puits de la Samaritaine
Virginie, frères et sœurs, aujourd'hui, c'est la première des dernières étapes préparatoires au baptême de la nuit de Pâques, et c'est le mystère de l'eau vive, le mystère de la soif qui nous est proposé dans ce récit de la rencontre de Jésus avec la samaritaine. Jésus fatigué, dit à la samaritaine : "Donne-moi à boire" –" "Si tu savais le don de Dieu, c'est toi qui m'aurais demandé et je t'aurais donné de l'eau vive, et l'eau que je te donnerai deviendra en toi une source d'eau vive jaillissant pour la vie éternelle"(Jn 4, 7, 10 et 14).

Ce mystère de la soif est partout présent dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament. La soif, c'est d'abord ce phénomène naturel par lequel nous avons besoin de l'eau parce que l'eau c'est la vie. Sans eau rien ne peut exister sous le ciel, et si nous allons dans le désert sans emporter d'eau, nous mourrons de soif. L'eau c'est la vie et c'est pourquoi le baptême s'enracine dans ce mystère de l'eau, car le baptême c'est Dieu qui nous donne la vie comme une source d'eau vive jaillissant dans notre cœur pour la vie éternelle.

L'eau c'est la vie. Désirer l'eau, avoir besoin d'eau, c'est désirer la vie, avoir besoin de recevoir la source de la vie. Aussi nous entendons constamment dans la Bible ces refrains : "Dieu mon Dieu, je te cherche dès l'aurore, mon âme a soif de toi. Après toi languit ma chair comme une terre aride, altérée et sans eau" (Ps 62 (h.63), 2). Encore dans un autre psaume : "Mon âme est une terre assoiffée de toi" (Ps 142 (h.143), 6 ). Et encore : "Comme un cerf altéré qui désire l'eau vive, ainsi mon âme te cherche toi mon Dieu. Mon, âme a soif de Dieu, du Dieu de vie. Quand viendrai-je en présence de Dieu pour contempler son visage" (Ps 41 (h. 42), 2-3).

Toute la catéchèse de l'Ancien et du Nouveau Testament nous fait passer de la soif physique à la soif du cœur, de la soif du corps à la soif spirituelle. De même que le jeûne qui nous est conseillé pendant ce temps du carême a pour but non pas de nous faire souffrir sans raison, mais de creuser dans notre corps un besoin, un vide, un appel qui est comme le symbole, le signe de cette autre faim qu'il y a en nous de la présence de Dieu, et qui est la seule raison pour laquelle nous jeûnons pendant le carême. De la même manière, la soif du corps est révélatrice d'une soif plus profonde. Jésus essaie d'amener la samaritaine à passer de la soif ordinaire à la soif du cœur : "L'eau que je donnerai deviendra en celui qui la boira une source d'eau vive jaillissant pour la vie éternelle" (Jn 4, 14).

Là encore, l'évangile est sans cesse rempli de cette promesse. Jésus criait le dernier jour de la fête des Tentes : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive ; de mon sein couleront des fleuves d'eau vive" (Jn 7, 37-38) et l'évangéliste saint Jean nous dit : "Il parlait de l'Esprit Saint, cette eau vive que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui" (Jn 7, 39). Quand Jésus est sur la croix, et qu'il vient de mourir, "un soldat de sa lance lui perça le côté et il en sortit du sang et de l'eau" (Jn 19, 34) – "De mon sein couleront des fleuves d'eau vive" (Jn 7, 38).

Déjà l'Ancien Testament, par avance, nous annonce ce mystère de l'eau qui coule du côté du Christ mort et du Christ qui va ressusciter pour nous plonger dans le baptême de sa mort et de sa résurrection. Déjà dans l'Ancien Testament nous lisons, et nous l'avons chanté tout à l'heure : "Auprès de toi est la source de la vie, en ta lumière nous voyons la lumière, au torrent du paradis tu nous abreuves" (Ps 35 (h.36), 9-10 ). Et encore comme nous le chantions hier soir : "Le fleuve de Dieu de ses bras réjouit la cité du Seigneur" (Ps 45 (h.46), 5).

Oui, l'eau vive nous est donnée par le Christ et cette eau vive c'est son Esprit qui vient irriguer notre cœur, qui vient étancher notre soif, non pas pour que nous oublions cette soif, mais pour qu'en quelque sorte, elle rebondisse dans notre cœur pour nous amener toujours plus loin dans la découverte de l'eau vive, de cette présence de Dieu qui nous transforme et nous rend fils de Dieu. C'est le sens même du baptême auquel se prépare Virginie, ce baptême que la plupart d'entre nous nous avons déjà vécu, et dont nous continuons à vivre, car cette eau vive qui jaillit pour la vie éternelle nous est donnée de manière continue, sans cesse.

Il y a une dernière dimension de ce mystère de l'eau vive que nous sommes parfois tentés d'oublier. C'est pourtant celle qui apparaît en premier dans la rencontre de Jésus avec la samaritaine. Jésus dit à la femme : "Donne-moi à boire" (Jn 4, 7). Certes, nous avons soif de l'eau vive que Dieu seul peut nous donner, mais le mystère des mystères c'est que Jésus a soif. Il a soif de cette eau vive que serait notre foi si nous acceptions de nous tourner vers lui : "Donne-moi à boire".

C'est un des derniers cris de Jésus sur sa croix : "J'ai soif" (Jn 19, 28). J'ai soif dans mon corps – on sait que c'est un des aspects du supplice de la croix que de creuser une soif inextinguible – mais plus profondément "j'ai soif de vous, de votre amour, de votre présence.

Recevoir l'eau vive c'est aussi donner à boire au Christ. Le Christ s'est fait notre frère, il a voulu comme nous avoir soif, avoir faim, il a voulu comme nous avoir soif de notre amour, comme nous avons soif de son amour, il a voulu par le mystère de sa Pâque s'approcher de la source d'eau vive et transformer notre cœur en source d'eau vive. Si nous nous demandons comment donner à boire au Christ, je vous invite à vous remémorer cette parole quand le Christ, juge au dernier jour, dira : "J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire. – Quand donc Seigneur t'avons-nous vu avoir soif et t'avons-nous donné à boire ? – Quand vous l'avez fait au plus petit d'entre mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait" (Mt 25, 35, 37, 40).

"Donne-moi à boire. – J'ai soif". Partage cette eau de la vie avec tes frères qui ne la connaissent pas encore, partage cette eau de la vie avec ceux qui ont soif.

 

AMEN


 

 

 

 

 
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