AU FIL DES HOMELIES

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REVENEZ AU PUITS !

Ex 17, 3-7 ; 1 Co 10, 1-6 ; Jn 4, 5-42
Troisième dimanche de carême - année B (11 mars 2012)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Puits de Jacob
Chers catéchumènes, chers frères et sœurs, nous allons faire un petit cours de géographie. Pourquoi ? parce que dans ce texte, la géographie est très importante. Jésus arrive près d'une ville qui s'appelle Sychar, mais il n'entre pas dans la ville. Il reste près du puits qui est hors de la ville. Tous les jeux de scène nous montrent des va-et-vient incessants entre le puits et la ville : les disciples vont faire les courses, ils reviennent de la ville, la femme vient puiser de l'eau et retourne à la ville pour annoncer Jésus qui est invité par les gens de la ville. Il y a donc une opposition géographique entre le puits et la ville. Première chose.

Deuxième chose : depuis tous temps, les hommes, dès qu'ils ont pu, ont organisé des villes. Pourquoi ? parce que c'est le lieu des échanges, des discussions, des projets, des constructions, de tout ce qu'on peut imaginer. On aime vivre en ville, même si à cette époque-là les villes étaient plutôt des gros bourgs avec des terrains agricoles devant lesquels Jésus s'émerveille, on aimait vivre en ville et plus encore à l'époque de Jésus car précisément il y avait un renouveau urbain dans cette région et dans le pays. Les hommes ont toujours aimé vivre en ville mais ils savent une chose, c'est que pour vivre en ville, on dépend du puits. On ne fabrique pas l'eau. Il y a les citernes, mais c'est moins bon, moins frais. La ville où s'arrête Jésus est populeuse, il y a de l'animation, des échanges entre les citadins, et à côté, souterrain, à plusieurs dizaines de mètres de profondeur (quand on va là-bas, il existe encore ce puits, on entend l'écho de l'eau qui coule au fond du puits) et souterrain, il y a l'eau qui donne la vie et qui fait vivre la ville.

Les anciens étaient beaucoup plus sensibles que nous à cette réalité. Nous, nous sommes habitués à la conduite d'eau, avec les châteaux d'eau, avec la distribution de l'eau, mais à cette époque-là on savait que la possibilité même pour la ville de vivre, c'était le puits, le souterrain, ce qu'il y avait dans les entrailles de la terre. D'autre part, ils savaient aussi que pour pouvoir vivre, c'étaient les fruits de la terre qui poussent de la terre, qui sont engendrés dans le secret de la terre, dans le souterrain. L'existence du blé, l'existence du fruit, l'existence des arbres, des hommes qui dépendent de tout cela, plongent leurs racines qui s'enfoncent dans le souterrain, dans la terre qui va transformer les boutures en fruits, en blé, en céréales.

Il y a donc deux espaces géographiques pour les gens de cette époque. Il y a l'espace urbain, aménagé de la ville, avec les discussions, les projets, et de l'autre côté, il y a le souterrain, l'eau qui jaillit de la terre, le blé qui monte de la terre. Et la ville sait très bien qu'elle dépend du fond de la terre. Même encore nos villes actuelles ne pourraient pas vivre s'il n'y avait pas tout ce réseau hydrographique compliqué qui fait circuler l'eau à travers les montagnes, les couches géologiques, et s'il n'y avait pas cette mystérieuse germination que nous étudions dans la biologie aujourd'hui, mais il n'empêche que tout cela jaillit des entrailles et du secret de la terre.

Or, tout le discours, toute la discussion entre Jésus et la samaritaine c'est un dialogue sur cette double condition humaine. Il y a la condition humaine de la ville, où l'on discute à perte de vue, on a des avis sur tout, on veut échanger, on a des idées toutes faites : pour nous ici, c'est sur la montagne du Garizim que nous adorons Dieu, pour vous les juifs, c'est à Jérusalem. On discute sur l'approvisionnement en eau, on discute sur tous les problèmes de la vie quotidienne, et puis … il y a Jésus ! Jésus est assis sur le bord du puits et sans cesse, il dit à cette femme : je ne te parle pas de ce que tu discutes en ville, je te parle du puits, revenons à la source, revenons au puits. Jésus nous dit : oui, bien sûr vous les hommes mes frères, vous avez des tas de sujets de discussions, vous avez des tas d'échanges sur tous les sujets qui vous animent, mais la vie, c'est la superficie, c'est tout ce qui est à plat sur la surface de la terre, et souvent si superficiel. Et Jésus dit : vivez avec la géométrie dans l'espace, vivez en 3D, pas simplement sur le registre de ce qui se passe horizontalement autour de vous, mais là où Jacob a creusé pour trouver le puits. Allez en profondeur.

Chers amis catéchumènes, c'est pour cela qu'on lit aujourd'hui ce texte. C'est pour vous dire : bien sûr, vous êtes pris dans la ville, la famille, le collège, oui, mais ne vivez pas simplement à la surface. Allez chercher dans le puits, allez chercher dans les entrailles et le secret de votre cœur, car votre cœur c'est votre puits et au fond de votre cœur, il y a l'eau vive. Laissez jaillir cette eau vive, laissez creuser en vous ce désir et cette soif qui ne se résout plus par les simples relations de l'un à l'autre, tu vas bien ? bonjour, ça va, oui ! Mais essayez de passer à l'étape suivante, passez en 3D, essayez de trouver la profondeur. Vous vivez, mais vous vivez de quoi ? Vous vivez simplement de la superficialité des échanges qui font la vie de tous les jours ? C'est pour cela que vous avez soif ! Vous vivez simplement de ce que vous pouvez discuter, des grandes orientations, de la vie politique ? Mais qu'est-ce que çà change dans votre vie profonde ? Recherchez le puits, recherchez la source d'eau vive, c'est cela qui est essentiel. Tout le reste viendra après.

Notre monde est très urbanisé pour le meilleur et pour le pire. Il est très urbanisé parce que les hommes ont réussi à installer des structures d'échanges absolument extraordinaires. L'invention de l'Internet, le Web, c'est incroyable, mais tout cela circule à la surface du monde, à la surface de la terre. Cela communique de partout, mais est-ce qu'on rencontre le puits qui est dans le cœur de chacun d'entre nous ? Est-ce qu'on rencontre la profondeur de la présence du Christ dans notre vie ? C'est ce qui s'est passé ce jour-là pour la samaritaine. Jusque-là elle vivait dans la ville, elle était portée par une certaine ambiance, l'air du temps, elle pensait que la vie c'était cela, et qu'il fallait toujours aller remplir sa cruche au puits de Jacob. Et tout à coup le Christ lui dit : tu réalises ce que tu fais quand tu viens puiser ton eau avec ta cruche ? tu viens donner une dimension de profondeur à ta vie que tu n'avais jamais soupçonné. Tu ne sais pas ce que tu fais quand tu puises ton eau. En réalité, tu cherches l'eau vive. On comprend que la femme retourne auprès de ses concitoyens pour les inviter à venir au puits, car elle a entrevu qu'il n'y a que près du puits qu'on peut comprendre ce que Jésus lui a apporté. Il a apporté la profondeur du jaillissement de l'eau vive qui sort du puits, de la terre.

Frères et sœurs, que ces dernières étapes du carême nous recentrent, pas simplement sur une gestion de notre vie au jour le jour, mais sur ce mystère que nous vivons dans une sorte de profondeur où l'on peut rencontrer Dieu, où l'on peut rencontrer les autres, où l'on peut se retrouver soi-même mais à condition de savoir où est le puits, où est le cœur, où est l'eau vive.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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