AU FIL DES HOMELIES

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DETRUISEZ CE TEMPLE, ET MOI, EN TROIS JOURS, JE LE RELEVERAI

Os 6, 1-6 ; Jn 2, 13-25
Jeudi 3 mars 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

 

F

 

rères et Sœurs, je ne sais pas si vous avez jamais été interrogés par la formulation de ce que Jésus propose comme défi à ses auditeurs. « Détruisez ce temple et moi, en trois jours, je le relèverai. » Détruisez. Mais qui, je vous le demande, dans l’auditoire de Jésus qui à ce moment-là parle devant le temple, qui aurait seulement eu la simple idée ou la simple imagination de détruire le temple ? Quand on y réfléchit, cette phrase est à la limite de l’absurde. Tous les juifs n’étaient pas accros au temple, c’est clair. Il y avait déjà dans le monde juif une critique assez virulente du culte extérieur, des sacrifices etc. Vous avez vu Osée, huit siècles plus tôt, émettre déjà des réserves sur le problème du culte. Mais là, Jésus parle à des gens qui sont tous au temple parce qu’ils aiment le temple, parce qu’ils aiment venir y prier, venir y faire des sacrifices, parce que pour eux, c’est le symbole même de leur religion, de leur relation avec Dieu, et il leur dit « détruisez ce temple ».

 

Donc, en fait, c’est clair, ce n’est pas une invitation, c’est un défi. De la part de Jésus, c’est un défi. Mais alors pourquoi lance-t-il ce défi ? Est-ce que c’est simplement comme d’autres récits de l’évangile, à la différence de saint Jean, où l’on veut promouvoir une religion plus morale, plus protestante, plus kantienne, c’est la morale du cœur, de la bonne conscience, de l’intention pure, tout ce qu’on raconte aujourd’hui, que la religion se passe devant sa télévision en réfléchissant. Bon, est-ce que c’est ça ? Il y a peu de chance, n’est ce pas ? D’autant plus que s’il avait dit « Détruisez ce temple » et que effectivement ils l’eussent fait, il aurait pu leur dire « Eh bien maintenant que vous n’avez plus de temple, débrouillez-vous pour être religieux ! ». Si l’on pousse jusqu’au bout la logique de la phrase de Jésus, la plupart du temps, on se dit que c’est une exhortation morale à avoir de bonnes intentions pieuses quand on fait tuer son mouton par les lévites de service au temple.

 

Non, c’est plus compliqué que ça ! Détruisez ce temple, ça veut dire : « Je vous mets au défi, vous, de pouvoir le reconstruire ». Ça veut dire que la réalité du temple, non seulement dans sa matérialité d’édifice, mais aussi dans ce que ça représente de culte, d’unité, de cohésion du peuple qui trouve par la religion, par la résistance religieuse (tout ça se passe quand même dans un contexte très polémique anti-romain anti-païen), tout ça, si ça vous échappait, qu’est ce que vous feriez ? Si vous n’aviez plus d’église, plus de chapelet, plus de missel, d’office, qu’est ce qui resterait ? Détruisez ce temple ! Vous voyez que la transposition n’est pas si difficile que ça. Détruisez ce temple, ça veut dire « essayez de voir jusqu’où la religion dans ses formes extérieures vous tient ? » Alors, qu’est-ce qu’il reste ? Eh bien, il reste moi (j’entends Jésus), il reste « en trois jours je le relèverai ».

 

Jésus ici fait de la provocation. Il dit que tout ce que les hommes ont pu essayer de mettre en place et d’édifier pour cadrer et organiser leur relation avec Dieu, ce n’est pas ça qui fonde leur relation avec Dieu. Il n’y a qu’une relation possible avec Dieu, c’est celle de la reconstruction. Non pas du maintien, non pas du service obligatoire, non pas des institutions religieuses et du calcul du nombre de bêtes qu’il faut immoler chaque jour. Mais ce qui dépasse tout ça, c’est « en trois jours je le relèverai ». Vous voyez que quand saint Jean, à la différence des autres évangiles, met ce petit passage sur le problème de la colère de Jésus au temple, c’est très intentionnel de sa part. Il montre que d’emblée le problème que traite Jésus du comportement religieux et de la cohésion religieuse d’Israël désormais ne pourra plus se trouver dans le temple.

 

Frères et sœurs, il ne faut pas croire que c’est simplement une boutade provocante que Jésus a prononcée il y a deux mille ans et que nous, maintenant, nous sommes quitte parce que nous n’avons plus de temple. On a d’ailleurs beaucoup de temples, et pas seulement les églises. Les églises ne sont les pas les pires temples que nous nous construisons. Les pires des temples, c’est parfois ceux que nous nous construisons personnellement à l’intérieur de nous-mêmes, avec nos pratiques, nos dévotions et tout ce qu’on voudra. Les temples que l’on se construit à l’intérieur du cœur sont parfois plus terribles que les temples que l’on construit avec des pierres. Il faut quand même être lucide là-dessus.

 

Ce que Jean nous rapporte de l’intention de Jésus, c’est qu’il veut nous faire voir que tout ce sur quoi repose le lien d’alliance entre Dieu et son peuple, c’est désormais « Moi, en trois jours, je le rebâtirai ». En conséquence, le véritable sens de la démarche de notre carême, c’est de nous laisser reconstruire. Pour ce qui est de détruire, nous nous en occupons, nous sommes assez grands tous seuls pour nous autodétruire, mais pour nous reconstruire, c’est une autre affaire, et c’est précisément ce que le Christ nous explique. « Détruisez ce temple. Tous les temples que nous nous fabriquons les uns et les autres, et moi je vous rebâtirai. »

 

 
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