AU FIL DES HOMELIES

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LES VENDEURS DU TEMPLE

Os 6, 1-6 ; Jn 2, 13-25

(10 mars 1988)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL 

Jérusalem : Maquette du Temple, les parvis 

A

u-delà de l'anecdote de la manière dont Jésus, avec une sainte colère, vide le temple de tous ceux qui en faisaient une maison de négoce, une maison de commerce, cette page est d'une grande profondeur théologique, car Jésus nous y révèle qu'Il est Lui le temple véritable : "Jésus parlait du temple de son corps."

Effectivement, le temple était le lieu où Dieu avait fait sa demeure parmi les hommes. D'une manière symbolique, le temple de Jérusalem était l'endroit où "les pieds de Dieu touchaient la terre,"  l'endroit où les hommes venaient, au secret du saint des saints, dans le silence et l'obscurité, devant l'arche d'alliance signe de l'amour de Dieu pour les hommes, prendre contact avec la présence de Dieu. C'était donc, d'une certaine manière, le centre du monde, le lieu où le ciel et la terre se rejoignaient tangentiellement. Mais jusque-là le temple, l'arche n'étaient que des signes symbolique de la présence de Dieu. Car Dieu est partout et nulle part, aucun lieu ne peut le circonscrire, aucune main humaine ne peut l'étreindre. Dieu échappe à nos prises et Il l'avait bien manifesté le jour de la dédicace du temple. Quand Salomon disait : "Comment puis-je prétendre construire une maison pour mon Dieu, Lui qui habite le ciel et les cieux des cieux,"  Dieu avait manifesté son indépendance et son autonomie. Au moment où les prêtres venaient pour le consacrer, Dieu avait envahi le temple par une nuée qui avait rendu impossible la fonction liturgique des prêtres obligés de sortir. C'était Dieu Lui-même qui avait consacré ce temple pour montrer qu'Il échappait aux prises des hommes et qu'en aucune manière nous ne pouvions l'avoir à notre merci, le tenir en mains, l'avoir ici ou là en un endroit bien précis, où nous pourrions le saisir.

       En Jésus-Christ, Dieu prend une initiative radicalement nouvelle et vient en personne parmi les hommes. Jésus est désormais, non plus de manière seulement symbolique, mais de manière réelle Dieu parmi les hommes, Dieu sur la terre. Le corps du Christ, la chair du Christ que désormais les hommes peuvent étreindre, toucher de leurs mains, est vraiment le lieu de la présence de Dieu parmi les hommes. Non pas parce que nous pouvons mettre la main sur Lui, mais parce qu'Il se met Lui-même à portée de notre main, parce que Lui-même décide de se rendre visible, tangible, sensible, d'une présence que nous puissions étreindre. Dieu "que personne n'a jamais vu", Dieu qui de toute manière échappait à nos emprises, ce Dieu invisible, voici qu'II s'est rendu visible pour nous. Voici que le Christ, son Fils bien-aimé, Dieu Lui-même, nous l'a révélé, nous l'a manifesté, nous l'a fait connaître nous l'a rendu présent. Jésus c'est la présence de Dieu visible sur la terre.

       C'est donc que Jésus réalise dans son corps ce que le temple esquissait, essayait de faire de manière indirecte. Il n'y a donc désormais plus d'autre temple que le corps du Christ. Jésus est le temple, c'est-à-dire le lieu de la présence de Dieu sur la terre. C'est pourquoi Il peut dire : "Détruisez ce temple !" Vous pouvez détruire le temple de pierre de Jérusalem. Désormais, il y a le temple véritable qui est mon corps. Et en même temps, mettez à mort mon corps, crucifiez-le, rejetez ce Dieu qui est venu parmi vous, Moi je le relèverai en trois jours. Le troisième jour, je ressusciterai ce corps de chair que vous refusez.

       Cet évangile nous révèle tout à la fois le sens profond de l'Incarnation et le mystère de sa Pâque, de sa mort et de sa Résurrection. Et au-delà de la Résurrection du Christ, il y a le prolongement de son incarnation, car cette présence de Dieu parmi les hommes n'est pas temporaire mais elle est pour tous les temps et tous les lieux. Jésus présent sur la terre continue à être présent parmi nous, non pas que nous puissions voir, toucher ou étreindre son corps de chair qui est ressuscité et remonté au ciel, mais parce que l'Église, vous et moi, nous tous, nous sommes le corps du Christ, nous sommes le prolongement de la présence de Dieu sur la terre. L'Église c'est l'incarnation continuée, c'est le temple de Dieu. C'est pourquoi nous appelons "église" nos temples nouveaux, parce nous sommes rassemblement des chrétiens, communauté chrétienne, le temple de Dieu. Le rassemblement de nos corps de chair est présence de Dieu sur la terre, présence de la Pâque du Christ continuée. Nous sommes le corps du Christ mis à mort dans les membres souffrants, dans les membres défunts de ce corps ; nous sommes le corps du Christ ressuscité dans la puissance baptismale qui nous anime tous et qui déjà a accompli son œuvre dans le corps de la vierge Marie et qui est à l'œuvre dans notre corps à chacun car nous ressusciterons tous comme Jésus est ressuscité.

       Mystère de l'Incarnation, mystère de la Pâque du Christ, mystère de l'Église, tout cela ne fait qu'un seul mystère qui est celui de la rencontre définitive, plénière et totale de Dieu avec les hommes. Elle s'accomplit dans notre cœur. Elle s'accomplit dans notre chair parce qu'elle s'est accomplie dans la chair du Christ et que notre chair à nous est ensemencée par la chair du Christ.

      C'est ce que l'eucharistie réalise chaque jour en venant transformer notre chair en la chair du Christ.

       AMEN


 

 
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