AU FIL DES HOMELIES

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CORPS DU CHRIST, PRÉSENCE DE DIEU AU MILIEU DES HOMMES

Os 6, 1-6 ; Jn 2, 13-25

Jeudi de la troisième semaine de Carême – B

(30 mars 2000)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, ce troisième jeudi de Carême marque un tournant, une césure dans notre carême, nous commençons aujourd'hui la lecture continue de l'évangile de saint Jean qui va durer jusqu'à la Pentecôte à travers cette fin de carême et tout le temps pascal. Certes, nous avons déjà eu au temps de Noël le prologue de l'évangile de saint Jean sur l'éternité du Verbe et son incarnation, et plus tard le récit des noces de Cana qui fait partie du mystère de l'Epiphanie, et pour des raisons historiques qu'il serait trop long de développer, dès dimanche dernier nous avons lu la rencontre de Jésus avec la samaritaine, cependant, vous remarquerez qu'après tous les passages des évangiles synoptiques qui nous parlent de la miséricorde, du pardon et de la péni­tence, à partir d'aujourd'hui c'est l'évangile de saint Jean que nous lirons chaque jour. Ce tournant est en­core marqué par deux indices, la première phrase du passage de saint Jean que nous venons de lire c'est : "La Pâque des juifs était proche", le mystère de Pâ­ques vers lequel nous marchons s'intensifie donc à partir d'aujourd'hui et peut-être l'avez-vous discerné en écoutant le passage du prophète Osée, il y est dit : "Le Seigneur a déchiré, Il pansera nos plaies, après deux jours Il nous fera revivre, le troisième jour Il nous relèvera et nous vivrons en sa Présence". Pro­phétie qui a toujours été lue comme l'annonce des trois jours de la Pâque du Christ, ceux qu'Il a passé sur la Croix et sortant vainqueur de ce tombeau. Et le prophète Osée nous disait : "Sa venue est certaine comme l'aurore, Il viendra pour nous comme l'ondée, son jugement surgira comme la lumière, comme la pluie de printemps qui arrose la terre".

Nous voilà donc en quelque sorte propulsés avec plus d'intensité encore vers la Pâque du Christ, et le premier passage de l'évangile de saint Jean qui nous est donné là en cette lecture continue c'est celui du geste prophétique de Jésus chassant les vendeurs du Temple. Certes, saint Jean met cet événement au début de son évangile alors que les synoptiques le rapportent comme précédant immédiatement la Pas­sion, mais l'annotation de saint Jean que je viens de relever : "La Pâque des juifs était proche" nous ra­mène à l'essentiel de ce mystère. Quand Jésus chasse les vendeurs du Temple, il va d'une certaine manière déclencher le mystère de sa Pâque, de sa Passion, et de fait, les juifs scandalisés par cet acte d'autorité inattendu, inouï, Jésus prenant la défense du Temple même de Jérusalem, devant l'usage traditionnel qui, en effet pour les sacrifices, nécessitait que l'on puisse se procurer les animaux pour ces sacrifices, Jésus prenant d'autorité la défense du Temple de Dieu, et dans la foulée annonçant que ce Temple n'est qu'un signe temporel du Temple véritable dont mystérieu­sement, il dit que c'est son propre Corps. Ce propre Corps que les juifs détruiront, mais que Lui relèvera par sa Résurrection, le troisième jour. Qu'est-ce que le Temple sinon le lieu signifiant la présence de Dieu au milieu des hommes ? C'est cela que tous les hommes ont balbutié, puis que David et Salomon ont réalisé, un lieu qui manifesterait, qui essayerait tant bien que mal de signifier une certaine présence de Dieu parmi les hommes, une présence de Dieu dans le monde, alors que bien évidemment, Dieu déborde infiniment ce monde, cette humanité, que Dieu par son infinité est insaisissable, pour nos mains, pour notre esprit, pour notre cœur, pour notre pensée, ce lieu que tous les hommes de tous les temps, les juifs plus que tout autres ont rêvé de rencontrer, d'atteindre, de saisir, qu'ils ont essayé, donc, non pas d'enfermer dans un Temple, mais d'approcher à travers l'image du Temple et plus particulièrement du Temple de Jérusalem, voilà que ce Dieu inaccessible, insaisissable, se fait proche en Jésus, dans la chair de Jésus, dans l'huma­nité de Jésus, Dieu se met à notre portée, se fait notre frère, notre commensal, celui qui partage notre his­toire, notre vie, et qui va bientôt partager notre mort. Le Corps de Jésus est présence réelle de Dieu dans ce monde. Et c'est pour cela que nous allons tout à l'heure recevoir ce Corps du Christ, pour que la pré­sence du Christ dans ce monde, inaugurée par l'An­nonciation et l'Incarnation dans l'humanité, dans le sein de Marie, cette présence du Christ, cette présence corporelle de Dieu nous puissions la recevoir en cha­cun de nous, pour que nous devenions à notre tour Corps du Christ et donc présence de Dieu dans le monde. Et c'est le mystère même de l'Église qui est le Corps du Christ. Voilà donc comment l'Incarnation et la Pâque du Christ accomplissent d'une façon inespé­rée ce rêve des hommes de pouvoir saisir Dieu, dé­sormais il sera tellement saisissable que nous l'aurons tout à l'heure dans notre main, dans notre bouche, à l'intérieur même de notre être dans notre corps. C'est le mystère de la tendresse de Dieu qui, pour réaliser ce dessein de communion avec nous, se fait aliment, afin que nous puissions, lui l'immense, l'infini et l'insaisissable, l'enserrer dans la pauvreté, les limites de ce que nous sommes. Alors, que cette communion au Christ vrai Dieu et vrai homme, cette communion au Christ offert en sacrifice, mort sur la croix et ressuscité le troisième jour, cette communion au Christ vers qui nous marchons pendant ce temps de Carême soit le mystère profond de notre vie, notre joie, notre accomplissement.

 

 

AMEN

 

 
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