Imprimer

L'ESPRIT SAINT : DE COMMENCEMENT EN COMMENCEMENT

Jr 31, 31-34 ; Jn 3, 1-8

Jeudi de la troisième semaine de carême – C

(22 mars 2001)

Homélie du Frère Yves HABERT

 

E

mporté par mon élan, j'ai lu deux versets de plus d'où ma surprise. Peut-être que cela s'ap­plique bien d'ailleurs : "Tu es Maître en Israël, et tu ignores ces choses ?" Tu ignores l'Esprit. Il y a un inconnu dans le vent, suivant ce vers du poète breton. Cet inconnu, on a quelquefois du mal à la situer par rapport à notre foi chrétienne, pourtant je cois que l'Esprit saint est presque du spécifiquement chrétien. S'il est bien compris, l'Esprit saint est pro­fondément chrétien. C'est une personne qui est liée aux commencements. Et c'est comme cela que Jésus va faire saisir dans ce texte, la spécificité chrétienne de cet Esprit qui est comparé au vent. On voudrait en le comparant au vent, en faire quelque chose de né­buleux, quelque chose qui serait au-delà de la chair, qui procurerait un dépassement même de notre condi­tion terrestre, quelque chose qu'on viendrait chercher ailleurs, ou alors quelque chose qui serait tellement à l'intérieur de nous qu'Il se confondrait avec nous-mê­mes. On voudrait le voir partout, ou le voir concentré en nous, pourtant, Jésus, en reliant l'Esprit au com­mencement, en fait quelqu'un de spécifiquement chrétien. Lié au commencement, vous le savez, par le récit de création, le tout premier récit, quand l'Esprit, le vent plane sur ces eaux primordiales, sur cette soupe primordiale, comme pour la couver et faire passer ce chaos primitif au cosmos, quand l'Esprit aussi se rassemble sur cette terre particulière qu'est Adam, au chapitre deuxième de la genèse, quand l'Esprit vient s'emparer de cette terre d'Adam, terre rouge, "Adama", mais l'Esprit est lié aussi au com­mencement à l'Annonciation, l'Esprit qui couvre Ma­rie et qui est lié au Messie, cet Esprit qui était dans toute la création et qui s'est comme rassemblé, comme ramassé sur la figure du Messie. C'est très intéressant de voir dans ce texte, comment c'est après la question des "signes" qui sont liés à la venue du Messie, que Jésus parle de l'Esprit. Mais c'est aussi l'Esprit qui est lié au commencement du don total, quand Jésus remet sont Esprit, et souffle son Esprit, et puis, on le sait, ce commencement de la Pentecôte, c'est une sorte de Pentecôte plus intérieure au soir de Pâques quand Jésus dit à ses disciples : "Recevez l'Esprit Saint". Et cette Pentecôte ouverte aux nations dans les Actes des apôtres. L'Esprit est lié aux commencements, Il est nouveauté, l'Esprit ce n'est jamais le retour du même, ce n'est jamais la répétition. L'Esprit est toujours lié à l'éclat, au jaillissement alors qu'on voudrait parfois en faire quelque chose de tellement intérieur, qui serait comme une sorte de retour à une identité primitive ou primordiale, quelque chose qui nous confondrait presqu'à la matière, alors que l'Esprit est profondé­ment du côté de cette nouveauté radicale. L'Esprit est proche dit Rimbaud dans "une saison en enfer"', Il est proche parce qu'il est lié à la croix, parce qu'il va ve­nir comme un fou à la Pentecôte, Il est là parce qu'il va faire de nous des êtres nouveaux, une création nouvelle. L'Esprit qui s'est comme ramassé sur le Messie, qui s'est comme ramassé sur la Tête va se répandre dans le corps. Une bonne façon de vivre le carême c'est de le vivre avec l'Esprit Saint. Une bonne façon de vivre Pâques, c'est de nous préparer à cette nouveauté pascale en accueillant pleinement cet Esprit qui veut faire de nous des hommes et des fem­mes nouveaux.

 

 

AMEN