AU FIL DES HOMELIES

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LA PRÉSENCE DE DIEU DANS LE MONDE

Os 6, 1-6 ; Jn 2, 13-25

Jeudi de la troisième semaine de carême – B

(23 mars 2006)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, nous commençons aujourd’hui une nouvelle étape du temps du carême qui va être marquée dans la liturgie par la lecture continue de l’évangile de saint Jean qui durera jusqu’à la fin du temps pascal. Cette lecture de saint Jean à vrai dire, nous l’avons déjà anticipée dimanche dernier avec le récit de la rencontre de Jésus et la samaritaine, nous revenons deux chapitres en arrière pour reprendre le texte de saint Jean où nous l’avons laissé au temps de l’Épiphanie avec le miracle des noces de Cana.

Aujourd’hui, c’est l’épisode des vendeurs du temple chassés pas Jésus qui fait l’objet de la lecture de l’évangile. Ce texte commence par ce verset : "La Pâque des juifs était proche", et c’est ce qui va marquer tout ce temps johannique du carême, la proximité toujours croissante de la Pâque, la Pâque des juifs qui va être aussi transfigurée en Pâque du Christ. Cette proximité de la Pâque est aussi manifestée par l’événement des vendeurs chassés du temple. A vrai dire, les synoptiques placent cet épisode immédiatement avant le commencement de la Pâque. Jean, lui, nous le propose dès le début de son évangile, soit trois ans plus tôt puisqu’il prend soin de marquer les événements qui jalonnent cette vie publique de Jésus, et notamment, trois fêtes de la Pâque dont celle-ci est la première.

Il n’en reste pas moins vrai que cet épisode où Jésus chasse les vendeurs du temple, a joué un rôle décisif dans l’hostilité des juifs à l’égard de Jésus, puisque ce sera un des reproches majeurs qui lui sera fait au moment de son jugement, avant sa Passion, et les témoins viendront déclarer : "Cet homme a dit : je peux détruire ce sanctuaire de Dieu et le rebâtir en trois jours". On voit bien là comment on peut déformer les paroles, car Jésus n’avait pas dit : je vais détruire le temple, mais bien "Détruisez ce temple", ce qui n’est pas du tout la même chose.

Si Jean présente cet épisode dès le début de la vie du Christ, c’est précisément parce qu’il va manifester à travers ces trois années de la prédication de Jésus, combien sans cesse, monte l’hostilité des juifs, des grands-prêtres, des chefs du peuple, à l’égard de Jésus, et nous le voyons, cette parole du Christ au sujet du temple, va être un des chefs d’accusation qu’ils porteront contre lui.

Le texte d’Osée que nous avons entendu s’inspire de la même thématique, puisque là aussi, c’est une annonce très prochaine de la Pâque qui nous est proposée : "Après deux jours le Seigneur nous rendra la vie, le troisième jour, Il nous relèvera". Allusion qui a été interprétée comme signifiant les deux jours au tombeau, et la résurrection le troisième jour.

Revenons si vous le voulez bien, à l’épisode des vendeurs chassés du temple. La pointe du récit chez saint Jean, c’est la parole de Jésus : "Détruisez ce temple, et en trois jours, je le rebâtirai". Comme souvent dans l’évangile, les paroles du Christ ont plusieurs significations. La signification immédiate, ce serait de parler du temple qu’Hérode est en train de reconstruire, dont les juifs disent qu’il y a quarante-six ans que l’on construit ce temple. Il est évident que ce n’est ni celui de Salomon, ni celui du retour d’exil, mais le troisième temple, celui qui est contemporain de Jésus. Les juifs prennent cela au pied de la lettre comme si on pouvait détruire ce temple et que Jésus en trois jours, de façon miraculeuse, le rebâtirait.

Là n’est pas le but de la parole de Jésus. En effet, saint Jean commente : "Lui parlait du temple de son corps". Voilà un grand mystère qui au premier abord nous semble assez obscur. Qu’est-ce que le temple pour toute la religion juive ? Qu’est-ce que ce temple sinon le lieu symbolique de la présence de Dieu parmi son peuple ? au cœur du peuple d’Israël, au cœur de la ville de Jérusalem, il y a le temple et le temple, c’est comme le disent les prophètes : l’escabeau sur lequel reposent les pieds de Dieu. Comme si Dieu siégeant sur un trône céleste posait ses pieds sur la terre, point de contact entre le monde de Dieu et le monde hommes, et l’endroit où il pose ses pieds sur la terre, c’est précisément le temple de Jérusalem. D’où l’importance du temple dans la piété juive, d’où l’importance aussi de cette accusation qu’ils adresseront à Jésus d’avoir parlé contre le temple, ce qu’il n’a pas fait.

Mais si nous réfléchissons, dans la religion juive, comme dans toutes les religions qui précèdent l’Incarnation, la présence de Dieu ne peut être que symbolique. Dieu, c’est le tout-autre, Dieu c’est celui qui est sans commune mesure avec la création, avec le monde tel que nous le connaissons et dans lequel nous vivons. Dieu, c’est celui qui n’est nulle part, qui ne peut être circonscrit par aucune localisation. Dieu que Dieu réside dans le temple, c’est une image, une expression symbolique. On veut dire qu’en ce lieu particulièrement saint, particulièrement sacré, nous nous approchons de Dieu par l’adoration et par la prière, mais il est bien clair et Salomon le disait déjà : "Comment habiterais-tu cette maison que j’ai bâti de mes mains toi qui occupes les cieux et les cieux des cieux ?" Donc, ce n’est que d’une manière symbolique, mais le symbole est un porteur réel de la foi, c’est d’une manière symbolique que le temple de Jérusalem était le lieu de la présence de Dieu.

Par l’Incarnation, tout change. Dieu n’est plus extérieur au monde, puisqu’il veut lui-même venir dans le monde. L’Incarnation, c’est Dieu qui prend pied dans notre humanité, et donc, dans cet univers, ce monde qui nous entoure. Désormais, il n’y a plus à chercher Dieu en-dehors du monde, et à s’aider pour cela de réalités symboliques comme ce temple de Jérusalem. Désormais, Dieu s’est mis à notre portée, il s’est fait l’un de nous. Le Corps du Christ est le lieu de la présence de Dieu dans le monde, non plus seulement une présence symbolique, mais une présence réelle. Et c’est pourquoi Jésus peut désigner son Corps comme le temple nouveau, et dans les synoptiques, quand il annoncera la ruine de Jérusalem, il dira que ce temple fait de main d’homme, le temple de Jérusalem disparaîtra laissant place à l’unique temple véritable qui n’est pas fait de main d’homme puisqu’il est l’œuvre de Dieu, il est l’œuvre de l’Esprit dans le sein de Marie, qui est le Corps du Christ. C’est dans le Corps du Christ que nous pouvons rencontrer, non plus symboliquement mais en vérité, la présence de Dieu dans ce monde.

Il faut aller plus loin. Ce Corps du Christ, ce n’est pas seulement le corps physique de Jésus, celui qu’il a pris dans le sein de Marie, celui qui est mort sur la croix et ressuscité le jour de Pâques, ce Corps du Christ, c’est toute son Église. Saint Paul ne cesse de nous le rappeler, l’Église, c’est-à-dire vous et moi, nous tous, nous sommes les membres du Corps du Christ. Le Corps du Christ né de la vierge Marie, s’est démultiplié en quelque sorte, en donnant naissance à tous ses membres que nous sommes devenus par le baptême, donc le Corps du Christ, c’est son Église, et la présence de Dieu dans le monde, c’est vous et moi. C’est nous qui sommes la présence réelle du Christ dans le monde, parce que nous sommes les membres du Corps du Christ qui est la présence réelle de Dieu dans le monde. Vous comprenez pourquoi Jésus a voulu nous donner ce pain et ce vin, comme étant réellement la présence de son Corps et de son sang pour qu’en mangeant ce pain qui est son Corps, et en buvant ce vin qui est son sang, nous devenions de plus en plus réellement le Corps du Christ, les membres du Corps du Christ, les membres de cette Église qui est le Corps du Christ.

Frères et sœurs, nous sommes invités aujourd’hui à venir par cette eucharistie et par cette méditation du carême qui nous conduit au mystère pascal, nous sommes invités à venir manger le Corps du Christ pur devenir le Corps du Christ et pour être donc par toute notre vie, par notre communauté chrétienne, pour être la présence du Christ dans le monde qui n’a plus besoin de temple pour être présent, puisque c’est à travers nous qu’il se rend présent.

 

AMEN

 

 

 

 
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