AU FIL DES HOMELIES

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 LA GUERISON DE NAAMAN

2 R 5, 1-15 ; Lc 15, 1-7
Lundi 29 février 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

F

 

rères et Sœurs, cet épisode du cycle de la vie du prophète Elisée, avec la guérison de Naaman, était lu aux catéchumènes pour leur faire comprendre exactement le sens et la portée de l’action de Dieu dans leur baptême. En effet, déjà dans l’épisode même de Naaman, vous avez remarqué comme il y a au fond deux manières d’approcher le miracle de la guérison.

 

La première manière, c’est celle de Naaman. Il entend parler par une des petites servantes qu’il a capturées (les captifs de guerre, c’est déjà un contexte lourd, n’est ce pas ?) du prophète Elisée, et aussitôt il pense que pour obtenir la guérison, il faut d’une certaine manière acheter les puissants locaux. D’autant plus que comme il les a combattus et qu’il a fait des razzias, il faut peut-être se faire pardonner ça. Alors, il se munit des outils de la puissance humaine, c’est-à-dire la garantie diplomatique de son roi, le roi d’Aram, le roi de Damas. Et deuxièmement, comme le roi tient beaucoup à Naaman, il l’aide à acquérir un trésor de guerre avec beaucoup de pièces d’or. Je ne vous garantis pas l’authenticité des chiffres, mais on voit qu’ils vont absolument tout mettre en œuvre humainement par la séduction, par le pouvoir, par la richesse, pour obtenir la guérison de Naaman. Quand il va à Samarie qui est la résidence royale, c’est la douche froide parce que le roi flaire le piège. Que le roi adverse envoie son propre général qui a pillé le pays, pour obtenir une guérison, c’est louche. Il s’est dit, « Il se moque de moi ! ». C’est la colère de la part du roi de Samarie, du roi d’Israël du Nord. Donc diplomatiquement, l’affaire a échoué. On lui a dit « le prophète », mais il ne sait pas de qui il s’agit.

  

Il y a une deuxième relance qui, elle, est si je puis dire miraculeuse. Elisée a entendu parler de cette délégation, et il envoie un messager en demandant quand même que Naaman vienne jusqu’à sa demeure. Mais il demande simplement ce geste pour que Naaman manifeste une certaine confiance. Une fois que Naaman a marqué sa confiance en allant jusque devant la maison du prophète, à ce moment-là, nouvelle douche froide, le prophète ne paraît même pas. Il ne sort pas de sa maison, j’allais dire de son petit couvent. Il donne simplement les indications : tu vas te baigner sept fois dans le Jourdain. Evidemment, nouvelle déconvenue et nouvelle colère de Naaman qui se dit « Non seulement, les moyens diplomatiques ont échoué, maintenant je voudrais quand même essayer de le dédommager pour le mal qu’il va se donner. Il se fiche de moi : il me dit simplement d’aller me baigner dans le Jourdain. » Comme il le dit : « Moi, je suis venu pour guérir, pas pour prendre un bain, ce n’est pas un séjour de thalasso ! ». Il est furieux. Et à ce moment-là, troisième étape, ce sont les serviteurs eux-mêmes qui lui disent :

 - « Ecoute, si on t’avait demandé quelque chose de difficile, tu l’aurais fait ?

 - Oui.

 - Bon, alors s’ils te demandent quelque chose de facile, après tout tu ne risques rien ».

 Et donc, il le fait.

 Je crois que ce texte est très important parce que dans ces milieux prophétiques, au VIIIème siècle avant JC, autour d’Élie puis d’Élisée, c’est une manière d’essayer de décrire l’action de Dieu. Dieu n’agit pas comme les hommes. Le résultat que Dieu obtient est plus fort que ce que les hommes peuvent obtenir, c’est ce que décrit Naaman en disant « Je me disais, il va venir, il va agiter les mains sur la plaie, il va faire telle chose ou telle autre, etc., il va me guérir ». Non, Dieu va obtenir un résultat plus extraordinaire que ce que les hommes sont capables de faire. La guérison de la lèpre qui à cette époque-là était considérée comme le mal absolu, mais il va le faire sans aucun effort, avec les médiations humaines les plus anodines et les plus méprisables. Or vous avez remarqué que toutes les médiations humaines qui vont aboutir à la guérison, c’est d’abord une jeune captive à Damas qui n’a aucun pouvoir, puis les serviteurs du roi qui n’ont aucun pouvoir sur lui, sinon d’essayer de le persuader gentiment.

 

 Autrement dit, ce que le texte veut nous montrer, c’est que l’action de Dieu est plus forte que celle de l’homme. Mais quand il s’agit d’engager quelque moyen humain que ce soit, il choisit délibérément les plus faibles pour bien montrer que c’est lui qui agit. C’est ça le sens assez extraordinaire de ce texte. C’est vraiment une méditation sur l’action divine. Dieu agit. Quand il agit, c’est vraiment un acte divin, mais les médiations humaines qu’il prend sont les plus modestes et les plus simples possibles.

 

 En fait, c’est assez intéressant parce qu’à l’époque où les baptêmes se faisaient je ne dirais pas au jet d’eau mais presque, au IVème siècle, à l’époque de saint Augustin, quand on a choisi ces textes-là pour la préparation des catéchumènes, il était vraiment nécessaire de mettre en valeur cet aspect des choses. Saint Augustin lui-même lorsqu’il parle des sacrements, utilise toujours un adjectif qui peut paraître étonnant. Il dit « Ce sont toujours des signes très faciles », ça veut dire très faciles à exécuter. L’eucharistie, c’est un peu de pain et un peu de vin, c’est moins compliqué que d’abattre un mouton, un agneau ou un bœuf pour faire un sacrifice. Le baptême, c’est un peu d’eau. Pour saint Augustin, précisément, le facillima, le très facile, c’est précisément pour montrer que le sacrement est capable de faire des choses extraordinaires sans que ce soit, si je puis dire, achetable ou manipulable par les moyens humains. C’est la gratuité de l’action de Dieu dans le sacrement.

 

 C’est de ça qu’il est question. Et c’est ça qu’on voulait faire passer comme message aux futurs catéchumènes. Il est certain qu’à cette époque-là, le baptême pouvait être compris comme une sorte de promotion, comme quelque chose dans lequel on va devenir plus et plus considéré dans la société. On entrait quand même désormais dans le grand standing de l’élite chrétienne de l’empire romain. Eh bien non, on avait choisi le passage de Naaman pour dire « vous savez, le baptême, ça réalise quelque chose de plénier, mais qui n’est pas de l’ordre des moyens humains. »

 

 Alors, frères et sœurs, je pense que c’est valable non seulement pour le baptême, mais aussi pour ce qui concerne en général notre vie avec Dieu. Si nous croyons que la vie avec Dieu, c’est simplement d’abord nous qui essayons de mettre en œuvre les moyens les plus forts, les plus performants, les plus universels, les plus techniquement élaborés, je crains que la plupart du temps, nous ne tombions dans un échec cuisant, avec en prime le fait de se dire « pourtant, j’ai fait tout ce qu’il fallait ». Mais ça ne dépend pas de ça, ça ne dépend pas du fait qu’on avait fait tout ce qu’il fallait. Ca dépend de la petite captive qui est à Damas, ça dépend des serviteurs qui accompagnent le maître Naaman et le persuadent d’aller au bord du Jourdain. Au fond, c’est ça notre rôle, le rôle de l’Eglise dans l’économie des sacrements. Laissons Dieu faire les merveilles qu’il veut faire et utiliser les pauvres serviteurs que nous sommes. Amen.

 
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