AU FIL DES HOMELIES

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L'ANNONCE DU SALUT UNIVERSEL

2 R 5, 1-15

(25 février 2008)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Un peu de terre …  

F

rères et sœurs, la lecture que nous faisions tout à l'heure de la guérison de Naaman prend place à l'évidence dans ce temps du carême dans le cadre de la préparation des catéchumènes à leur baptême. Le bain de Naaman dans le Jourdain qui fait refleurir sa chair comme nous venons de le chanter, est une image, une annonce symbolique du bain du baptême qui fait refleurir notre cœur et qui nous rend pleinement présentables aux yeux de Dieu. 

       Il est non moins remarquable que cette guérison s'adresse non pas à un juif pieux, mais à un païen, plus précisément au général de l'armée araméenne qui était une menace permanente pour Israël, même si l'épisode ne se situe pas à un moment de guerre. C'est un païen qui est guéri. Dans l'évangile, Jésus  soulignera ce fait, c'est la toute première prédication de Jésus à Nazareth quand on lui dit : avant de guérir dans le reste du pays, commence par guérir ceux de ton village. Jésus répond : "En vérité, aucun prophète n'est bien reçu dans sa patrie. Assurément je vous le dis, il y avait beaucoup de lépreux en Israël au temps du prophète Élisée, et aucun d'eux ne fut purifié, mais bien Naaman le Syrien". Jésus prend appui sur ce texte de la guérison de Naaman pour affirmer que le salut n'est pas réservé au seul peuple juif, le peuple élu, mais qu'il s'adresse à toutes les nations. Le salut s'adresse aussi aux païens. 

       Le texte de la guérison de Naaman, si nous en avions poursuivi la lecture, est extrêmement significatif et émouvant, car quand Naaman revient pour reconnaître devant Élisée que Dieu seul peut guérir, et que c'est le Dieu d'Israël, il va d'abord demander à Élise d'accepter un présent, ce qu'Élisée refuse. Il va avoir alors une réaction très païenne, il va dire à Élisée : "Permets que je puisse charger de la terre d'Israël, deux mulets, afin de pouvoir adorer à Damas le Dieu d'Israël". C'est une réaction bien païenne de penser que Dieu ne peut être présent à Damas que si l'on emporte de la terre d'Israël pour servir en quelque sorte de piédestal à ce Dieu, Élisée permet à Naaman de rendre ainsi un culte au vrai Dieu, même si ce culte est marqué d'une certaine superstition. 

       On va encore plus loin, car ensuite, Naaman dira à Élisée : "Que le Seigneur pardonne ton serviteur. Quand mon maître, le roi d'Aram va au temple de Rimôn pour y adorer, il s'appuie sur mon bras et je me prosterne dans le temple en même temps que lui. Veuille le Seigneur pardonner cette action à ton serviteur." Autrement dit, Naaman prévient le prophète Élisée et à travers lui le Dieu d'Israël qui vient de le guérir, ce Dieu qu'il reconnaît comme le seul vrai Dieu, il le prévient qu'à cause de sa charge de général de l'armée, il est obligé de se prêter au culte du dieu païen et qu'il ne pourra pas éviter des gestes d'adoration à l'égard de ce dieu qui n'est pas le vrai Dieu". Que lui répond Élisée ? "Va en paix". Autrement dit, même si tu es contraint par les événements de faire des gestes de piété à l'égard d'un dieu qui n'est pas le vrai Dieu, Dieu te pardonne car Il voit dans ton cœur, Il sait que la vraie adoration qu'il y a en toi ne va qu'à ce Dieu qui vient de te guérir. 

       C'est remarquable que dans ces textes de l'Ancien Testament déjà, l'annonce du salut à tous les peuples, y compris les peuples païens, soit présenté comme le but même du dessein de Dieu. C'est la même chose que lorsque le prophète Jonas contraint par Dieu contre son gré, d'aller prêcher la conversion à la ville païenne de Ninive, que cette vielle de Ninive se convertit, et Dieu lui pardonne. Il y a ainsi des petits jalons dans l'Ancien Testament. Globalement, l'Ancien Testament est une recommandation du peuple choisi, du peuple élu auprès de Dieu qui est son Dieu. Le nombre de psaumes ou de textes qui maudissent les païens pour qu'Israël soit sauvé sont innombrables. Mais au milieu de ces textes, il y a aussi de temps en temps quelques petites touches qui annoncent explicitement le Nouveau Testament. C'est pourquoi Jésus a pris appui sur le fait de Naaman le Syrien guéri par le Dieu d'Israël pour manifester une Alliance nouvelle. 

       C'est ici que nous rejoignons l'évangile. Là aussi, même si Dieu n'abandonne pas plus les brebis bien portantes qu'il n'abandonne le peuple d'Israël, Dieu laisse les quatre-vingt dix-neuf brebis bien portantes dans le désert, non pas pour qu'elles meurent de faim, mais pour qu'elles soient en paix dans un désert où l'on peut pâturer, car dans ce qu'on appelle le désert, il y avait quelqu'herbe rase, Et Dieu va chercher la seule brebis perdue. C'est la même chose. De même que Dieu n'a pas guéri tous les lépreux d'Israël mais Naaman le Syrien, l'étranger, le païen, de la même manière Il va à la recherche de la brebis perdue pour la ramener dans la joie. Il y a une joie infinie au ciel pour chaque pécheur qui se repent, pour chaque païen qui se convertit, pour chaque étranger qui est appelé à être l'adorateur du vrai Dieu, le Dieu unique qui n'est pas seulement le Dieu d'Israël, mais le Dieu de toute la terre, de tous les peuples du monde, de tous les hommes quels qu'ils soient. 

 

       AMEN

 

 

 
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