AU FIL DES HOMELIES

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DIEU N'EST PAS NAÏF !

2 R 5, 1-15

(12 mars 2007)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC 

 

L'eau de la vie 

F

rères et sœurs, je vais laisser de côté cette parabole que nous venons d'entendre avec cette question quand même centrale : est-ce que vraiment il vaut mieux abandonner les quatre-vingt dix-neuf brebis dans la nature au risque de les perdre toutes, pour aller en chercher une ? Demandez à un berger, il vous dira ce qu'il faut faire dans ce cas-là. 

Je vais plutôt revenir sur la première lecture tirée du livre des Rois. Généralement, ces lectures sont un peu difficiles parce que nous ne connaissons pas toujours l'environnement culturel et politique de ces textes et que nous en restons à une lecture plutôt symbolique qui est tout à fait juste, mais qui dans ce cas est en lien bien sûr avec le baptême. J'aurais voulu comparer avec vous très rapidement et en quelques traits, la politique internationale au Moyen-Orient au neuvième siècle avant Jésus-Christ, avec la politique internationale au vingt et unième siècle dans cette même région, peut-être pour mieux vous faire comprendre l'aspect incroyable de cette histoire du général Naaman. 

       L'état d'Israël est perdu au milieu des états arabes, et vous savez qu'actuellement, on ne peut pas dire que ce soit le grand amour entre Israël et la Syrie par exemple, et Naaman est un général syrien. Imaginez l'armée syrienne qui se met à envahir une fois encore l'état d'Israël, mettons cela tout au nord de la Galilée, du côté du Golan. C'est la razzia dans les kibboutz, quelques jeunes israéliens et israéliennes qui sont emmenés prisonniers par le général de l'armée du président El Hassad. Ce général se découvre un cancer généralisé, c'est triste. Une jeune israélienne venue d'un kibboutz se met à dire à la femme de ce général syrien : si ton mari demandait au grand rabbin de Jérusalem, il pourrait le sauver. Entre nous soit dit, je doute fort qu'un général de l'armée syrienne accorde son intérêt à ce genre de conseil et venant d'une prisonnière, il pourrait se dire qu'elle est en train de lui refiler une mauvaise information, et il vaut mieux se méfier de cette petite israélienne. Mais, imaginons quand même que ce général syrien aille voir El Hassad et lui dise : écoutez, mon président, donnez-moi la permission d'aller rencontrer le  grand rabbin de Jérusalem. Je ne sais pas si le président accèderait à la demande de son général, mais imaginons  une réponse positive, et vous devinez dans les journaux et dans la presse internationale l'impact que cela aurait d'apprendre qu'un général syrien va se faire soigner dans un grand hôpital de Jérusalem !!! Vous imaginez la tête du gouvernement israélien qui se dirait exactement comme le roi de Samarie : sûrement, l'état syrien nous cherche noise et ce brave général va nous claquer dans les mains à l'hôpital et la Syrie va nous accuser de l'avoir assassiné. Ce sera la bonne occasion pour la Syrie de venir envahir Israël. 

       Je ne vais pas continuer, mais c'est le même tableau, je crois que nous n'imaginons pas l'aspect extraordinaire de cette histoire. Revenons à Naaman. Il est prêt à obéir à une étrangère qui a parlé à sa femme. Ensuite, Naaman fait confiance à son roi, il lui demande la permission de pouvoir partir en Samarie pour être guéri par le prophète. Naaman part avec de l'argent, avec des vêtements, dix habits de fête ce qui est quand même considérable. Il est reçu non pas par le prophète Élisée qu'il ne voit même pas, mais par un simple messager qui lui dit d'aller se baigner dans le Jourdain. Naaman est irrité, c'est un geste qui est beaucoup trop simple, il imaginait un tour de passe-passe, de la magie noire, des choses extraordinaires, le ciel qui s'ouvre et que sais-je encore. Il est prêt à repartir mais il va encore une fois écouter quelqu'un d'autre. Il écoute ses serviteurs qui lui conseillent de faire cette chose toute simple, se baigner dans l'eau du Jourdain. Naaman obéit à ses serviteurs, se plonge dans l'eau et est guéri. Il va voir le prophète pour lui donner de l'argent en remerciement. Élisée refuse l'argent. C'est là que je continue car le texte s'est coupé, Naaman qui a plutôt l'habitude de se servir demande l'autorisation d'emporter un peu de terre de ce lieu qui est celui de la royauté du Dieu d'Israël qui l'a guéri. Il veut cette terre pour ne pas oublier qui l'a guéri. Un peu plus loin, il dit : quand je serai rentré au pays, je serai obligé de me mettre à quatre pattes devant les dieux de mon roi. Je reconnais que j'ai été guéri par le seul Dieu qui le Seigneur Yahvé, pardonne-moi à l'avance, je vais devoir trahir celui qui m'a guéri pour accompagner mon roi dans le culte des idoles. Le serviteur d'Élisée qui avait tout entendu, que Naaman repartait avec l'argent, se met à courir derrière Naaman et lui demande de l'argent. Revenu auprès d'Élisée, celui-ci le questionne : où étais-tu ? le serviteur ment, et il est saisi par la lèpre. 

       Nous avons affaire à un dominateur qui va accepter de se laisser guider par différentes personnes. D'abord par des femmes, ce qui n'est pas simple, un général, un militaire qui accepte d'écouter sa femme qui elle-même écoute une prisonnière étrangère, c'est loin de la normalité. Un chef de guerre qui accepte d'écouter les conseils de ses serviteurs, ce n'est pas plus évident. Un dominateur qui accepte d'obéir à plus petit que lui … quelqu'un qui découvre que la grâce de Dieu ne passe pas nécessairement par des gestes très compliqués : aller se baigner dans le Jourdain. Il découvre aussi que les relations avec les autres, dans la guérison, que cette guérison ne passe pas par l'argent, mais est un don gratuit. C'est une relation gratuite avec un Dieu qu'on n'achète pas. Il est aussi quelqu'un qui reconnaît qu'il est véritablement guéri par Dieu, mais qui dit à ce Dieu, qu'il va un peu le tromper de temps en temps en retournant aux idoles. 

       Cela nous montre que Dieu n'est pas naïf, ni faible. Quand Naaman raconte tout cela au prophète, le prophète lui dit : va en paix. On pourrait croire que ce n'est pas très normal, quand on a été sauvé par Dieu, la moindre des choses, c'est de se convertir totalement, et nous savons bien que nous ne le faisons pas. L'épisode avec le comportement du serviteur nous montre que Dieu n'est pas naïf. Dieu voit le serviteur et sa duplicité et il le punit. Je crois par conséquent, que ce qui importe le plus à Dieu dans cet épisode, c'est que ce général accepte de se laisser guider, quand le serviteur lui, se met à vouloir manipuler les autres pour gagner de l'argent malhonnêtement. C'est peut-être là que se situe la grandeur du général Naaman, il est loin d'être parfait, il est tellement peu parfait qu'à peine guéri, il dit à Dieu qu'il va continuer à le trahir de temps en temps. Mais ce que Dieu retient de cet homme, c'est qu'il a accepté de se laisser conduire par des signes qui ont été mis sur sa route, accepter d'obéir à d'autres pour progresser dans son humanité et d'accepter ensuite tout simplement ce salut que Dieu lui donne en connaissant ses faiblesses. 

       Frères et sœurs, c'est cette attitude qui attend souvent nos catéchumènes, découvrir qu'après le baptême, on continue toujours à trahir Dieu. Nous le savons encore plus pour nous tous qui sommes de "vieux" baptisés, mais ce que Dieu attend de nous parce qu'il n'est pas naïf, ce n'est peut-être pas tant d'être parfaits, mais d'accepter envers et contre tout, quels que soient nos péchés, de découvrir la présence de Dieu à travers tous les signes et tous ceux que nous croisons sur notre route. 

 

       AMEN


 

 

 

 

 

 

 
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