AU FIL DES HOMELIES

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L'ANNONCE DU BAPTÊME

2 R 5, 1-15

(15 mars 1993)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Barèges : L'eau vive 

L

e récit de la guérison de Naaman général syrien lépreux a depuis toujours été utilisé dans la liturgie chrétienne comme une annonce prophétique du baptême. C'est en effet dans les flots du Jourdain où Jésus a reçu le baptême des mains de Jean-Baptiste ce baptême de Jésus qui est le prototype de notre propre baptême, que Naaman est allé se plonger sur l'ordre du prophète Élisée. Plongé est le sens même du mot baptisé. Il s'est plongé et sa chair lépreuse a été guérie. Souvent dans l'évangile Jésus guérit des malades et particulièrement des lépreux. Et la maladie, spécialement cette maladie terrible encore de nos jours mais qui était plus terrible encore au temps du Christ car on n'avait aucun moyen de la combattre, cette maladie de la lèpre qui ronge le corps était prise comme un signe, un symbole, une image du péché. Non pas que les malades subissaient cette maladie à cause de leurs péchés mais parce que le péché est comme une maladie du cœur, comme une gangrène qui ronge intérieurement les forces vitales de notre être spirituel, qui ronge notre capacité d'aimer. C'est pourquoi le pardon des péchés est comparé à la guérison de la lèpre.

       C'est un aspect du baptême auquel nous sommes moins accoutumés car le sacrement étant donné généralement à des enfants qui viennent de naître, cet aspect de pardon des péchés est moins immédiatement visible. Mais quand il s'agit d'un baptême d'adultes ou d'enfants en âge de liberté on comprend que le baptême est une remise à neuf, une purification du péché du passé, d'une vie dans laquelle, déjà, nous nous sommes éloignés de Dieu. Et précisément le miracle opéré par Élisée, grâce aux eaux du Jourdain, rend la chair de Naaman aussi nette que celle d'un petit enfant. Il y a une remise à neuf radicale du corps malade de ce général syrien. Et de la même façon le baptême est une remise à neuf radicale de notre cœur. Cela fait partie de notre foi chrétienne. Quand un adulte est baptisé sa vie antérieure est remise à neuf totalement et quelles que soient les fautes qu'il a commises, quels que soient les péchés commis auparavant, tout cela est entièrement noyé dans les eaux du baptême, entièrement lavé jusqu'à la racine de son être. Et c'est pour cela que ce pardon s'étend non seulement aux péchés qu'il a commis ici ou là, au cours de sa vie, mais jusqu'à la racine de son péché c'est-à-dire jusqu'à ce péché originel qui est en nous comme une sorte de propension au mal, comme une sorte de vulnérabilité radicale de notre être, une vulnérabilité antérieure à notre choix libre puisque c'est notre nature héritée de nos parents, et à travers eux des générations antérieures. C'est cette nature elle-même qui est blessée, meurtrie par ce péché qui a envahi l'humanité tout entière par cette propension à l'égoïsme, à la haine, au repliement sur soi, à l'indifférence si générale autour de nous et en nous-même. C'est jusqu'à cette racine du péché en nous que nous sommes purifiés par le baptême.

       Pour nous tous, il y a longtemps que nous avons été baptisés et depuis l'égoïsme a de nouveau fait ses ravages dans notre cœur, nous sommes retombés dans le péché, dans ce refus d'amour, dans cet éloignement de Dieu, dans cette souillure, dans cette lèpre spirituelle. Pourtant la grâce du baptême reste toujours vivante en nous, elle est toujours active, elle est toujours efficace. Le baptême n'est pas simplement un événement du passé, arrivé un jour dans notre vie. Le baptême est à l'œuvre à tout instant dans notre existence. Nous sommes aujourd'hui des baptisés, nous vivons de la grâce dans la mesure où nous voulons nous y ouvrir. Et cette grâce demeure encore aujourd'hui une grâce de renouvellement, une grâce de guérison, une grâce de pardon, une grâce de purification. Cet événement de la guérison de Naaman s'applique encore à chacun de nous aujourd'hui, maintenant, si nous nous tournons avec foi, avec confiance vers le Seigneur qui est le Seigneur de toute nouveauté, qui est le jaillissement de la vie qui nous renouvelle, nous remet à neuf. Si nous nous ouvrons à cette présence de l'Esprit vivifiant, la grâce de notre baptême opère à nouveau en nous cette purification, cette radicale guérison de notre être profond.

       En ce temps de carême où nous accompagnons les catéchumènes vers leur baptême et où nous renouvelons notre propre baptême à travers leur préparation, que ce ne soit pas simplement revivre un souvenir du passé mais retrouver en vérité cette grâce de notre baptême en demandant au Seigneur de remettre à neuf en nous cette grâce de guérison, de pureté, cette grâce d'innocence. A l'instar de Naaman, plongeons-nous à nouveau dans la grâce de notre baptême afin que notre chair et notre cœur refleurisse.

       AMEN


 

 
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