AU FIL DES HOMELIES

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LA GUÉRISON DE NAAMAN

2 R 5, 1-15

(11 mars 1985)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Plongée dans l'eau de la Vie

L

e récit de la guérison de Naaman est riche d'enseignements non seulement pour les catéchumènes, à l'intention desquels il est particulièrement lu en ce jour, mais aussi pour nous-mêmes, car il met en lien très étroit la guérison de la lèpre par le bain sept fois répété dans le Jourdain et d'autre part la foi de cet officier. Le baptême est le sacrement de la foi au sens où il scelle, de façon visible et définitive, l'acte de Dieu qui transforme un cœur que ce même Dieu a déjà fait progressivement mûrir par la foi. Et l'intérêt de ce récit est sans doute de nous montrer les multiples visages de la foi. La foi n'est pas une sorte de récitation décidée du "Je crois en Dieu !", mais c'est une démarche, un cheminement vers Dieu, qui inclut tout notre être et une certaine manière d'appréhender toute chose autour de nous, dans le regard et dans le désir de Dieu.

       C'est pourquoi la démarche même de Naaman est très belle et je voudrais votre attention sur quelques étapes de la foi.

      La première étape, c'est que pour que Naaman sache qu'il y a, en Israël, un prophète capable de guérir la lèpre, il a fallu un malheur. Il a fallu qu'une petite fille d'Israël soit devenue captive, esclave, au cours d'une de ces nombreuses guerres entre Aram et Israël à l'époque du prophète Élisée. Et cette petite fille est précisément le signe de l'Église, captive au milieu des nations païennes. Et nous-mêmes qui sommes l'Église d'aujourd'hui, nous sommes dans une certaine captivité en ce monde, captivité non pas par rapport à ce monde mais captivité par le fait que nous n'avons pas encore trouvé notre être véritable. C'est ce qui est figuré par la petite fille qui travaille chez l'officier araméen, et même si Naaman l'a prise comme part de son butin, elle est la figure de l'Église parce qu'elle ne garde pas pour elle toute seule la foi d'Israël, mais elle veut en faire bénéficier celui qui est son maître. C'est pourquoi elle dit : "Si mon maître allait en Israël, peut-être obtiendrait-il la guérison auprès du prophète Élisée !" Naaman doit donc faire une première démarche de foi pour aller à la rencontre du prophète, une démarche de foi sur la parole de cette petite fille qui symbolise l'Église. Et il en est de même pour nous. Nous ne rencontrons pas Dieu tout seuls, nous le rencontrons toujours à travers le visage de l'Église. Et c'est dans la mesure ou, petit à petit, s'éveillent en notre cœur cette foi et cette assurance en l'Église comme véritable messagère de l'évangile et de la Parole de Dieu, que notre cœur s'ouvre au mystère de la présence de Dieu en nous.

       Il est vrai que cette Église n'a pas que des côtés attrayants ou des aspects qui peuvent nous encourager à la foi. De fait, sitôt que Naaman part avec la lettre de recommandation de son roi pour rencontrer le roi d'Israël, il est affronté à une nouvelle difficulté de la foi : le roi d'Israël déchire ses vêtements et ne veut pas reconnaître qu'Israël est la source de vie même pour les nations étrangères. C'est pourquoi il imagine que la démarche de Naaman est un guet-apens et une nouvelle occasion de déclencher la guerre de la part du royaume d'Aram. Et là encore, c'est un enseignement sur la foi, car la foi est toujours un combat devant l'épreuve, que cette épreuve vienne du monde ou même parfois de l'Église. Et ce qui est très beau, c'est que le prophète, connaissant l'incident envoie dire à Naaman : "C'est auprès de moi que tu dois venir." C'est-à-dire que la démarche de la foi ne s'arrête pas à l'Église, mais dans l'Église, en Israël, elle doit mener ultimement à la rencontre de l'homme de Dieu qui n'est pas "homme de Dieu" pour lui-même mais comme porteur de la Parole de Dieu Et ce n'est qu'au contact vivant de cette Parole de Dieu que Naaman va pouvoir commencer son processus de guérison.

       Et chose curieuse, alors que Naaman avait tenu dans la foi face à l'épreuve du roi d'Israël, là, en face du prophète, il capitule, car il garde alors ses vieux réflexes de païen. Il pense que Dieu devrait guérir de telle ou telle manière. C'est toujours la faiblesse des païens de penser que Dieu devrait être comme ceci ou comme cela. La différence entre les païens et ceux qui, en Israël, croient au vrai Dieu c'est que ces derniers savent qu'ils sont entre les mains de Dieu et que Dieu n'est pas comme ils le veulent. Et c'est là, finalement l'ultime démarche de foi de Naaman, Quand ses serviteurs lui disent :"Au fond, Dieu est beaucoup plus simple que toi, Dieu veut te proposer, à toi qui as peu de foi encore, quelque chose de simple, pour que vraiment tu croies, alors que toi, tu t'es imaginé que le prophète ferait tel ou tel geste compliqué. Par conséquent il faut que tu le fasses." Ceci c'est le dernier aspect de la foi. La foi, ce n'est pas un ensemble d'idées sur Dieu qu'on met en application, mais c'est tout simplement un appel à agir comme Dieu le veut, et là, dans cet agir on découvre la véritable puissance de Dieu, la véritable efficacité de l'agir de Dieu qui transforme notre cœur et le guérit de la lèpre de son péché.

       AMEN


 

 
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