AU FIL DES HOMELIES

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LA GUÉRISON DE NAAMAN LE SYRIEN

2 R 5, 1-15

(3 mars 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Saint Macaire : L'onction baptismale 

N

ous avons lu la guérison d'un Syrien, c'est-à-dire un étranger au peuple de Dieu, un général qui avait fait la guerre à Israël, Naaman. Cette page est très belle et la liturgie l'a choisie parce qu'elle est une sorte d'annonce et de figure du baptême. Celui qui veut entrer dans le Royaume de Dieu doit être, selon les directives données par Jésus à ses apôtres, plongé dans l'eau pour recevoir l'Esprit Saint.

       Mais ce que je trouve tout à fait spécial dans ce récit et qui peut nous aider à comprendre certaines choses de notre vie de baptisés, c'est le côté romanesque de cette histoire. On dirait que tout était fait pour échouer. Toute l'histoire ne tient qu'à un fil. A tout moment, les gens se fâchent. D'abord on n'y croit pas beaucoup, parce que quand la petite esclave dit : "Ah si mon maître allait chez le prophète, sûrement il le guérirait !" cela ne déchaîne pas immédiatement l'enthousiasme. Puis il y a un premier éclat de colère au moment où l'officier va voir le roi d'Israël. Le roi d'Israël dit : "Ce n'est pas possible ! On vient me chercher querelle ! C'est encore un incident diplomatique entre nos deux pays, et moi je n'y peux rien." Et il n'a qu'une envie c'est de renvoyer Naaman pour ne pas avoir d'histoires. Et tout risque, à ce moment-là, de chanceler. Le deuxième épisode de colère, c'est Naaman lui-même qui se met ne colère parce que le prophète lui fait simplement savoir qu'il a à se plonger sept fois dans le Jourdain. Naaman est très irrité parce qu'il trouve cela ridicule, il aurait très bien pu se baigner dans les fleuves près de Damas et il n'était pas obligé de venir et de faire tout le voyage pour en arriver là. Cette colère a failli encore tout faire échouer.

       En réalité, ce qui fait que cependant l'opération a réussi, c'est l'intervention de trois serviteurs. Le premier, c'est le plus humble, c'est la petite servante captive à Damas chez Naaman et qui dit simplement : "Ah ! si mon maître savait !" C'est elle qui déclenche toute l'histoire. Elle est vraiment placée là par la Providence et elle parle très simplement, comme une enfant, avec beaucoup de foi, car elle croit déjà que son maître peut être guéri, elle croit à la puissance du prophète Élisée.

       Le deuxième serviteur c'est le prophète lui-même, car le prophète c'est le serviteur de Dieu. Et quand il apprend la colère du roi d'Israël, c'est lui qui envoie un messager pour dire à Naaman : "Ne t'en fais pas ! Ce que la petite fille t'a dit, c'est vrai ! Tu peux être guéri ! Va te baigner sept fois dans le Jourdain." C'est le deuxième serviteur qui rachète l'affaire. Et le troisième moment où les serviteurs rachètent l'affaire, c'est celui où les serviteurs qui accompagnent Naaman lui disent :"Mais au lieu de te mettre en colère, essaie. Si le prophète t'avait demandé une chose difficile, tu aurais essayé de la faire, alors à plus forte raison puisqu'il t'a demandé une chose toute simple tu peux la faire."

       Je crois que cela est extrêmement révélateur de notre vie de baptisés. Etre baptisé, c'est entrer dans le Royaume de Dieu. C'est découvrir petit à petit l'amour de Dieu. Et la plupart du temps, nous croyons que c'est une chose extrêmement compliquée, difficile. Et nous avons envie, comme Naaman, de prendre des grands tissus d'or, des pièces de monnaie et de gérer les affaires entre grandes puissances, entre nous-même et Dieu, de croire que c'est une grande affaire diplomatique.

       Et en réalité, c'est tout simple : c'est porté, de façon presque incognito, par la prière et la foi d'une petite fille, par la prière d'un prophète et par la prière des serviteurs qui disent : "Mais ce que te demande le prophète est tout simple." C'est comme cela que cela se passe avec Dieu. Non pas en traitant de grandes affaires, mais des choses très humbles, où il faut avoir un esprit d'humilité, de service.

       Et c'est comme cela sans doute que notre propre vie, qui, d'une certaine manière, dans sa relation avec Dieu ne tient qu'à un fil, est portée par des gens que nous ne connaissons pas, qui sont précisément nos serviteurs dans la prière, très humbles, cachés, mais qui nous empêchent "de nous mettre en colère avec Dieu" et de tomber hors de notre vocation de baptisés.

       Alors demandons au Seigneur qu'Il nous aide à découvrir cette humilité, ce service de nos frères qui nous portent dans notre chemin vers Dieu, et non seulement de nous le faire découvrir pour que nous en soyons les bénéficiaires, mais que, nous aussi, nous ayons assez de simplicité pour être les serviteurs de nos frères, les serviteurs souvent cachés, incognito, simplement par la prière d'intercession.. Mais c'est cela qui porte la destinée de chacun d'entre nous, et c'est cela que le Seigneur nous demande dans l'humilité et la simplicité.

       AMEN


 
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