AU FIL DES HOMELIES

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NAAMAN L'HOMME DE DÉSIR

2 R 5, 1-15

(19 mars 1990)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

Saint Denis : Baptême de Clovis 

N

aaman le Syrien avait imaginé à l'avance quels seraient les soins nécessaires pour qu'on le guérisse. Il ressemble à une brebis égarée qui non seulement se serait égarée mais proposerait un moyen pour la rejoindre. Dans le labyrinthe de son péché ou de sa misère, elle proposerait un programme.

Il y a dans ce passage du Livre des Rois l'annonce et le signe de l'attente, de l'attente confiante, de l'attente aveugle de la façon dont Dieu viendra nous sauver. Dieu ne donne pas à l'avance le plan qu'Il a pour chacun de nous, mais jour après jour, Il en dévoile les étapes. Et lorsque nous voulons, comme à l'avance, indiquer à Dieu comment nous sauver c'est vouloir mettre dans le plan de Dieu des embûches qui vont à l'encontre de cette liberté d'amour de Dieu qui lui permet d'improviser son salut. Car Dieu ne compose pas à l'avance un programme qui s'étalerait dans le temps, mais Il improvise au sens où Il construit, avec ce que nous sommes, notre propre salut, notre péché même, la façon dont nous vivons notre péché, lui donne une matière à modeler, à inventer la façon dont Il nous rejoint, la façon dont Il va nous sauver. Et nous n'avons pas à lui imposer à l'avance la façon dont nous aimerions bien, tout en prenant conscience que nous sommes impuissants à le faire, nous n'avons pas à lui imposer la façon dont nous aimerions bien être sauvés. Il y a dans la foi cette liberté à conserver, à respecter pour permettre à Dieu d'improviser et de modeler ce salut.

       C'est le premier élément et le second s'enchaîne sur ce premier. La seule façon de laisser Dieu libre dans son action par rapport à nous c'est d'être un homme de désir comme l'entend la Bible, un homme qui accepte d'être conscient de la proximité du Royaume de Dieu, de cette présence miséricordieuse de Dieu mais qui ne la consomme pas, qui ne l'utilise pas comme un besoin à assouvir mais qui attend, qui attend que Dieu le rejoigne. Et là se situe la différence entre l'homme de désir et l'homme qui conquiert ou qui va dérober ce salut. Dieu ne joue pas à cache-cache avec l'homme, mais Dieu attend de l'homme cet abandon, jusque dans son désir, car Lui seul sait le plus sûr moyen de nous rejoindre, le plus sur moyen de nous laver de notre lèpre.

       Alors nous pouvons, comme saint Paul, nous lamenter que tel ou tel péché ou telle ou telle souffrance reste comme une écharde dans notre chair. C'est le mystère même de Dieu que de vouloir la laisser et s'en servir pour nous attirer à Lui, mystère de l'humilité qui nous remet sans cesse en face de l'abandon nécessaire par rapport à Dieu. Quoi qu'il en soit, n'avançons pas nous-mêmes vers Lui en ce sens, ne lui proposons pas la façon dont Il pourrait bien nous enlever cette écharde mais acceptons que le seul médecin valable soit Lui et personne d'autre. N'ayons pas l'imagination du salut, mais creusons ce désir que nous avons d'attendre le Seigneur dans la guérison que nous voulons, qui tarde afin que le Seigneur puisse vraiment nous rejoindre dans le labyrinthe de nos misères comme Il va chercher la brebis égarée et que notre joie exulte à voir le Pasteur nous prendre dans ses bras pour nous ramener au bercail, ce bercail qui est le lieu du pardon, de la réconciliation et du don de sa vie.

       AMEN


 

 
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