AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA BREBIS PERDUE

2 R 5, 1-15 ; Lc 15, 1-7

Lundi de la troisième semaine de carême – A

(26 mars 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

C'est si bon la liberté !

L

 

e propre du berger c'est de partir Lui-même à la recherche de la brebis perdue. Le mystère de la pénitence et de la réconciliation est tout entier dans cette rencontre absolument irremplaçable et personnelle de chacun d'entre nous avec la miséricorde du Seigneur. Ceci il n'y a que le Seigneur qui peut nous le faire pressentir, car il n'y a que Lui qui peut nous ouvrir son cœur. Il n'y a que Lui qui peut partir dans la campagne, aller dans les buissons pour récupérer cette brebis perdue que nous sommes et pour la prendre dans ses bras. Je crois même qui si la brebis voyait quelqu'un d'autre que le berger s'approcher, elle s'enfuirait plus loin.

Le secret même du pardon, il est dans l'acte créateur de Dieu qui a voulu être notre berger. C'est là que nous le rencontrons, et c'est pourquoi la pénitence ou la réconciliation peut être une recréation. Le mystère le plus profond de notre propre existence, c'est évidemment cette relation secrète qui nous constitue comme tels et qui nous unit à Dieu parce qu'Il est notre maître, notre berger, notre créateur, mais ce qui est extraordinaire c'est qu'à chaque moment où nous tombons en dehors de ce plan de la création, c'est le Créateur Lui-même qui vient nous rechercher. C'est le mystère profond de tout acte de réconciliation et de pénitence que de rencontrer singulièrement le berger Lui-même.

C'est tellement inouï que dans la parabole toute proche du fils prodigue qui suit immédiatement celle de la brebis égarée, le Christ prend soin de noter que le jeune fils ne croyait pas qu'il pourrait rencontrer à nouveau son Père et qu'il disait simplement : Fais-moi habiter dans les communs, parce que je ne peux plus réintégrer véritablement ta présence dans la demeure paternelle. Or le mystère même de notre démarche de pénitence en carême, c'est que nous devons rencontrer individuellement, personnellement le Créateur Lui-même.

Seulement, il y a une chose qu'il ne faut pas oublier. C'est que, au cœur même de cette rencontre, au moment même où le berger vient de récupérer sa brebis, au moment même où le Père vient d'ouvrir les bras pour accueillir son fils, au moment même où la femme a retrouvé la drachme qui était perdue, à ce moment-là, se produit une convocation. C'est "Il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui se repent", c'est-à-dire tous les anges et tous les saints sont convoqués au sacrement du pardon, c'est : "Tuez le veau gras, festoyons, mangeons car mon fils qui était perdu est retrouvé !" C'est la femme qui, ayant retrouvé la drachme, invite amies et voisines pour se réjouir avec elle de ce qu'elle a retrouvé son bien. Le mystère de notre pardon et de notre réconciliation, c'est le moment où la joie de Dieu de nous retrouver, de nous accueillir à nouveau dans sa miséricorde parce que nous avons accepté du fond de notre cœuret du fond de notre liberté cette miséricorde, la fait resplendir et rayonner sur le ciel tout entier, sur les amis et voisins pour qu'ils festoient avec Lui.

Ainsi, frères et sœurs, le rôle du ministre dans le sacrement de réconciliation, n'est pas celui d'une sorte de juge, mais il est celui que Dieu a déjà invité au festin parce qu'il est le témoin de la joie du Père qui déborde sur toute l'Église qu'un pécheur a reçu le pardon de Dieu et a retrouvé sa place véritable dans le plan de Dieu.

Que ce carême et que cet évangile de la brebis perdue nous aide à retrouver cette double dimension du sacrement de la réconciliation que le Christ a voulu nous donner : signe de re-création, à la fois cette rencontre personnelle du fond de notre cœur avec le cœur de Dieu et cette joie de Dieu qui, nous voyant réconciliés, la fait déborder sur le monde tout entier.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public