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LA LÈPRE DU PÉCHÉ

2 R 5, 1-15 ; Lc 15, 1-7

Lundi de la troisième semaine de carême – C

(27 février 1989)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

e péché engendre le péché. C'est une des grandes réalités du péché que lorsque nous le laissons s'installer dans notre vie, il ouvre, dans notre cœur, d'autres péchés et c'est comme un cercle infernal qui commence à naître à ce moment-là. Lorsque nous sommes abîmés, de l'intérieur, par nos actes, nos limites, nos faiblesses, d'autres faiblesses se déclarent et nous avançons comme des hommes bles­sés, ne sachant pas comment nous "dé-blesser", nous guérir de ce qui nous faisait mal, à l'intérieur.

C'est un fait fréquent que, lorsque nous nous sentons fautifs, nous abîmons, volontairement ou non les autres, projetant sur les autres ce que nous n'arri­vons pas à vivre nous-mêmes. C'est une des réalités que la confession, la proclamation, l'aveu de nos fau­tes vient couper radicalement, car par l'aveu de ce péché qui nous enferme sur nous-mêmes, nous arrê­tons ce cercle infernal du péché qui engendre le péché et finit par nous enfermer complètement, nous replier. Il est vrai que cette première expérience du péché est toujours un isolement. Le pécheur est un homme mal­heureux. Ce n'est pas d'abord un homme fautif, mais un homme dans le malheur, un homme isolé. Il est comme une brebis égarée qui est sortie du troupeau et n'ose pas revenir et invente mille ruses avant de re­prendre le bon chemin et retrouver sa place parmi les autres. La honte lui colle à la peau comme la lèpre collait à la peau de Naaman.

Il y a entre la lèpre de Naaman et notre propre péché une similitude étonnante. La lèpre isole, prive d'une communication réelle, intime avec l'autre. De même le péché nous empêche de communiquer avec l'autre, avec Dieu, avec nos proches. C'est là qu'il faut comprendre où se situe notre propre conversion. Elle se situe dans la reconnaissance de cette faiblesse que nous avons d'abord mal vécue, mais qui est prise et emportée par quelqu'un d'autre qui nous en assure la guérison totale. Nous n'avons pas à régler nous-mê­mes notre propre guérison, à prendre notre cortège, comme Naaman, dix habits de fête, dix mille talents d'argent et à partir en grande pompe pour une guéri­son décidée par nous.

Nous voudrions bien, (d'ailleurs Naaman pro­cède ainsi), prendre en main notre guérison. Puis, ayant entendu quelques phrases sur un prophète d'Israël, Naaman s'adresse à lui, mais enfermé qu'il est dans ce péché dont la lèpre est le symbole, il reste irrité, comme en colère : "Les eaux que je connais ne sont-elles pas aussi valables que les eaux d'Israël ?" Tout ce voyage que j'ai entrepris, quelle valeur a-t-il maintenant, puisque tu me demandes de me baigner sept fois dans le Jourdain, dans des eaux qui ressem­blent tellement à celles qui sont proches de chez moi. La guérison décidée par Naaman n'est pas celle qu'il aura. Elle est à la fois plus simple et plus proche, plus réelle, plus intime.

Elle demandait d'abord d'ouvrir dans le cœur de Naaman la possibilité qu'une guérison autre que celle qu'il imaginait puisse avoir lieu, comme Dieu veut nous guérir non pas de la façon dont nous vou­lons être guéris mais de sa façon à Lui qui est beau­coup plus simple et beaucoup plus durable. Car Il sait briser la coque dans laquelle nous nous enfermons et qui est comme la carapace de ces péchés qui s'imbri­quent l'un dans l'autre. A travers les fissures, Dieu sait faire briller sa gloire, patiemment, comme un pédago­gue, avec sa tendresse et sa douceur.

Et seul Dieu ouvre ce que nous avons fermé afin d'y glisser cette grâce, ce fleuve, cette eau nou­velle qui coule sur la peau de Naaman afin d'en faire comme la peau d'un enfant.

Dieu renouvellera en nous la peau de notre cœur afin d'en faire la peau d'un enfant de Dieu.

 

AMEN