AU FIL DES HOMELIES

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LA BREBIS PERDUE

2 R 5, 1-15 ; Lc 15, 1-7

Lundi de la troisième semaine de carême – B

(4 février 1991)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

N

ous entendions samedi dernier la parabole du fils prodigue dans laquelle le fils prend lui-même la décision de revenir à la maison paternelle. Le mystère de la réconciliation de l'homme et de Dieu nous y est présenté sous l'optique de la liberté humaine qui est comme visitée par le souvenir de Dieu. Et parce que la présence de Dieu arrive à demeurer mystérieusement dans le cœur même du pécheur, le pécheur est alors capable de se souvenir de cette miséricorde et de ce pardon de Dieu et de revenir vers Lui. Et il y a aussi dans cette parabole la figure spécifique du Père qui "attend sur le seuil de la maison, à l'entrée, pour voir revenir son fils," mon­trant par là, le côté prévenant de la grâce et du pardon de Dieu.

Dans la parabole de la brebis perdue, l'optique est légèrement différente. C'est le même mystère, c'est le problème de la réconciliation, c'est la problème de retrouver la brebis perdue, mais le point de vue est plus spécialement lié à celui de Dieu. C'est peut-être pour cela que saint Luc nous l'a donnée comme pre­mière parabole. En effet, le pasteur est obligé d'aller au-devant de la brebis qui s'est égarée. Ce n'est pas la brebis qui, d'elle-même est capable de revenir. Vous me direz : c'est pour les besoins de la cause, on ima­gine mal que le mouton puisse retrouver la bonne direction et revenir de lui-même au troupeau. Mais ce que signifie la métaphore c'est précisément que Dieu Lui-même prend l'initiative d'aller au-devant du pé­cheur. Autrement dit, ce que nous sommes invités à méditer, c'est l'aspect de la miséricorde et du pardon de Dieu comme pure grâce et pure prévenance.

C'est peut-être d'ailleurs un des aspects qui, actuellement, est le plus difficile à reconnaître. Nous avons un mal fou à reconnaître que la miséricorde de Dieu vient au-devant de nous-même et du pécheur. La plupart du temps, nous imaginons, c'est notre point de vue tout à fait personnel, nous imaginons que le pé­cheur va son chemin et que, à un certain moment, quand il est "coincé", il se dit : il faut que je fasse demi-tour, que je retrouve la bonne direction. En ré­alité ce n'est pas tout à fait ce que nous dit la parabole. Car, quand la brebis est perdue, elle est bel et bien perdue. Et d'une certaine manière, à partir du péché lui-même, il n'y a pas de ressource, il n'y a pas possi­bilité de faire machine arrière et de revenir pour re­joindre le troupeau. Il faut vraiment que ce soit l'amour gratuit de Dieu qui prenne l'initiative et qui s'avance au-devant du pécheur pour effectivement retourner son cœur. C'est le mystère même de la puis­sance de la grâce. La grâce n'est pas une énergie que nous aurions "à exploiter" dans le bon sens du terme. La grâce est la manière même dont Dieu s'empare de l'homme comme le berger va rechercher la brebis perdue.

La deuxième chose qui nous est donnée dans cette parabole c'est l'aspect communicatif de la joie de Dieu lorsqu'Il a retrouvé la brebis perdue. En réalité, s'il n'y avait pas eu cet épisode, le berger n'aurait pas eu le soin de réunir ses amis et ses voisins pour faire la fête avec eux. Ici, au contraire, comme le dit Jésus en concluant la parabole : "Il y a plus de joie au ciel pour un pécheur qui se repent que pour quatre-vingt dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pardon." La réconciliation du pécheur avec Dieu est source d'une joie communicative dans le cœur de Dieu. Et ceux avec lesquels Il partage cette joie, ce ne sont pas sim­plement les anges comme on le pense parfois, mais c'est l'Église tout entière. Le sacrement de la réconci­liation, la démarche de la pénitence est une source de joie non seulement pour le pécheur réconcilié mais, à travers le geste de la réconciliation et à travers la gé­nérosité de Dieu qui veut partager la joie d'avoir re­trouvé sa brebis perdue, c'est une joie pour toute l'Église.

Essayons d'être nous-mêmes cette Église qui se réjouit du retour des pécheurs que nous sommes ou des pécheurs que sont nos frères Essayons, ensemble, de découvrir cette joie véritable du retour à Dieu par le pardon. Essayons de partager cette joie vraiment divine de la réconciliation.

 

 

AMEN

 

 
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