AU FIL DES HOMELIES

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LA BREBIS PERDUE

2 R 5, 1-15 ; Lc 15, 1-7

(7 mars 1988)

Homélie du Frère Jean-François NOEL 

 

Egarée sur une route de Galilée …  

Q

uand nous parlons de repentir, quand cette brebis erre dans les contrées lointaines, loin de son Seigneur et qu'elle prend conscience de ce qui l'éloigne, du malheur, de la mort qui la guette, si ce repentir consiste à retrouver le chemin de Dieu, je crois que la brebis ne le retrouverait pas par elle seule. L'évangile précise bien que c'est le Seigneur qui part à sa rencontre, que la brebis s'est réellement perdue et n'a pas chercher à revenir vers le pâturage mais que c'est le Seigneur lui-même qui a pris son bâton de pèlerin, qui est venu parmi les hommes, qui a traversé tous ces sentiers, tous ces ravins afin de guetter, de crier, d'appeler celle qui était perdue.

       Quand nous pensons au repentir, nous pensons à cette analyse personnelle de nos propres défauts qui serait suivie d'une prise de décision qui consisterait à vouloir revenir par nous-mêmes au bercail. Je crois que non seulement le péché nous éloigne du bercail et des pâturages mais il a brisé en nous la possibilité du retour. C'est pour cela que déjà au paradis, c'est le Seigneur qui pose la question à Adam, et Adam prend peur et s'en va. Non seulement le péché brise le cœur de l'homme, le rend sombre, mais plus encore, il brouille les pistes du retour vers le Seigneur. Se repentir ne veut pas dire que je vais prendre sur moi ce qui ne va pas et chercher le meilleur moyen de retrouver le chemin dont je me suis égaré. Se repentir ne veut pas dire que je vais redresser la situation et revenir clopin-clopant peut-être mais par moi seul là où j'étais bien, dans les bras de Dieu. Le repentir c'est avant tout une rencontre.

       Si nous parlons de pardon et de miséricorde, c'est que l'Église invite chaque chrétien à renouveler profondément, de façon indéracinable, une rencontre avec un visage aimé. La brebis qui, dans le fond du bois, rencontre le visage du pasteur qui vient vers elle, sent que tout s'effondre. Son cœur s'abandonne à Celui qui va la mettre sur ses épaules et la ramener. Le repentir consiste simplement à reconnaître que nous sommes perdus et qu'il nous faut quelqu'un pour nous tenir la main, pour revenir là où le vrai bonheur de Dieu peut briller en nous.

       Cet évangile nous fait pénétrer un des plus grands mystères de Dieu. C'est qu'il y a eu en Dieu deux histoires d'amour, il y a eu deux amours très différents l'un de l'autre. Le premier appartient au premier pâturage au début du monde. C'était un pâturage merveilleux dans lequel la brebis qui est l'homme apprenait à vivre, à grandir dans l'harmonie, la paix et la joie de Dieu. C'était le premier amour, celui qui a créé ce monde, en a tiré et fondé les bases, et, au milieu de ce monde, a placé cet homme pour qu'il puisse vivre dans un face-à-face heureux, harmonieux, amoureux avec son Dieu. Et la brebis s'est égarée, elle est partie. Et le second amour qui vient comme en relais du premier, c'est celui d'un cœur blessé, d'un cœur atteint, d'un cœur chagrin, c'est celui du cœur de Dieu qui ne se console pas de la perte de la brebis. Et Il quitte le jardin d'Eden, il abandonne la promenade matinale pour la rencontre d'Adam, prend son bâton de pèlerin, prend une tunique et part en voyage, à la poursuite de la brebis. Et ce second amour s'appelle l'Incarnation, ce second amour s'appelle le Fils. Ce second amour le mènera si loin qu'au bout du chemin il n'y avait qu'une solution, se jeter à corps perdu dans cette forêt inextricable des péchés des hommes, ouvrir les bras sur la croix et lui dire : C'est pour toi !

       AMEN


 

 
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