AU FIL DES HOMELIES

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BREBIS ET TROUPEAU

2 R 5, 1-15 ; Lc 15, 1-7

Lundi de la troisième semaine de carême – C

(23 mars 1992)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

N

ous avons parfois tendance à regarder l'évangile, surtout quand il s'agit d'un tel passage, comme un texte assez gentil, pres­qu'un peu bucolique, une sorte d'image d'Epinal où l'on voit un berger, un troupeau. Et tout cela a l'air très sympathique. Pourtant si Jésus parle en paraboles c'est justement pour réveiller notre imaginaire et lui faire saisir et comprendre la portée de son enseigne­ment à Lui.

J'aimerais m'arrêter sur une réflexion par rap­port à ce troupeau et à cette brebis pour voir ce que le péché contient à la fois de communautaire et de per­sonnel car il me semble qu'il y a parfois une confu­sion entre le péché que l'on dit collectif et le péché personnel. C'est pourquoi une des conséquences pas­torale et sacramentelle d'un tel phénomène est la question des absolutions collectives et des démarches personnelles auprès d'un prêtre. Qu'est-ce qui vaut mieux ? Qu'est-ce qu'il faut faire ?

Si je reprends ce passage d'évangile, il y a une chose évidente, c'est qu'il y a un troupeau, il y a des moutons. Il y a plusieurs brebis toutes ensemble qui vivent sous un seul pasteur. Ce troupeau dont on dit souvent qu'il est l'Église présente donc une image collective, une image de gens rassemblés sous un même guide. C'est vrai pour l'Église qui est bien le rassemblement, l'appel reçu par chacun à faire partie du même troupeau. Et en même temps il y a la brebis toute seule qui s'en va, qui s'égare sur les chemins. Et la brebis qui est toute seule est l'objet de l'attention du Pasteur. Il se met en quête, il laisse les autres brebis et va personnellement rechercher l'égarée. Et Il va la rechercher pour l'amener au troupeau, pour la rendre à la bergerie, pour la remettre sur la voie avec toutes les autres.

La brebis égarée c'est bien sûr celle qui a pé­ché, c'est le chrétien qui, à cause du poids qui pèse sur son cœur, s'éloigne de l'Église. Et cela peut nous faire déjà saisir qu'il n'y a pas simplement un péché collec­tif ou un péché personnel. Il y a les deux à la fois. Et s'il y a des deux dimensions dans l'homme, il doit aussi y avoir ces deux dimensions dans la réconcilia­tion, dans le sacrement, dans la pastorale des sacre­ments. Deux dimensions à la fois ecclésiale et per­sonnelle. C'est pourquoi dans son exhortation aposto­lique sur la réconciliation, le Pape Jean-Paul II avait commencé par décrier le caractère babélique de ce monde blessé par le péché. Et aujourd'hui nous met­tons souvent l'accent sur ce collectif, sur ce péché que tout le monde partage. Il est bien vrai qu'il y a des péchés collectifs, des péchés de groupes, de paroisse, de ville et aussi de nation auxquels, plus ou moins, nous participons et parfois réellement. Si comme on l'entend dire parfois dans l'Église "une âme qui s'élève élève le monde" notre péché abaisse aussi le monde, abaisse l'Église ou en tout cas défigure le visage du Christ. C'est vrai qu'il faut prendre conscience de ce péché collectif dont je vous laisse trouver toutes les arcanes et tous les chemins qui nous y entraînent.

C'est pourquoi, ayant parfois saisi cela, l'Église a volontiers célébré et pardonné tous ces pé­chés qui, en s'entrecroisant, font un poids dans le cœur même de l'Église. Car l'Église est bien réconci­liatrice, mais elle a aussi besoin d'être réconciliée. L'Église porte aussi en elle-même collectivement cette tare, ce poids d'être humaine. Mais c'est aussi sa grandeur car c'est dans cette humanité de l'Église que Jésus vient la réconcilier. Mais nous ne pouvons pas nous contenter d'un péché collectif qui nous facilite­rait l'approche du pardon car, malgré tout, même s'il y a des péchés collectifs, chacun de nos actes est per­sonnel. Ce n'est pas le voisin qui pèche à ma place. C'est pourquoi, même si nous avons toujours tendance à dire comme Adam : "Ce n'est pas moi, c'est la femme !" c'est aussi bien l'homme que la femme qui pèche. C'est une dimension collective mais aussi une dimension personnelle de chacun des deux. Et quand nous péchons c'est de notre propre volonté. C'est pourquoi nous avons la possibilité, le choix et la li­berté d'agir même si saint Paul dit : "Je ne fais pas le bien que je voudrais et le mal que je ne voudrais pas faire je le fais !" nous avons ce choix possible entre le bien et le mal. C'est notre propre responsabilité, ce sont nos actes qui sont engagés quand nous péchons personnellement.

Dans cette paroisse, nous avons l'habitude de nous reconnaître pécheurs tous ensemble le mercredi des cendres puis de célébrer dans une sorte d'action de grâces la réconciliation de chacun le mercredi-saint. Ces deux aspects collectifs et personnels sont à maintenir. Il nous reste donc le temps du carême pour vivre personnellement la réconciliation car Jésus ne va pas chercher tout le troupeau mais les brebis une par une pour les constituer en troupeau, pour les gui­der, pour les mener. Donc on ne peut pas se contenter, sous prétexte de facilité, de recevoir un pardon col­lectif qui ménagerait nos petites humeurs. Il nous faut être personnellement réconcilié car Jésus vient nous sauver personnellement pour une grâce communau­taire, pour une grâce collective certes, mais il faut que ça passe par un visage d'homme.

Prenons donc conscience de ces dimensions du péché. Que l'une ne prenne pas le pas sur l'autre car il est vrai que certaines personnes ne voient que leur petit moi, en se confessant personnellement et ne comprennent pas la conséquence de leurs actes et leur répercussion sur leur famille, sur l'Église et donc sur tous les hommes. En vivant auprès de Dieu, nous comprendrons qu'Il aime personnellement chacun des hommes et qu'Il les aime personnellement pour ac­complir en eux la communion entre tous. Dans cha­que sacrement, notamment celui de la réconciliation, ce sont ces deux aspects qui sont à vivre. C'est pour­quoi, aussi bien au niveau personnel qu'au niveau de l'Église c'est une seule et même réalité, celle du Christ qui vient personnellement sauver chaque homme pour tous les emmener sur le chemin de la Pâque. Sachons demander à Dieu la grâce de pouvoir connaître pro­fondément la réconciliation avec Lui et tous les hom­mes.

 

 

AMEN

 

 
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