AU FIL DES HOMELIES

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GUÉRISON ET POLITIQUE

2 R 5, 1-15 ; Lc 15, 1-7

Lundi de la troisième semaine de carême – C

(8 mars 2010)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Le Jourdain

 

F

rères et sœurs, dans cette lecture nous avons donc une parabole qui nous raconte l'histoire du berger qui sauve la petite brebis. Je m'attacherai avec vous plutôt à la première lecture qui raconte comment la petite brebis, c'est-à-dire cette petite fille israélite sauve non pas son berger, mais plutôt le grand méchant loup, celui qui l'a capturée en Israël et emmenée captive chez lui.

Imaginons, mais ce n'est que pure imagination, mais je crois qu'il faut passer par là pour vraiment comprendre le poids politique qui se cache derrière cette première lecture. Imaginons, mais c'est fortuit comme tous les films qui ne sont que pure fiction, un grand responsable du Hamas de Gaza atteint d'une maladie gravissime, ne pouvant pas sortir de Gaza et qui va dans la planque dans laquelle est caché ce fameux soldat israélien d'origine française, Guy Shalit et imaginons que ce soldat Shalit dit à ce responsable du Hamas et par la même occasion qui est responsable de sa condition de prisonnier, que Shalit dit à cet homme : je connais la solution pour que tu sois guéri de ce cancer atroce qui te ronge les os. Il y a un excellent rabbin à Jérusalem, c'est le grand rabbin de Jérusalem, je te conseille d'aller le voir. Pure fiction ! Imaginons que ce responsable du Hamas écoute ce que lui dit ce soldat juif et décide de téléphoner à Nétanyahou et lui dise : écoute, acceptes-tu de me laisser un passeport pour entrer en Israël et rencontrer le grand rabbin de Jérusalem ? Imaginez Nétanyahou s'arrachant les vêtements, son complet cravate en disant : mais que me veut le Hamas, c'est une déclaration de guerre déguisée, je ne sais pas comment je vais faire. Le grand rabbin ne peut vraiment pas le guérir, et en plus s'il meurt à Jérusalem on va dire que ce sont encore les services secrets israéliens qui ont frappé ! Imaginons, mais c'est encore fortuit, que quand même Nétanyahou laisse ce responsable du Hamas arriver à Jérusalem. Pensez-vous que le grand rabbin de Jérusalem accepterait de recevoir cet homme du Hamas ? Oui, il va le faire. Imaginons là encore, que ce grand rabbin n'accepte pas de le voir physiquement, mais lui fasse dire qu'il doit aller se laver dans les eaux du Jourdain. Comment aller se laver dans les eaux du Jourdain qui devraient être en territoire Syrien et qui ont été volées par l'État d'Israël ? Imaginons, imaginons …

Evidemment, frères et sœurs, cela nous paraît absolument incroyable. Mais je crois qu'à travers cette lecture extrêmement contemporaine, c'est que paradoxalement, le salut de Dieu est absolument incroyable, non seulement pour des questions purement politiques et diplomatiques comme je viens de les évoquer, mais recentrons-nous sur le carême et nous-même, parce que nous avons un substrat aussi compliqué que la situation politique et diplomatique de Jérusalem et de Gaza.

Nous avons, dépeint dans cette histoire, le cas d'un homme qui ne croit pas dans le Dieu d'Israël et qui cependant, est guéri. Nous avons le cas d'un homme qui est guéri en croyant que la grâce de Dieu s'achète. Nous avons le cas d'un homme qui croit que concrètement la religion c'est de la magie. Et nous avons, mais là, malheureusement la lecture s'est arrêtée trop tôt, vous lirez la suite chez vous, nous avons un homme qui est guéri et qui dit à celui qui l'a guéri : pour des questions politiques et diplomatiques, même si je sais que c'est le Dieu d'Israël qui m'a guéri, je serai quand même obligé de continuer à me mettre à quatre pattes devant les dieux de mon pays. Comme si, pour reprendre le fil de cet exemple absolument irréaliste que je prenais tout au début, comme si secrètement un homme du Hamas guéri par es paroles du grand rabbin de Jérusalem disait finalement à Nétanyahou et à ce grand rabbin : excusez-moi, je reconnais la puissance incroyable du Dieu d'Israël mais pour des questions politiques et diplomatiques je dois rentrer chez moi à Gaza et je dois continuer à être un membre éminent du Hamas.

Il faut reconnaître, frères et sœurs, que c'est très souvent ce que nous sommes. Dieu n'a pas attendu que nous croyions parfaitement pour nous sauver. Dieu n'attend pas que nous arrêtions de croire que la religion c'est simplement de la magie. Le nombre de fois où nous aimerions que Dieu vienne s'imposer à nous, à notre liberté, à notre intelligence, pour enfin faire ce que nous pourrions en fait, faire sans lui. Le nombre de fois où nous voulons qu'il s'impose à nous pour après lui dire : oui, c'est toi qui es là, c'est toi qui es Dieu, mais il faut que tu comprennes que pour des questions professionnelles, familiales, il faut que je continue à faire mes petits arrangements. Là ce que nous avons en plein carême, c'est la démonstration de la puissance de l'amour de Dieu, mais un amour qui n'est pas naïf. Il sait ce que nous sommes, et en même temps, cela ne l'empêche pas de nous aimer tels que nous sommes.

 

 

AMEN

 

 
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