AU FIL DES HOMELIES

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LE REPAS AVEC LES PÉCHEURS

2 R 5, 1-15 ; Lc 15, 1-7

Lundi de la troisième semaine de carême – B

(24 mars 2003)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, ce thème de la brebis perdue que nous venons d'entendre dans la version de saint Luc est un des moments importants de l'évangile. Nous en retrouvons une version analogue dans l'évangile de saint Matthieu, et nous pouvons rapprocher ce thème de celui de l'évangile de saint Jean où Jésus se proclame le bon berger, celui qui prend soin des brebis, celui que les brebis connais­sent, et qui donne sa vie pour les brebis.

Dans saint Luc, cette parabole est uni à deux autres paraboles, celle de la drachme perdue, qui est assez voisine, et celle de l'enfant prodigue que nous avons lu samedi dernier. Ces trois paraboles sont in­troduites par ces quelques versets que nous venons d'entendre et que je voudrais relire avec vous : "Tous les publicains et les pécheurs s'approchaient de Jésus pour l'entendre, et les pharisiens et les scribes mur­muraient : cet homme fait bon accueil aux pécheurs et il mange avec eux". C'est ce fait, cette critique des pharisiens, parce que Jésus prend soin des pécheurs, les accueille, leur parle et mange avec eux, c'est ce fait donc qui a provoqué les trois paraboles de la bre­bis perdue, de la drachme perdue et de l'enfant prodi­gue.

Je pense qu'il y a là un mystère profond au­quel nous devons prêter attention : c'est le mystère de la convivialité de Dieu avec les hommes, la commen­salité de Dieu avec les hommes. Un des actes majeurs de Jésus dans l'évangile et qui revient à de nombreu­ses reprises, c'est que Dieu en la personne de Jésus, prend son repas avec les hommes, partage le repas des hommes. Partager le repas, ce n'est pas seulement se nourrir à côté de quelqu'un, c'est accomplir un geste de communion de la nourriture qui symbolise et signi­fie la communion du cœur, car déjà indépendamment de Jésus, et de la dimension chrétienne et surnaturelle de ces repas, prendre son repas avec quelqu'un c'est partager non seulement le pain et la nourriture, mais partager l'amitié, l'intimité. Dieu donc, et c'est un des aspects de l'Incarnation de Dieu, Dieu veut partager à travers le signe du repas, l'intimité, la communion avec les hommes. Dieu nous invite à cette commu­nion partagée. Il se fait l'un de nous dans nos repas, et ainsi Il nous invite à sa table, Il nous demande de partager la communion avec Lui, l'intimité avec Lui.

C'est ce qui s'accomplit dans l'eucharistie, car parmi tous ces repas que Jésus a pris avec les hom­mes, depuis le repas des noces de Cana jusqu'à celui de la multiplication des pains, et après la Résurrec­tion, le repas d'Emmaüs, et celui au bord du lac, tous ces repas culminent en quelque sorte dans ce dernier repas du Jeudi saint où Jésus ne se contente pas de manger avec les hommes, mais où dans un geste su­prême de communion, Il leur donne son propre corps et son propre sang comme nourriture et comme bois­son.

Donc, notre eucharistie, c'est d'abord un repas pris avec Dieu, c'est d'abord ce mystère d'une pro­fonde intimité que Dieu a voulu avec nous et qui se réalise à travers ce signe du repas. Or, il est remar­quable que parmi les repas que le Christ a pris avec les hommes, doit mis en valeur de façon tout à fait particulière, ces repas avec les pécheurs. Déjà, après la vocation de Matthieu, Matthieu avait invité pour un repas d'adieu, les publicains, et les pécheurs qui étaient ce milieu dont il faisait partie, lui qui était une sorte de voyou et de bandit. Et Jésus est venu manger avec ces pécheurs et déjà les pharisiens s'étaient scan­dalisés. Mais voici qu'il apparaît ici que ce n'est pas seulement une fois par hasard que Jésus a pris son repas chez Matthieu avec des publicains et des pé­cheurs, c'était semble-t-il, une habitude chez Lui, puisque les pharisiens disent : "Cet homme fait bon accueil aux pécheurs et il mange avec eux".

Oui, le Christ nous invite à sa table, le Christ partage notre repas, et en nous invitant à partager le repas avec Lui, Jésus prend son repas avec les pé­cheurs. Certes, avant de nous approcher de l'eucharis­tie, nous avons essayé dans la prière, dans le jeûne et par le sacrement de pénitence de purifier notre cœur. Ne nous faisons pas d'illusion, nous ne pouvons ren­dre entièrement saint notre cœur, et c'est comme des pécheurs, comme des pauvres que nous nous appro­chons de l'eucharistie. Aussi bien, seule la grâce de Dieu et la grâce de l'eucharistie en particulier, peut véritablement aller jusqu'au fond de note cœur pour nous purifier de nos péchés, comme il est d'ailleurs dans les paroles mêmes de la consécration : "Ceci est la coupe de mon sang qui sera versé pour vous en rémission des péchés, pour vous et pour la multitude". Ce sang que nous buvons, ce corps livré que nous mangeons sont pour nous purification des péchés. C'est la présence transfigurante et fulgurante de la grâce de Dieu qui seule, peut arracher de notre cœur cette co-naturalité avec le péché qui nous est si habi­tuelle.

Alors, approchons-nous humblement de ce repas où nous sommes invités à la table de Dieu, non pas en nous disant que nous sommes capables et di­gnes de nous approcher de ce repas, non pas non plus en nous lamentant de n'être pas assez dignes pour nous approcher de ce repas, mais en mettant toute notre confiance dans cette grâce fulgurante de Dieu, qui en venant faire sa demeure en nous, en faisant de sa chair l'aliment de notre chair, en transformant notre chair en présence de sa chair, qui par ce mystère nous délivre du mal et nous fait entrer dans sa joie, la joie qui est au ciel, parce qu'un pécheur se repent et qu'il est retrouvé et qu'il passe de la mort à la vie.

 

 

AMEN

 

 
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