AU FIL DES HOMELIES

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CHACUN LE VERRA

Nb 21, 4-9 ; Jn 3, 14-21

Samedi de la troisième semaine de carême – C

(8 mars 1986)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

e prophète Zacharie avait annoncé de la part de Dieu : "Je répandrai sur la maison de Da­vid et sur l'habitant de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication et ils regarderont vers Moi." L'apôtre saint Jean, après la mort de Jésus sur la croix, fait écho à cette citation du prophète Zacharie, et alors que le Christ est déjà mort, avant de l'ensevelir, il rappelle cette parole de l'Écriture : "Ils regarderont vers Celui qu'ils ont transpercé " et il reprendra cette même citation au début du livre de l'Apocalypse, lorsque annonçant la fin des temps il écrit : "Voici qu'Il vient au milieu des nuées, chacun le verra, même ceux qui l'ont transpercé".

C'est une réalité assez extraordinaire de savoir et de croire que tout homme, même ceux qui l'ont transpercé, verront le Christ, verront le Christ glo­rieux et verront le signe glorieux de sa croix. C'est une vérité de foi que tout homme, dans sa mort, verra Dieu, verra le salut de Dieu. Et c'est devant ce salut de Dieu, à la lumière du Christ crucifié et glorieux, que sera prononcé son .jugement, jugement de lumière ou jugement de ténèbre.

Le carême est une marche d'approche vers la célébration de Pâques, mais plus profondément encore, plus vraiment encore de la dernière Pâques, de l'ultime Pâques, celle qui sera inscrite dans l'histoire, celle qui inscrira l'histoire dans son terme, dans son achèvement, lorsque le Christ glorieux sur sa croix désormais glorieuse, apparaîtra dans les nuées, et que tout homme le verra, que tout homme pourra considérer ses blessures, ces blessures qui l'ont trans­percé. Ainsi, Il achèvera Lui-même, pour l'humanité tout entière, ce qu'Il avait accompli de façon person­nelle et historique, au jour de sa Pâque terrestre, à Jérusalem en Palestine. Nous marchons donc non pas vers une pâque annuelle et répétitive, d'année en an­née, mais nous marchons ensemble vers la Pâque éternelle du Christ. Et cette Pâque n'est ni lointaine, ni proche, elle est là, dans la mesure où le Christ est toujours présent dans sa mort et dans sa résurrection et qu'Il continue, difficilement, intimement, invisi­blement d'accomplir et d'achever, en nous, ce que sa mort, sa passion et sa résurrection ont accompli défi­nitivement.

Regarder vers la croix, c'est considérer le Christ qui meurt et qui ressuscite. C'est donc fixer son regard sur ces blessures qui l'ont transpercé. Or saint Paul dit : "Il s'est fait pour nous péché ! Il a pris sur Lui tous nos maux. C'est de nos souffrances qu'Il souffrait". C'est de nos infidélités qu'Il était accablé, réalisant la prophétie du Serviteur Souffrant d'Isaïe.

Nous sommes invités par la pédagogie de l'Église à considérer notre état de pécheurs. Je vous proposerai simplement de ne pas considérer nos pé­chés vis-à-vis de nous-mêmes, mais de les regarder comme étant devenus les blessures sur le corps du Christ. Nos péchés, ce ne sont pas d'abord des actes que nous posons, des fautes que nous faisons, ce sont des atteintes au corps du Christ, ceux d'hier comme ceux d'aujourd'hui, ceux qui ont crucifié le Christ dans sa chair, ceux qui crucifient le Christ dans son corps qui est l'Église, c'est-à-dire nous-mêmes qui crucifions et qui sommes, en même temps, le corps crucifié. En contemplant le Christ blessé, nous pou­vons comprendre non seulement quel est le poids de nos péchés, mais plus encore quel est le poids de son amour, puisque là même où nous avons ouvert par notre faute et nos péchés, de là coule la grâce de notre salut. Et pour reprendre la plainte des hébreux à Moïse dans le désert : "Pourquoi nous avoir fait monter d'Egypte pour mourir dans ce désert, car il n'y a ni pain ni eau et nous sommes excédés de cette nourriture de famine ?"

Si nous sommes encore dans cette période du désert, quittant l'esclavage de nos péchés et du mal, en marche vers la terre promise, si nous allons ainsi, de pâque en pâque, vers la Pâque éternelle et définitive, nous ne pouvons pas nous plaindre d'avoir une nourriture de famine. Car nous avons vraiment une eau, nous avons vraiment un pain. Cette eau c'est justement celle de la grâce qui a jailli du côté du Christ transpercé à cause de nos péchés, c'est la grâce du baptême. Et ce pain c'est le corps blessé du Christ, c'est son corps livré pour nos péchés que nous recevons maintenant dans l'eucharistie. Eau et nourriture, viatique pour notre marche vers la Pâque éternelle.

 

AMEN

 

 

 
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