AU FIL DES HOMELIES

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LEVEZ LES YEUX

Nb 21, 4-9 ; Jn 3, 14-21

Samedi de la troisième semaine de carême –C

(13 mars 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Walcourt : Levez les yeux …

F

 

rères et sœurs, les deux textes que nous venons d'entendre vous ont peut-être un peu paru étonnants, étranges. Pour certains d'entre vous, cela rappelle quelques souvenirs de nos albums d'histoire sainte de notre enfance, cette histoire de tous les Hébreux, perdus dans le désert et qui commençaient à en avoir assez de cette vie errante. Tout à coup, à cause de leur désespoir, à cause de leur révolte, Dieu se fâche contre eux et leur envoie ces serpents brûlants, sans doute des souvenirs de ce que les caravaniers connaissent quand ils traversent le désert.

Effectivement, il se peut que de temps à autre on soit la victime de ces morsures de serpents. On peut alors se dire à quoi cela sert-il de lire cela dans la Bible et peut-être aussi par rapport à toutes les souffrances et tous les doutes qui assaillent notre cœur à propos de la mort, du deuil, de ceux qui nous sont chers ? Pourtant, il y a quelque chose de très simple. C'est le fait que Moïse leur dit : vous êtes piqués par ces bêtes qui vous en veulent, qui sont le symbole de la mort, alors, simplement, levez les yeux. C'est un geste qu'on n'a plus tellement tendance à faire aujourd'hui, en tout cas, on n'en voit plus la signification. Aujourd'hui, nous avons toujours les pieds sur terre et aussi le regard sur la terre. Nous voyons tout ce qui est à notre portée. Nous sommes dans un monde où il faut être organisé, où cela ne sert à rien de regarder le ciel et les étoiles. Nous sommes dans un monde où il faut vivre et se bagarrer pour faire sa place au soleil, pour se maintenir, pour survivre. Par conséquent, notre regard est au mieux dans le vis-à-vis, dans le face à face, mais il ne dépasse pas l'horizontal ! La plupart du temps, il faut gérer, il faut agir, il faut modifier, il faut se battre avec ce monde, il faut lutter contre les autres, il faut, il faut … Nous n'avons plus beaucoup le réflexe de lever les yeux.

Pourtant, il y a un moment où cela arrive, c'est comme pour ces Hébreux dans le désert, quand on est près de la mort. A ce moment-là, cela ne sert plus à rien de se raccrocher au monde, cela ne sert plus tellement à rien d'essayer de se demander ce qu'on va emporter ? Qu'est-ce que je peux encore garder ? En fait, il y a à la fois comme un mouvement de notre cœur et parfois aussi de notre regard qui tout d'un coup s'élève vers plus haut que nous. Je pense que c'est ce regard-là qui accompagne la mort de chaque homme. Quand nous entrons dans ce mystère de la mort, nous ne regardons pas la terre, nous regardons le ciel. C'est pour cela que je crois que c'est encore une très belle coutume aujourd'hui, nous enterrons nos défunts avec le regard tourné vers le ciel parce que c'est un regard d'espérance et d'attente.

On comprend que Jésus lorsqu'il recevait ce pharisien, Nicodème, qui ne savait plus tellement comment faire car il était aussi un vieillard aux prises avec la mort, il lui disait : comme ce serpent d'airain, ce serpent de bronze a été élevé au désert, pour que les Hébreux au moment où ils allaient entrer dans la mort puissent lever les yeux vers cette espèce d'idole en réalité, et qu'ils puissent dire : on tourne notre regard vers le ciel, on tourne notre regard vers Dieu, c'est la même chose pour chacun d'entre nous.

Dans la Bible, on dit aussi que les soldats au moment où ils voient le Christ pendu à la croix, et qu'il lui donnent le coup de lance, on cite également un oracle d'un prophète : "Ils lèveront les yeux vers celui qu'ils ont transpercé". Etre en face de Dieu, c'est lever les yeux. C'est faire ce geste d'une sorte de première dépossession sur notre vie, sur nos projets, sur tout ce que nous voudrions réaliser et de dire à Dieu simplement : Seigneur, maintenant, c'est vers toi que je regarde.

Aujourd'hui, lorsque nous prions pour nos défunts, je crois que c'est ce geste tout simple que nous avons à réaliser. On dit aussi souvent que lever les yeux, c'est une sorte de symbole de foi, d'espérance, de confiance. Quand on lève les yeux vers quelqu'un cela veut dire : j'ai besoin de toi dans la détresse où je me trouve. Aujourd'hui, nous sommes un peu comme les Hébreux dans le désert, nous sommes un peu comme Nicodème qui vient rencontrer le Christ. Nous sommes appelés simplement à lever les yeux, à tourner notre regard vers le Seigneur, et à lui dire : Seigneur, dans la détresse de la condition humaine, dans ce vis-à-vis avec la mort que tous, d'une manière ou d'une autre, plus ou moins obscurément nous portons avec plus ou moins de lucidité, nous ne pouvons faire qu'une chose, nous levons les yeux vers toi. Nous levons les yeux vers celui qui peut nous tendre la main et qui peut nous arracher de la mort et qui peut nous faire partager la plénitude de sa vie.

 

AMEN

 

 

 

 
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