AU FIL DES HOMELIES

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UN SERPENT SAUVEUR ?

Nb 21, 4-9

(16 mars 1985)

Homélie du Frère Guy BEDOUELLE. o.p.

Blesle : Christ roman

C

haque nation se donne un drapeau, chaque communauté se donne un étendard, un emblème, un blason qui leur rappelle leur histoire, leur destin, leur grâce propre et qui sert de ralliement aux heures difficiles, aux heures du doute, aux moments où l'on doute de son identité, peut-être même de sa réalité.

Le texte du livre des Nombres, assumé par la tradition chrétienne, par la lecture qu'en donne Jésus Lui-même dans l'évangile, dans cet entretien avec Nicodème, s'est donné pour étendard, pour drapeau, la croix. Ce serpent d'airain élevé par Moïse et qui sauvait tous ceux qui le regardaient, c'est la croix du Christ, la croix vivifiante, cette croix qui donne à celui qui la regarde le spectacle du Fils de Dieu supplicié.

       Nous sommes peut-être tellement habitués à cet étendard de la croix, à ce signe que nous faisons plusieurs fois par jour, ce signe de la croix, que nous pouvons nous demander si nous la voyons dans toute son horreur, dans toute la nudité de ce qu'elle signifie. Et je crois que nous pouvons répondre que nous ne la voyons plus. Non pas seulement par indifférence ou par habitude, mais parce que ce spectacle de ce que nous avons choisi comme emblème est, à proprement parler, insoutenable. Et si nous préférons d'autres emblèmes, ceux de la Résurrection, ceux de la Transfiguration, nous ne pouvons jamais oublier que la Transfiguration elle-même est annonce de la Passion, et que le corps du Ressuscité porte les marques de la Passion.

       En ce temps de carême, nous devons regarder la croix avec foi et avec espérance. Elle est notre vrai emblème, notre devise, mais que signifie-t-elle ? Elle signifie que le Seigneur veut que nous la regardions telle qu'elle est. C'est ce qu'Il dit à Nicodème : "Celui qui vit dans la vérité, qui est dans la lumière, est déjà sauvé." Et cette lumière, paradoxalement, incroyablement, nous vient de la croix du Christ, cette croix du Christ qui est aussi insoutenable que la pauvreté, nos pauvretés, que le péché, nos péchés, que nous avons pris l'habitude, plus confortable il est vrai, d'entourer d'une sorte d'anesthésie, d'indifférence, parce que, au regard de la lumière de la sainteté de Dieu, nous ne pouvons pas rester dans cette lumière. Elle est trop aveuglante, elle est trop dure. Et pourtant.

       Et pourtant, il n'y a que dans cette lumière sur ce que nous sommes, notre besoin de Dieu, il n'y a que dans la vérité de notre humiliation, de notre faiblesse, et même au moment où certains d'entre nous, peut-être se révoltent contre Dieu, contre ce monde qui nous entoure, dont nous devons regarder en vérité sa pauvreté ses difficultés, son horreur, il n'y a, même au moment de la révolte une parole plus vraie, qui plaît davantage à Dieu, j'en suis sûr, que toutes nos manières de baisser les yeux devant ce qui nous gêne. "Lorsque je serai élève, j'attirerai tous les hommes à Moi !" Car le mystère du salut, le mystère de la croix, notre étendard, notre blason, c'est que, à l'intérieur même de notre pauvreté, à partir même de notre péché, nous sommes acceptés, attirés, repris, transfigurés, ressuscités, sauvés.

       Que la croix du Christ, en ce temps de carême, soit notre étendard. Que notre péché soit cloué sur le bois par Celui qui "s'est fait péché pour nous", pour que nous vivions dans la lumière.

       AMEN


 

 
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