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L'EXPÉRIENCE DU DÉSERT

Nb 21, 4-9 ; Jn 3, 14-21

Samedi de la troisième semaine de carême – B

(17 mars 2012)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

L'épreuve des serpents brûlants

F

rères et sœurs, la première lecture tirée du livre des Nombres et la suite de l'entretien de Jésus avec Nicodème nous invitent à nous recentrer sur le carême, sa signification, et plus particulièrement sur cette interrogation : "Qui est Dieu pour nous ?" Pendant longtemps, nous avons souvent la tentation de considérer que Dieu est uniquement un protecteur, quelqu'un qui nous permet de passer des épreuves, de vivre ou de survivre en cette terre.

Je pense à ce serment fait par Jacob alors qu'il vient de fuir sa famille, son frère, ses parents, et qui dit d'égal à égal à Dieu : "Si tu me procures le gîte et le couvert, alors, tu seras mon Dieu". C'est cette image que l'homme doit convertir en son cœur. C'est cela l'expérience du désert. Il est étrange qu'à la suite de ce moment extraordinaire qui est le passage de la Mer Rouge, qui en soi au niveau humain est déjà une expérience terrible, être au bord du gouffre, et se dire : soit je saute et je meurs, soit je ne saute pas et je meurs aussi ! il est étrange que cette expérience ne suffise pas pour purifier le cœur de l'homme. Ce n'est pas parce que nous avons passé une épreuve que notre cœur est guéri de cette tentation de ramener Dieu dans la sphère de cette terre sur laquelle nous vivons. Non pas que Dieu ne soit pas intéressé par sa création, non pas que Dieu prendrait un malin plaisir à nous envoyer du mal. Dans la première lecture, les israélites se plaignent d'avoir réussi à passer une épreuve difficile simplement pour maintenant mourir de faim et de soif dans le désert. Ces serpents qui sont envoyés auprès des israélites ne sont pas là parce que Dieu prend plaisir à nous faire souffrir, mais ces serpents sont envoyés pour rappeler au cœur de l'homme le sens de sa présence au cœur de ce monde et le sens de la présence de Dieu dans ce monde. Même si cela peut sembler difficile à entendre, Dieu n'est pas celui qui va nous nourrir d'un pain de froment et nous abreuver d'un bon vin rouge ! je vous rappelle qu'après la multiplication des pains, Jésus s'enfuit.

En fait, la scène dans le désert et aussi la scène entre Jésus et Nicodème, c'est encore une fois cette vieille scène du péché originel. Israël est mis en face de la réalité de la vie de l'homme en tant que l'homme est fait pour vivre avec Dieu. Même s'il est nécessaire d'avoir un toit, sous lequel on vit, et de pouvoir manger à satiété, il se trouve que pour Dieu, ce qui est fondamental, c'est cette rencontre entre l'homme et Dieu à la fois sur cette terre, mais aussi dans le ciel. Nous nous préoccupons à juste titre du bien-être de nos frères et sœurs du monde terrestre, continuons, mais ce que veut dire Dieu à travers l'expérience du désert, c'est que ce soin que nous avons à apporter dans cette vie terrestre, ce soin doit être conditionné à un paramètre : Dieu et l'ouverture de cette terre vers la vie éternelle.

Cette expérience du désert elle est comme raccourcie en une nuit entre Jésus et Nicodème. Et quand Jésus prend pour son compte l'exemple du serpent qui est dressé sur le bois, faisant ainsi référence au texte du livre des Nombres, quand Jésus se compare à ce serpent mis sur ce bâton, et si on le regarde l'homme est guéri, il veut exprimer par là que c'est Dieu lui-même qui est venu dans ce monde pour rencontrer les hommes. Oui, il a bien mangé, oui, il a bien bu, d'ailleurs on le lui a reproché en le comparant à Jean-Baptiste, mais ce qui restait au cœur de ce plaisir que Dieu pouvait avoir d'être parmi les hommes, ce n'était pas de se contenter d'une nourriture terrestre, mais c'était de faire découvrir aux hommes que la tentation, le vide, l'absence, et la mort physique sont des lieux dans lesquels nous pouvons nous nourrir et retrouver et retisser un lien avec Dieu.

Frères et sœurs, cela ne veut pas dire que la mort n'est rien, cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas s'occuper des choses terrestres. Il faut se rappeler que notre chair nous est donnée afin qu'à travers cette chair nous puissions redécouvrir le sens même de notre vie, faire la lumière au cœur même du jugement qui est provoqué à travers des tensions, des événements que nous n'avons pas vécu, afin qu'en regardant face à face ce qui nous plaît pas, nos péchés, la mort, nos échecs, nous découvrions face à face au cœur de la mort, cette promesse de vie éternelle.

 

AMEN