AU FIL DES HOMELIES

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J'ATTIRERAI TOUT À MOI

Nb 21, 4-9

(21 mars 1998)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

Moissac : Christ roman 

C

ette histoire du serpent d'airain que nous venons d'entendre, se situe au moment où le peuple d'Israël est brûlé par la morsure des serpents dans le désert, après avoir crié son ras-le-bol de cette famine qui commence à durer. Le fait qu'il n'y ait plus ni pain ni eau, peut paraître étrange, du fait que ceux qui regarderont ce serpent d'airain ne souffriront plus de la brûlure de la morsure. La clé de lecture s'en trouve directement dans le Nouveau Testament où Jésus lui-même donne l'explication : comme le serpent d'airain élève dans le désert, ainsi, le Fils de l'Homme doit-il être élevé pour qu'à lui, les hommes soient attirés : un point de jonction qui est comme un point de lumière afin que ceux qui sont dans les ténèbres puissent se diriger vers la lumière, et que ceux qui ne feraient pas, c'est parce que leurs oeuvres sont mauvaises et qu'ils ne veulent pas le jour de Dieu, ce jour qui leur fait comprendre qu'ils sont appelés justement à passer la ténèbres à la lumière.

       Autant dire que les hommes de ce serpent d'airain dans le désert, que l'évènement de la croix, puisque le Fils de l'Homme élevé c'est bien le Christ élevé sur la croix, sont un parallèle qui nous indique profondément ce qui se passe en l'homme lorsqu'il accepte de regarder en face ce qu'il est.

       Il est question en définitive du péché. D'abord parce que le serpent depuis l'origine, l'antique serpent, c'est le symbole du diable, du Mal, du péché, de la souffrance et de la mort. Et que lorsque le serpent d'airain est élevé par Moïse, le fait que la morsure qui a eu lieu ne provoque pas de blessure si on regarde vers le serpent d'airain, c'est parce qu'on a mis le doigt que ce qui blesse. Et lorsqu'on met le doigt sur une chose qui blesse profondément, il nous est donné ainsi d'en connaître le nom et de maîtriser cela.

       C'est ce que la liturgie chrétienne vit profondément lorsque par exemple, pendant les dimanches de Carême, les catéchumènes, selon le terme grec de "scrutin", de "regarder", de veille à, sont mis en face du mal qui pourrait encombrer leur cœur pour qu'ils ne restent pas dans ce mal. C'est ce qu'on appelle un exorcisme. C'est-à-dire, faire sortir de soi, on ne peut se laisser envahie par ce qui est à l'intérieur, parce qu'on y fait face, et qu'on est capable de maîtriser, de mettre un nom dessus.

       C'est la même chose qui se passe lorsqu'on porte quelque chose de lourd dans son cœur, qui encombre notre cœur. En parler à un ami, à un confident, cela ne règle pas forcément le problème de le porter, mais cela nous permet de l'avoir sorti de nous, de mettre un nom sur ce qui encombre notre vie, et de savoir que vous n'êtes plus seul à le porter.

       Nous qui sommes chrétiens, je crois que c'est à cela que nous sommes appelés à vivre, tout particulièrement pendant ce temps de Carême, dans la liturgie du sacrement de réconciliation. Pourquoi se confesser ? Eh bien, justement,  pour dire qu'il y a un mal qui encombre notre vie, et on le met en face, et l'on regarde le Christ sur la croix, dont saint Paul dira : "Il s'est fait péché pour nous". C'est-à-dire qu'il a assumé dans son humanité jusqu'à la mort, le visage ultime du péché, car le péché, le mal et la souffrance, sont une mort, et la mort elle-même sont l'aboutissement ultime de tout ce processus. En regardant le Christ mort pour nous, nous voyons en face de nous ce dont nous ne nous rendons pas compte, que nous sommes parfois morts dans notre péché, atteints profondément dans notre cœur. Le Christ a accepté d'être celui qui manifeste combien l'humanité est touchée, blessée, combien l'humanité a le cœur brisé, et en acceptant cela, il fait jaillir au cœur même de cette défiguration et de ce mal, la possibilité d'une espérance, d'une vie et d'une lumière.

       Seulement, il faut que nous acceptions de regarder en face, pour savoir que désormais, même là, le Christ est présent et nous sauve, et qu'il n'y a aucun péché, aucun mal et aucune mort, qui puisse être le terme définitif de la vie humaine.

       C'est ce qui fera s'écrier saint Paul lorsqu'il dira : "Mort, où est ta victoire, où est ton aiguillon ?" O mort, puisque le Christ lui-même a révélé dans son humanité ce qu'était profondément l'homme, et que l'homme n'est plus fait pour cela, mais pour le bien, qu'il n'est plus fait pour le péché mais pour la grâce, plus fait pour les ténèbres mais pour la lumière.

      Et c'est cela que Jésus annonce à Nicodème : il suffit de ce simple mouvement que nous vivons réellement lorsque nous recevons la réconciliation, pour des péchés que nous faisons sortir de nous, en disant le nom du péché, nous annihilons la force du péché pour recevoir la grâce et la lumière de Dieu.

       Ainsi désormais, qui croit au Fils de l'Homme, qui croit à son Incarnation et à sa Passion, a la vie éternelle, puisque cela devient notre lieu même du salut et de la Résurrection.

       AMEN


 

 
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