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SIGNE PARADOXAL

Nb 21, 4-9 ; Jn 3, 14-21

(21 mars 2009)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Brioude : Le Christ lépreux

F

rères et sœurs, ces deux textes celui du livre des Nombres sur le serpent d'airain, et celui de l'évangile de saint Jean, sont assez paradoxaux. Tout d'abord, au désert, des serpents qui manifestent le péché de l'homme, le péché de tribus d'Israël en révolte, contre l'Exode au milieu du désert, ces serpents qui sont un symbole du péché du peuple, Dieu dit à Moïse pour guérir de la morsure des serpents, d'élever un serpent sur l'étendard. On aurait attendu que Moïse élève sur l'étendard un signe de Dieu qui délivre des serpents, et  non pas le signe du mal lui-même, du péché. C'est déjà un premier paradoxe, ce qui veut dire que c'est en contemplant le mal qui prend possession du cœur des hommes, que les hommes peuvent être délivrés du mal. 

       C'est assez mystérieux. Là où le mystère devient complet, c'est quand Jésus lui-même (ce n'est pas nous, c'est lui), voit dans ce signe du serpent un symbole de sa propre mission. Jésus sera élevé sur la croix comme le serpent a été élevé sur l'étendard. Jésus s'identifie à l'image du péché des hommes, lui qui est sans péché et qui vient pour nous sauver du mal, voilà qu'il prend la figure du serpent élevé sur l'étendard, élevé sur la croix. 

       Nouveau paradoxe, Jésus n'est pas venu pour sanctifier le mal, mais pour nous délivrer du mal par le mal, du péché par le péché. Que peut signifier cette identification de Jésus au serpent d'airain image du péché des hommes ? 

       Troisième paradoxe, c'est le commentaire que Jésus fait ensuite de ce qu'il vient de dire : "Dieu a tellement aimé le monde". Il faut savoir que dans saint Jean le monde, c'est la créature en tant qu'elle refuse Dieu. Mais Dieu aime le monde. Dieu ne cesse pas d'aimer les hommes parce qu'ils sont pécheurs et parce qu'ils refusent son amour. Dieu redouble d'amour pour vaincre leurs réticences. "Dieu a tellement aimé le monde, qu'Il lui a donné son Fils unique. Il a livré son Fils unique au monde pour que quiconque croit en Jésus ne soit pas perdu. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui".

       Le Christ est donc venu pour sauver ce monde de péché, ce monde dont Satan est le Prince, ce monde qui refuse Jésus et refuse son Père, ce monde qui nous persécute, Jésus est venu pour le sauver. Nous comprenons peut-être maintenant que si Jésus a pris l'apparence du serpent, c'est-à-dire de notre péché, élevé sur la croix, c'est-à-dire sur l'étendard, si Jésus a pris cette apparence, c'est qu'il a voulu prendre sur lui tout le péché des hommes. Il a accepté d'être défiguré par ce mal que nous ne cessons de commettre et qu'il assume, dont il prend la responsabilité pour que sa mort soit une mort au péché et qu'elle nous délivre de ce péché. C'est en prenant sur lui toutes nos fautes que le Christ  nous délivre, c'est en prenant sur lui toute la haine du monde que Jésus délivre le monde. 

       C'est le mystère de l'amour de Dieu qui ne se contente pas de nous délivrer du mal, mais qui, pour cela, prend sur lui tout ce mal pour l'éteindre définitivement dans la force et la lumière de son amour. 

       Venons  à la lumière, venons à cette lumière du mystère de Dieu qui aime le monde jusqu'à donner sa vie pour lui en prenant sur lui  tout le péché du monde. Venons vers cette lumière pour qu'aimant la lumière, nous soyons délivrés du mal et des ténèbres. 

 

       AMEN