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LA NOUVELLE NAISSANCE

Jr 31, 31-34

(8 mars 2002)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

V

ous avez sans doute été frappés comme moi-même par l'actualité de ces deux textes. Le monde présent, celui que nous connaissons au jour le jour, au fil de l'actualité, ressemble étonnement au monde du prophète Jérémie, et plus spécialement à ce monde dans lequel et pour lequel il écrit l'oracle de la promesse d'une nouvelle alliance, que nous avons entendu. Ce monde du prophète Jérémie, le monde juif, judéen de l'époque, est un monde qui est désolé par le sentiment que finalement, l'Alliance que Dieu avait proposée au Sinaï a été un échec. Pire encore, que l'effort de réforme que le roi Josias avait entrepris pour réhabiliter l'Alliance dans le comportement des judéens, a été aussi un échec. Et encore, que cet échec provoque une sorte de sentiment de lassitude et de découragement spirituel, moral, religieux, qui rend Juda vulnérable comme il ne l'a jamais été, aux agressions et aux menaces de la Syrie. Donc, ce texte du prophète Jérémie s'inscrit radicalement en faux par rapport à ce que le peuple de Jérusalem et de Juda vivait. Il vivait une époque de la fin, une fin de règne, et de fait, quelques années plus tard, Jérusalem était prise, dévastée et toute la population déportée. Or, dans ce contexte-là Jérémie annonce une Alliance nouvelle.

        C'est aussi la même chose pour Nicodème. Nicodème vit dans un temps où l'on a l'impression que tous les efforts de restauration de l'autonomie d'Israël ont échoué. L'instauration, ou la restauration d'un sacerdoce à Jérusalem a été un fiasco, parce que non seulement cela se solde par l'occupation romaine, et un grand-prêtre et un haut clergé à Jérusalem qui sont terriblement collaborateurs. Cela se solde aussi par une sorte de décomposition de grands courants d'espoirs et d'espérances religieuses qui avaient traversé Israël au moment des Maccabées, et qui se sont dissous en plusieurs mouvements de plus en plus isolés les uns des autres : les pharisiens, les sadducéens, les zélotes, et ceux qu'on a retrouvé, il y a une cinquantaine d'années, les esséniens. Donc, Nicodème, un maître en Israël, pressent que Jésus a peut-être quelque chose à dire sur cette situation de crise et de désespoir, et là encore, Jésus lui parle d'une nouvelle naissance. Aujourd'hui, nous avons aussi l'impression de vivre dans un monde qui pendant des siècles a essayé de donner le meilleur de lui-même mais qu'à certains moments cette générosité qui a été manifestée dans la tradition occidentale surtout par les chrétiens est comme mise en échec par des sursauts, des résurgences de violence, de haine, d'incompréhension.

       Face à tout cela, nous n'avons qu'une espérance. Et cette espérance est de taille car à Jérémie, Dieu ne dit pas : je ferai alliance avec quelqu'un d'autre puisque vous avez désobéi, ou vos pères ont désobéi à l'Alliance, mais Dieu dit : Je referai Alliance avec vous, ce sera une Alliance nouvelle, mais les partenaires ce sera toujours Israël, fondamentalement et Dieu. Donc la promesse s'enracine dans un passé que Dieu veut purifier, que Dieu veut pardonner, mais Dieu ne nie jamais ni le passé, ni l'histoire, ni la création.

       De la même façon, quand Jésus parle avec Nicodème, Il lui dit : "Il faut naître à nouveau". Nicodème pense qu'il faut ré-assumer une nouvelle histoire, une nouvelle existence, rentrer dans le sein de sa mère, c'est impossible, et Jésus lui dit : "Quand Je parle de seconde naissance, c'est toi mais dans la puissance de l'Esprit".

       Il y a déjà une nouveauté annoncée par le prophète Jérémie, il y a une nouveauté radicale annoncée par Jésus dans l'Alliance nouvelle.

        C'est le même problème pour nous aujourd'hui. Si nous croyons que la foi, que l'annonce évangélique, si nous croyons que l'Eglise existe pour créer simplement un univers à côté de celui qui existe, nous nous trompons. Nous savons, nous voyons toutes les limites dont souffre l'existence et l'histoire du monde contemporain. Mais si d'une manière ou d'une autre nous essayions de vouloir reconstruire à côté, ou comme en-dehors une sorte de pseudo-création, qui nierait celle qui existe, alors, nous faisons injure au Créateur. Le seul espoir, c'est la nouveauté que Dieu propose. Quand Dieu propose la nouveauté, Il ne propose pas du neuf, Il ne propose pas quelque chose qui nie ce qui a existé avant, c'est un Salut. Et le Salut s'adresse à la création, et si nous imaginions d'une manière ou d'une autre que le Salut inventerait une autre création, alors, nous nous trompons, pire encore nous ne croyons plus au pouvoir que Dieu a de renouveler ce monde et de lui offrir à ce monde tel qu'il est la puissance même et la nouveauté de son Salut.

        AMEN