AU FIL DES HOMELIES

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LA LONGUE PATIENCE

Jc 5, 7-11 ; Mc 12, 13-17

(19 mars 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Cernay-l'Église : Saint Jacques

D

ans le passage de l'épître de saint Jacques que nous venons de lire, Jacques nous parle de la patience. La patience, c'est une attitude fondamentale du chrétien et malgré l'apparent jeu de mot, cette attitude n'a rien à voir avec la passivité. La patience est la vertu fondamentale de celui qui se trouve dans l'attente d'un évènement décisif qui doit achever, accomplir et en même temps transformer la situation dans laquelle il se trouve. Or, chrétiens, vivant le temps de l'Église, nous sommes sauvés déjà puisque le Christ est mort et ressuscité pour nous, et cependant, comme le dit saint Jean, ce que nous devons être "n'est pas encore manifesté". Ce salut n'a pas éclaté de façon visible aux yeux de tous les hommes et à nos propres yeux. Nous sommes encore dans l'attente de cet accomplissement de la Pâque du Seigneur pour nous et pour le monde entier, qui sera, pour chacun de nous notre mort, et pour le monde entier, la fin de ce monde et son passage dans l'éternité.

La patience est donc essentiellement une tension de tout l'être vers ce but qui est plus ou moins proche, plus ou moins lointain, dont la date est incertaine mais dont la venue est assurée. La patience, c'est garder les yeux constamment fixés sur ce jour de l'accomplissement, ce qui fait que bien loin d'être passive, la patience est au contraire une force. Etre patient c'est avoir mobilisé toutes ses énergies pour les diriger vers ce but. Elles sont toutes aimantées par ce que nous attendons, par ce dont nous avons la certitude, par cette venue, peut être imminente, peut-être lointaine, qui capte tout notre désir, toutes nos forces. Etre patient, c'est donc être tenace et la patience est proche de la constance. Etre patient, c'est, quoi qu'il arrive, dans toutes les circonstances de la vie, garder le regard fixé dans la paix, dans la certitude, dans la force, sur le but que le Seigneur nous a promis, dans lequel Il s'est engagé et qui viendra, ainsi que l'annonce le psaume "plus sûrement que l'aurore".

C'est pourquoi la patience est la force du chrétien dans cette vie et plus particulièrement dans les innombrables avatars de notre existence terrestre. Et cet évangile, dont le rapprochement avec la page de saint Jacques est le fait du hasard, cet évangile où Jésus affirme l'autonomie de l'Église et celle de la société civile, décrit bien le contexte dans lequel doit s'exercer notre patience, notre constance, notre fermeté inébranlable. La société dans laquelle nous vivons est une réalité de la terre, une réalité que nous devons non seulement respecter mais à laquelle nous devons donner tout ce qui lui est dû, à laquelle nous devons participer de toutes nos forces humaines, mais dans cette vie de la société civile, nous devons garder avec patience, avec constance, avec fermeté, les yeux fixés sur ce jour où la terre s'accomplira dans le paradis, et où la société dans laquelle nous vivons, débouchera sur ce vers quoi elle marche, quelquefois sans le savoir qui est l'Église accomplie en Royaume.

Pour le moment l'Église est sur la terre, c'est-à-dire qu'elle est entourée de toutes sortes de réalités, de valeurs qui ne sont pas encore du Royaume, qui ne sont pas encore christianisées, qui ne sont pas évangélisées, qui ne sont pas méprisables pour autant, car la société a sa consistance propre, mais l'Église peut quelquefois se trouver insatisfaite par le contexte dans lequel elle vit. Tout dans la société, dans la vie des hommes n'est pas conforme à l'évangile. Nous devons garder dans la paix, les yeux fixés sur cet accomplissement qui viendra à son heure, quand le Seigneur donnera à ce monde sa fin, quand Il le transfigurera pour en faire un autre monde, un monde enfin accompli et achevé. La patience c'est donc à la fois cette fermeté dans le regard vers l'avenir qui nous est promis, qui est certain et vers lequel nous marchons et en même temps, cette paix qui permet de vivre dans société d'aujourd'hui, en participant sans refuser notre part, mais en sachant ses limites aussi bien que sa valeur.

Soyons vraiment patients, c'est-à-dire participants à toutes les réalités de ce monde et en gardant au fond de notre cœur, inébranlable l'espérance, la foi, la certitude de l'arrivée du Seigneur qui viendra "essuyer toute larme de nos yeux", qui viendra accomplir tout ce qui est inachevé, réparé tout ce qui est abîmé et rendre divin tout ce qui, pour l'instant, est encore simplement humain. Et cela chaque jour, quoi qu'il nous arrive.

 

AMEN

 

 
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