AU FIL DES HOMELIES

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NAÎTRE DE L'ESPRIT

Jr 31, 31-34 ; Jn 3,1-8

Vendredi de la troisième semaine de carême – B

(15 mars 1985)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

L

 

'image que le Christ utilise pour expliquer à Nicodème le sens profond de notre destinée, n'a rien au premier abord de très attirant. Je suppose que, si à brûle pourpoint, on vous demandait si vous aimeriez revivre l'évènement de votre naissance, cela ne vous enchanterait pas spécialement. D'une part parce que nous n'en avons pas grand souvenir. Notre conscience vive a plutôt tendance à oublier ce problème de notre origine D'autre part les psychologues et les spécialistes de pédiatrie affirment que, pour l'enfant, la naissance est un moment difficile et péniblement ressenti.

Pourtant le Christ est formel. A Nicodème, il affirme que le sens profond de notre vie est une naissance. Nous naissons de l'Esprit de Dieu. Habituellement, nous pensons que l'idéal de la vie, c'est de nous construire. Nous sommes plutôt contents d'être assez autonomes, de fabriquer notre vie avec tout ce que nous pouvons butiner de part et d'autre de savoir, d'affection, de bonheur, de réussite et même parfois quelques chances de nous améliorer à travers les difficultés que nous rencontrons. Dans ce cas, la perspective profonde de notre vie est une sorte d'épanouissement, de satisfaction de soi-même. Et à partir de là l'idée même de la naissance, avec ce qu'elle comporte à la fois d'arrachement et de pauvreté, n'a rien pour nous sourire.

Et pourtant, c'est exactement ce que le Christ nous demande. Si nous voulons véritablement naître de Dieu, il faut que nous acceptions de passer par ce processus qui est d'abord un arrachement. Quand il naît, l'enfant est arraché du sein de sa mère avec lequel il faisait corps. Et en étant ainsi arraché, ce qui est douloureux et difficile pour lui, c'est le seul moyen de trouver sa véritable destinée d'enfant, c'est-à-dire de pouvoir se situer vis-à-vis de son père et de sa mère, de pouvoir leur dire "je" et "toi" C'est le seul moyen d'être arraché à cela même dont nous sommes taillés, dont nous sommes pétris, pour trouver petit à petit la plénitude d'une relation car c'est cela qui nous constitue comme fils, comme enfant de nos parents.

De la même façon, mais infiniment plus profondément, le temps de notre vie est cet arrachement. Si souvent nous avons l'impression que notre vie chrétienne est obscure que nous ne comprenons pas très bien le sens de notre relation à Dieu c'est parce que, effectivement, notre existence ici-bas a quelque chose du fœtus dans le sein de sa mère. Il n'y a pas encore pleinement cette relation, ce vis-à-vis. "Alors, nous le verrons nous le contemplerons" et ce que nous serons à ce moment-là sera vraiment la manifestation de ce que Dieu veut que nous soyons. Nous vivons malgré nous, ce temps de la naissance, un temps d'obscurité, un temps l'inconnaissance, un temps même certainement d'ignorance car notre foi voit sans voir. Mais, en vivant cela, c'est petit à petit la genèse de nous-mêmes qui s'accomplit à partir de quelque chose qui nous dépasse infiniment car lorsque nous naissons du sein de notre mère, nous naissons de la chair m£me dont nous sommes pétris, et c'est une chair qui naît d'une chair, mais pour que nous devenions esprit, nous ne sommes pas encore pleinement saisis par la puissance de l'Esprit. Nous faisons, jour après jour, l'expérience de toutes les résistances qu'il y a en nous.

Ce dépouillement, cet arrachement est cependant ce qui nous conduira vraiment au face à face avec Dieu, Et cela aussi, paradoxalement, est déjà commencé, mais c'est dur. C'est dur parce que, déjà avec nos parents, dans notre propre enfance la constitution même de notre relation d'enfant n'a pas toujours été facile. Nous avons fait des caprices, c'est bien connu. On nous les rappelle quand on est plus grand. Nous ayons été, à certains moments, des enfants difficiles, et nous n'avons pas toujours trouvé que nos parents étaient commodes avec nous. La constitution de cette relation de fils est toujours quelque chose de houleux et de difficile pour que l'enfant arrive pleinement à déployer tous les éléments de sa personnalité, il faut un certain combat. Avec Dieu, Il en est de même. Certes Il est un Père modèle, mais il y a toute une partie de la naissance à notre destinée divine qui est un combat de Jacob, qui est une bagarre, qui est le fait qu'à tout moment, Dieu nous propose quelque chose de plus grand pour nous que ce que nous envisageons pour nous-mêmes. Nous nous contenterions de beaucoup moins, Nous nous contenterions simplement d'être près de Dieu, en étant le plus petit possible, mais c'est une attitude régressive.

Or, précisément, ce que Dieu veut lorsque nous naissons de l'eau et de l'Esprit Saint, c'est que nous vivions de la plénitude même de l'Esprit, que nous menions un mode de vie divin, qui nous dépasse infiniment. C'est pour cela que nous rechignons sans arrêt, c'est pour cela que notre vie est une sorte de combat permanent. A tout moment, nous voulons régresser dans la grandeur spirituelle. A tout moment nous n'acceptons la pleine dimension de notre être que le Seigneur Lui-même, par son Esprit, voudrait nous proposer.

Qu'en ces jours où nous cheminons vers Pâques nous n'ayons pas peur de la grandeur que Dieu veut pour nous, non pas de ces fausses grandeurs que pourrions imaginer pour nous-mêmes, mais de la véritable grandeur : naître de l'humilité de l'eau et de la puissance infinie de l'Esprit.

 

AMEN


 
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