AU FIL DES HOMELIES

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NAISSANCE NOUVELLE

Jr 31, 31-34 ; Jn 3,1-8

Vendredi de la troisième semaine de carême – A

(27 mars 1987)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

es paroles que le Christ nous adresse aujour­d'hui, à travers Nicodème, nous présentent le baptême comme une naissance. Les mots em­ployés par Jésus sont d'un grande profondeur : "A moins de naître d'en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu". Naître d'en haut, c'est une des traductions possibles des paroles de Jésus, car le mot traduit par d'en haut veut dire aussi bien "à nouveau", de nouveau. Il s'agit tout à la fois d'une nouvelle nais­sance et d'une naissance qui vient d'en haut, qui vient de Dieu. Nouvelle naissance parce qu'elle vient s'ajouter à la naissance de notre chair, à la naissance humaine par laquelle un enfant sort du sein de sa mère. Et Nicodème, au premier abord, en reste à cette naissance, celle que le mot désigne d'ordinaire, dans notre vocabulaire. Mais Jésus parle d'une autre nais­sance, une naissance nouvelle, parce qu'elle s'ajoute à la précédente, parce qu'elle vient compléter la nais­sance humaine. Et cette naissance nouvelle est une naissance d'en haut parce qu'elle vient de Dieu, elle est une naissance dans l'Esprit de Dieu. L'Esprit, c'est-à-dire le souffle vital de Dieu, car le mot esprit dans la langue que parlait Jésus, comme en grec ou en latin d'ailleurs, le mot esprit veut dire "le souffle" de la respiration. Déjà il désigne le souffle de la respiration par analogie avec le vent, déplacement d'air. C'est pourquoi Jésus pourra faire ce jeu de mots sur le mot esprit qu'il vient d'employer pour désigner le souffle vital de Dieu, en disant : "Le vent souffle où il veut, mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va !" ainsi en est-il de celui qui est né de l'Esprit, de celui qui est né du vent de Dieu, Celui qui est né du souffle vital de Dieu.

C'est donc une naissance dans laquelle Dieu nous engendre à sa propre vie par le dynamisme de sa propre vie qui se communique à nous. L'esprit, l'Es­prit saint c'est comme la respiration de Dieu, l'Esprit saint c'est la vie profonde, dynamique vivante de Dieu qui se répand en nous par le baptême. Et qui se répand en nous, non pas simplement pour agiter notre être et notre cœur par ce souffle qui se déplace au moment du baptême, mais pour être un principe de vie permanent, durable, tout au long de notre existence. La vie chrétienne est une vie dans l'Esprit, une vie selon l'Esprit de Dieu. Et c'est pourquoi, à tout instant, nous sommes comme emportés par ce vent, ce souffle de l'Esprit, à tout instant, il y a, au fond de notre cœur, un principe de vie, un principe dynamique qui doit, en nous, porter du fruit, c'est-à-dire engendrer un élan vital. Etre chrétien c'est donc être un vivant de cette vie qui ne peut pas rester inerte, qui ne peut pas se mettre en réserve, qui ne peut pas être renvoyée à plus tard, au lendemain ou après notre mort. La vie de Dieu, c'est aujourd'hui une présence qui doit nous soulever, nous animer, nous faire vivre, maintenant, aujourd'hui, et demain plus qu'aujourd'hui, et de plus en plus intensément, nous conformant peu à peu à la race de Dieu, à la vie de Dieu, à la nature de Dieu. Car quand on naît de quelqu'un, on est de la même nature que celui qui nous engendre. Si par son Esprit Dieu nous engendre, nous communique sa vie, c'est que nous devenons de la même vie que Lui, donc de la même nature que Lui, donc nous sommes remplis de la vie de Dieu, nous sommes "fils de Dieu" au sens fort, ayant en nous un germe divin. Et par le baptême nous sommes donc divinisés, rendus semblables à Lui, restaurés comme "image" de Dieu, transformés, ainsi que le dit saint Paul, d'image en image toujours plus glorieuse à la ressemblance de Dieu, "transformés de gloire en gloire à l'image de Dieu."

Etre chrétien c'est donc laisser l'Esprit façon­ner en nous, peu à peu, la ressemblance de Dieu, transformer notre manière de vivre en une manière de vivre divine, c'est-à-dire transformer notre cœur de pierre en un cœur de chair, transformer notre égoïsme en une capacité d'amour, qui ne sera jamais infinie comme celle de Dieu, sinon plus tard au paradis, mais qui a sans cesse tendance à devenir plus grande. Et c'est pour cela que cette naissance est nouvelle, pas seulement nouvelle parce qu'elle est différente de la naissance selon la chair, pas seulement nouvelle parce qu'elle vient s'ajouter à une naissance humaine précé­dente, mais nouvelle parce qu'elle est toujours renou­velante, parce que nous n'avons jamais fini de nous laisser renouveler par cet amour de Dieu, parce que l'amour de Dieu nous appelle toujours plus loin, nous appelle toujours à aller au-delà de nous-même, au-delà des limites de notre cœur de pierre, pour qu'il devienne un cœur de chair, au-delà des limites très étroites de nos capacités d'amour, pour que nous ap­prenions à aimer comme Dieu nous aime, c'est-à-dire sans limite, sans fin, sans rivage, sans arrêt, à devenir toujours des êtres d'amour davantage consumés par cet amour, davantage emportés par l'élan de cet amour, par le souffle vital de cet amour, car c'est cet amour qui doit nous faire vivre. Et nous n'accompli­rons notre vie que si nous nous laissons transformer en flammes d'amour par l'amour de Dieu, c'est-à-dire si nous apprenons tout simplement, quotidiennement, à chaque instant, à chaque moment de notre vie, à aimer comme Dieu nous aime. Programme très sim­ple, infiniment quotidien, mais très difficile, très pro­fond, parce que dans sa simplicité Dieu nous demande tout simplement de tout donner, d'apprendre à tout donner. Ce qui s'explique en un seul mot, mais qui ne se réalise que par un approfondissement de nous-mê­mes continu, incessant, toujours plus exigeant et qui nous dépouillera totalement de notre égoïsme, c'est-à-dire du repliement sur nous-même.

Alors que cette naissance, inaugurée en nous par le baptême, aille se développant de jour en jour, que cette naissance selon l'Esprit, selon le souffle vital de Dieu, selon l'amour de Dieu aille nous emportant toujours plus loin, nous renouvelant toujours d'une manière plus nouvelle, plus profonde et plus intense, que ce carême soit pour nous l'occasion de ce renou­vellement, toujours recommencé. Laissons-nous prendre par l'Esprit car on n'a jamais fini de vivre de l'Esprit jamais fini de se laisser emporter par le souf­fle de l'Esprit, toujours plus loin.

 

AMEN

 

 

 
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