AU FIL DES HOMELIES

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NICODÈME

Jr 31, 31-34 ; Jn 3,1-8

Vendredi de la troisième semaine de carême – B

(8 mars 1991)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

e pauvre Nicodème n'a pas l'air de compren­dre grand-chose à ce que lui dit Jésus. C'est un petit peu dommage parce que si le Christ est venu se révéler aux hommes et qu'Il reste aussi abscons, je me demande comment nous arriverons un jour à saisir véritablement ce qu'Il nous dit. J'aimerais essayer de comprendre pourquoi Nicodème n'y voit pas toujours très clair.

Jésus lui parle de la nouvelle naissance. Ce thème n'est pas unique à Israël. Les religions primiti­ves le connaissent. Le passage de l'enfance à l'adoles­cence est considéré comme une nouvelle naissance. Et ainsi tout passage qui peut se vivre dans une commu­nauté à l'âge adulte peut être pris pour une nouvelle naissance. Mais Jésus ne se situe pas à ce stade-là. Il ne pense pas que l'homme, pris en tant que tel, à tel ou tel âge, doive faire une espèce de passage qui le conduirait à une nouvelle naissance. Il s'agit bien d'une nouvelle naissance mais d'un autre ordre. Je m'explique. Le caractère de révélation de la nouvelle naissance par rapport à Jésus-Christ est assez unique, même par rapport à l'Ancien Testament.

L'Ancien Testament connaît ce thème comme un passage qui se situe au moment où les Hébreux passent de l'Egypte à la terre promise. Ce passage c'est une constitution d'un peuple qui n'en était pas un en une nation véritable. C'est donc une naissance du peuple. Un autre type de naissance c'est celui que nous trouvons au Sinaï. Le don de la Loi est aussi considéré comme une naissance. Dieu donne sa Loi, ses commandements, et cela fait accéder le peuple à un peu plus de sainteté ce qui est considéré par Israël comme une autre naissance. Or quand Nicodème se trouve face au Christ, il a d'abord cet aspect devant les yeux. Le thème de la nouvelle naissance se re­trouve aussi chez les prophètes, notamment chez Jé­rémie qui aujourd'hui nous demande de mettre la Loi dans le cœur. C'est donc le même rapport qu'au Sinaï. Les prophètes personnalisent le thème de la nouvelle naissance Ce n'est plus seulement un peuple qui est considéré comme Premier-né, mais chaque personne en tant que telle doit accéder à ce passage, à cette naissance. Isaïe parle lui aussi de naissance, d'un es­prit renouvelé et Ezéchiel d'un Esprit qui peut renou­veler tout l'homme.

Donc, quand Nicodème arrive devant Jésus, il a tout son petit catéchisme en tête et dont il sait ab­solument ce dont il est question quand on parle de nouvelle naissance. Mais il sent très bien que le Christ l'emmène loin ailleurs. Pour Nicodème et pour les juifs en général, tout homme qui accédait à la foi juive cassait complètement sa vie antérieure et entrait dans un monde religieux nouveau, donc était consi­déré comme un être nouveau. Pour tout juif, naître d'une mère juive c'était être considéré comme un premier-né dans le judaïsme. Lorsque le Christ parle de nouvelle naissance, il fait allusion à un autre ni­veau : "Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l'Esprit est esprit." Il fait donc une différence entre la chair et l'esprit. Pour un juif, ces deux princi­pes étaient liés. Naître juif c'était aussi naître dans une religion, donc avoir à la fois, absolument tout, l'inté­grité physique et spirituelle du judaïsme tel qu'il de­vait se vivre pour être en rapport parfait avec Dieu. Or le Christ fait une distinction et cette distinction s'éta­blit sur un fait assez précis, celui du thème de l'eau et de l'Esprit qui doit venir ensemencer l'être nouveau.

Mais, dans la tradition apostolique, quand on parle de nouvelle naissance, il y a deux façons de l'appréhender. La première c'est de la voir selon l'op­tique de la Parole et de considérer que ce qui nous fait naître à la vie nouvelle c'est la Parole. Ainsi saint Pierre et saint Jacques nous présentent la Parole comme nous étant donnée pour nous faire accéder, par la prédication, à la vie nouvelle. La seconde vi­sion de cette naissance c'est celle que nous trouvons chez saint Paul ou chez saint Jean, c'est le thème de l'Esprit. L'Esprit c'est ce qui doit renouveler complè­tement l'être. Il y a à la fois la Parole et l'Esprit qui doivent être une semence dans l'être nouveau.

Ce qui est finalement souligné par le Christ c'est que celui qui doit naître d'en haut doit le faire à la manière du genre humain En effet pour que le genre humain puisse se développer, il faut qu'il y ait un germe qui porte en lui toutes les capacités d'exis­ter, de se développer et de naître. Le Christ met sur le même stade la naissance en vue du Royaume. Notre naissance à nous n'est pas un simple passage, mais elle est un germe déposé en nous qui doit nous donner un visage particulier au niveau de la foi. Et ce germe est constitué des deux principes déjà cités, c'est-à-dire la Parole et l'Esprit qui permettent à notre vie spiri­tuelle d'éclore véritablement en une naissance. Que ce ne soit pas seulement une application de notre esprit à des idées nouvelles ou à une religion qui nous paraît valable, mais une adhésion profonde pour que notre cœur soit renouvelé et constitué en être nouveau.

Ainsi donc le carême est le temps particulier où nous avons à revivre ces deux particularités d'ac­céder plus profondément à notre union avec le Christ par la Parole et par l'Esprit. Par la Parole c'est-à-dire par la foi. Que le temps du carême creuse notre foi. Qu'effectivement il y ait en nous cet appel à quelque chose de plus grand. Et par l'Esprit, en renouvelant ce que l'Esprit nous a donné au baptême. Une fois que nous avons été baptisés, le baptême ne s'est pas arrêté un jour pour nous. Il n'a pas stationné définitivement, mais il est appelé sans cesse comme un enfant qui vient de naître à grandir et à s'épanouir. Il faut donc que notre temps de carême soit un temps où nous prenions véritablement en considération que notre corps et que notre esprit ont besoin de se nourrir du sacrement, ont besoin de vivre profondément toute la vie de Dieu, qu'il nous faut sans cesse renaître, que c'est un travail d'enfantement progressif qu'il faut encore renouveler. Nous sommes en gestation perpé­tuelle pour le Royaume et donc il nous faut un jour, certes, accéder au Royaume par notre mort, mais il faut prendre, il faut marcher même si nous marchons mal et si nous tombons comme un petit enfant, il nous faut prendre ce chemin et laisser s'épanouir en nous ce germe par la Parole c'est-à-dire par la foi et par l'Es­prit, en renouvelant les promesses de notre baptême. Que le Seigneur nous y aide. Qu'en accompagnant les catéchumènes dans la nuit de Pâques où nous revi­vrons ces deux temps, le temps de la Parole et le temps de la foi, le temps de l'Esprit qui engendrera des êtres nouveaux, nous puissions, nous aussi, avoir la joie des nouveaux-nés et être épanouis de la lu­mière du Christ et nous réjouir d'être éternellement nouveaux aux yeux de Dieu.

 

AMEN


 

 

 
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