AU FIL DES HOMELIES

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LA COLÈRE DE DIEU

Jr 31, 31-34 ; Jn 3,1-8

Vendredi de la troisième semaine de carême – C

(27 mars 1992)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

J

ésus sait ce qu'il y a dans le cœur de l'homme ". C'est cette observation de l'évangéliste saint Jean qui peut nous donner une clé de compréhension juste du geste assez violent que Jésus accomplit ce jour-là à l'intérieur du Temple.

D'abord un mot sur cette fameuse colère. Il ne s'agit pas d'un bouleversement psychoaffectif de Jé­sus, d'un sentiment qu'Il aurait eu en voyant tout ce falbalas occuper le Temple ce qui l'aurait irrité et Il aurait tout balancer par la porte. Non ! Il ne s'agit pas non plus comme colère d'un geste de vengeance ou d'un geste d'autorité ou plus exactement d'autorita­risme en se disant : plus on corrige les gens, plus ça marchera ! Les éducateurs et les parents savent que justement cela ne marche pas quand cela se fait dans la violence. Il ne s'agit donc pas d'un trait de caractère de Jésus. C'est pourquoi une façon très falsifiée de le comprendre consiste, en nous accusant de péchés de colère, de dire : Vous savez, Jésus aussi en a fait. Cela s'entend de temps en temps. C'est une drôle de façon d'utiliser l'évangile, surtout dans la confession.

Ce geste de colère, il faudrait le replacer dans les multiples colères divines de Dieu dans l'Ancien Testament. Quand on lit l'Ancien Testament, on s'aperçoit très vite que Dieu qui aime beaucoup les hommes est souvent en colère après eux. Et cette co­lère s'exprime et s'exprime de façon violente, même parfois jusqu'au sang, jusqu'à la mort et jusqu'à la disparition, non seulement des ennemis du peuple, mais aussi des membres du peuple de Dieu.

Il y a donc un mystère de la colère divine. Je crois que c'est une expression du souverain bien de Dieu, de l'amour souverain de Dieu. Car Dieu c'est le souverain bien en Lui-même et Dieu ne veut que le bien. Cela c'est la résonance positive. Mais il y a aussi une résonance négative. C'est que Dieu, parce qu'Il est souverain bien, parce qu'Il a pour les hommes un amour souverain, s'engage aussi parfois à détruire dans l'homme, dans la vie, à anéantir dans les hom­mes ce qui les détruit eux-mêmes, et particulièrement ce qui les détruit alors que eux-mêmes prétendent que cela les fait vivre.

Ici il y avait donc un commerce établi dans le Temple et ceux qui l'avaient établi comme d'ailleurs ceux qui l'utilisaient, qui achetaient, pensaient que c'était une façon de se sauver, de manifester une piété. Or c'est justement cela que Jésus veut anéantir, ce que les hommes prétendaient être un élément de leur pro­pre vie spirituelle. Cette colère divine est donc un aspect de l'amour souverain de Dieu qui non seule­ment aime les hommes mais qui est capable de dé­truire en eux ce qui n'est pas amour, amour les uns des autres et amour de Dieu. C'est une forme du cou­rage de Dieu qui va jusqu'à utiliser une certaine forme de violence pour signifier la force qu'a son amour de détruire dans le cœur de l'homme ce qui est péché. C'est une sorte de symbole de ce fait que Dieu est allergique à tout ce qui produit la mort et qu'Il ira jusqu'à tuer, détruire, anéantir ce qui produit la mort c'est-à-dire la mort elle-même, une façon mortelle, parfois mortifère, de vivre entre le croyant et son Dieu.

Lorsque Jésus chasse ces vendeurs du Tem­ple, ce n'est pas un effet d'un sentiment psychologi­que, cela n'a aucun sens au point de vue économique, rassurez-vous, mais c'est simplement une signification qu'Il vient détruire en nous ce que parfois nous culti­vons, ce que nous vénérons, ce que nous adorons, pensant que cela nous fait vivre alors que cela est en train, petit à petit, de nous anéantir et de nous dé­truire. C'est cela qu'Il vient faire et c'est pourquoi saint Jean peut dire : "Jésus sait ce qu'il y a dans le cœur de l'homme ", comme Il sait ce que signifiait cette sorte de destruction spirituelle de ce commerce dans le Temple même qui était devenu une maison de brigands.

Alors, que faut-il retenir ? Si le Christ, à la suite de l'œuvre divine dans l'Ancien Testament, utilise cette colère, cela nous signifie la puissance violente qu'Il a de détruire toute forme de mort et l'impatience que cela s'achève dans le cœur de l'homme, pour que cela restaure l'humanité nouvelle. Et l'humanité nouvelle nous sera donné et nous est donnée dans son corps à Lui qui a été maltraité, qui a été détruit par notre propre péché, justement en pen­sant que la mort d'un seul sauverait le peuple. Et le Christ vient en nous redonnant ce corps brisé, restauré dans son pardon, dans sa mort et dans sa résurrection, Il vient restaurer en nous le Temple nouveau, refaire de notre vie et de notre cœur un lieu véritable où nous pouvons recevoir et vivre la totalité de l'amour de Dieu. Mais cela ne peut pas se faire sans une colère un peu permanente de Jésus par rapport à nous car les événements de l'évangile, s'ils sont historiquement situés, se développent et s'accomplissement spirituel­lement dans la vie et le cœur de chacun.

Il ne faut peut-être pas s'étonner que parfois il y ait dans notre vie spirituelle, dans notre vie chré­tienne ou dans notre vie humaine, ce que nous pour­rions pressentir comme des colères divines. Il ne faut pas s'en étonner. Ce n'est pas une punition de Dieu, ce n'est pas que Dieu nous secoue comme nous pour­rions secouer des gens qui dorment encore, c'est peut-être un signe un peu blessant, je le reconnais, de cette impatience qu'Il a de détruire en nous toute forme de péché, toute collaboration, toute complicité avec le péché. Demandons au Seigneur que cette colère di­vine ne s'arrête pas aux commerçants du temple de Jérusalem, mais qu'elle touche notre cœur et qu'elle en chasse tout ce qui, en nous, est un obstacle à la vérita­ble vie, au véritable amour de Dieu et qu'ainsi Lui-même, le Christ, reconstruise, avec notre propre vie et nos propres corps, son Temple nouveau.

 

AMEN

 

 

 
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