AU FIL DES HOMELIES

Photos

DÉSIR DE CONNAISSANCE

Jr 31, 31-34 ; Jn 3,1-8

Vendredi de la troisième semaine de carême – A

(19 mars 1993)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

S

i le carême est un chemin de pénitence, celle-ci, en aucun cas, n'est la raison ni le but du carême. Le carême, et Jérémie nous le rappelle et la rencontre entre le Christ et Nicodème nous l'en­seignera encore, le carême est un désir de connais­sance, de connaissance du visage de Dieu, de connais­sance du cœur de Dieu. C'est le retour vers le Père. Et s'il y a pénitence d'une manière ou d'une autre, celle-ci n'a de sens, de fécondité que si elle nous libère, nous allège dans notre marche vers le Père, dans le désir de notre cœur, de notre esprit et de notre corps de voir Dieu.

Il s'agit d'une connaissance, mais cette connaissance nous ne la cherchons pas dans notre chair c'est-à-dire dans ce qu'il y a d'humain, de terres­tre, dans ce que nous avons comme facultés, comme intelligence, comme affectivité. Jésus le dit : "Ce qui est de la chair c'est la chair !" Et ce mot chair ne dé­signe pas notre biologie mais notre être humain avec toutes ses qualités, toutes ses capacités. Jésus dit que ceci ne suffit pas non seulement à connaître Dieu mais en plus ceci n'hérite pas du Royaume de Dieu. Pourquoi ? Parce qu'il n'y a de connaissance du Père que dans l'Esprit du Père, que dans l'Esprit saint qui nous est donné dans l'eau baptismale. C'est donc ce sacrement baptismal qui est en nous l'énergie, le mo­tif, la mémoire de notre désir de connaître Dieu, de notre désir de le voir. "Il faut naître de l'Esprit !" et c'est dans l'eau que nous naissons de l'Esprit et que se déploie en nous cette capacité féconde de connaître Dieu et de le voir.

Cependant, et le texte du prophète Jérémie nous le fait pressentir, si tout à l'heure je disais que ce n'est pas la chair qui peut hériter du Royaume de Dieu, ce n'est pas une forme négative et définitive que cette formulation. Car Jérémie nous le dit : "Dieu a inscrit sa Loi au fond de notre être." Il faut donc non pas mépriser l'humain pour accéder à Dieu, mais sa­voir que cet humain, naturellement ne nous conduit pas vers Dieu parce qu'il est terrestre et limité, pé­cheur en plus, mais il faut traverser l'humain dans la force de l'Esprit de Dieu pour atteindre la Loi qui est inscrite au fond de l'humain. Et cette Loi est écrite par Dieu. Elle est donnée par Dieu, elle est "le don de Dieu", elle est l'ordination que Dieu veut pour notre vie terrestre qui n'est autre que de le connaître, que de le voir.

Alors Jésus peut dire : "Il faut naître de l'Es­prit !" pour que cet Esprit, cette force qui vient de Dieu, qui purifie, qui vivifie comme l'eau, nous fasse descendre au plus profond de notre chair puisque c'est là que repose, inscrite de façon visible puisque c'est dans notre chair, la Loi de Dieu. Et notre temps de carême c'est bien sûr de chercher à voir Dieu, à le connaître, mais le chemin du carême n'est pas exté­rieur à nous. Il n'y a pas de distance plus ou moins lointaine entre nous et Dieu. Le chemin du carême, c'est dans la force de l'Esprit, descendre à travers no­tre chair, la laisser être purifiée, fortifiée, vivifiée, ordonnée par l'Esprit Saint. Et nous atteignons alors la Loi inscrite dans notre chair par Dieu. Tout ceci c'est déjà la connaissance de Dieu, parce que cette Loi inscrite au plus profond de notre être n'est rien d'autre que l'image du Christ, que la ressemblance du Christ, que les traits de Jésus puisque nous sommes créés à son Image et à sa ressemblance, et que ces traits du Fils de Dieu qui viendra un jour dans la chair, sont déjà inscrits, avant son incarnation, dans notre chair puisqu'Il prendra notre chair et qu'il y trouvera déjà en nous ses propres traits pour les manifester comme les traits du Fils de Dieu et pas simplement de l'homme.

Cette Loi inscrite dans notre cœur c'est le vi­sage du Christ. Notre carême c'est de descendre, avec tout ce que nous sommes, pour retrouver ce fonde­ment de notre mystère. C'est-à-dire non pas ce que nous ne comprenons pas, mais ce qui nous permet d'être et d'exister. C'est notre fondation, ce sont nos fondements. L'être humain, comme cette église, re­pose sur une fondation, et ses fondations c'est cette Loi inscrite dans notre chair comme les fondations, le tracé d'un monument sont inscrites dans la terre. Mais cette Loi c'est le visage du Christ.

C'est pourquoi Jérémie peut dire : Si vous dé­couvrez cette Loi, vous n'aurez plus besoin d'être en­seignés par quelqu'un d'autre, parce que cette Loi vous enseignera c'est-à-dire vous apprendra qui est le Christ donc qui est le Père et qui vous êtes et quelle est votre destinée de ressembler parfaitement à ce Fils, pour être aimés, comme fils, dans le Fils, par le Père. Que ce soit bien cela, en ce milieu du carême, non pas notre effort, non pas nos pénitences, mais notre désir. Vouloir, dans la force de l'Esprit, descen­dre jusqu'au fond de nous-même, non pas pour se trouver, mais pour le trouver, Lui seul. La contempla­tion de son visage inscrit au fond de notre chair nous permettra de retrouver notre véritable visage d'homme et de retrouver dans nos frères son visage à Lui.

 

AMEN

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public