AU FIL DES HOMELIES

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DANS LE SECRET DE LA NUIT

Jr 31, 31-34 ; Jn 3,1-8

Vendredi de la troisième semaine de carême – B

(11 mars 1994)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

N

ous sommes au milieu du carême. Avons-nous trouvé "une nuit" pour rencontrer le Seigneur ? Avons-nous trouvé un moment de paix, de silence, de solitude pour trouver Jésus ? Le jour, les choses se voient, c'est le symbole de l'évi­dence, de la raison, du visible, du tangible de l'hu­main, cet humain qui nous occupe, qui nous préoc­cupe. La nuit est le symbole de ce qui ne se voit pas, de ce qui ne tombe pas immédiatement sous le sens, de ce qui est invisible, secret, indicible peut-être. Y a-t-il dans notre vie une place pour la nuit ? pour la rencontre personnelle, intime avec Jésus ? pour le trouver.

Rencontrer le Christ dans ce moment de nuit, c'est accepter qu'Il nous conduise au plus profond de cette nuit qui n'est plus d'ordre circonstanciel, d'ordre de la disposition, d'ordre de l'aménagement de notre vie ou de la paix de notre propre vie intime ou exté­rieure, mais qui est au fond de cette paix. "Ce qui est chair est chair", ce qui est de l'homme est de l'homme, avec tout ce que ce terme implique de notre humanité physique, charnelle, psychologique, ration­nelle, intellectuelle. Mais ceci seul ne permet pas à l'homme de trouver le secret de la nuit. Ceci permet de se mettre dans une disposition, comme "Nicodème vint de nuit trouver Jésus."

C'est l'Esprit qui engendre en nous le secret de cette nuit. "Ce qui est né de l'Esprit est esprit". Il faut naître d'en haut, c'est-à-dire naître de ce qui ne vient pas de la chair, de la génération, de l'intelli­gence, des découvertes, des progrès. Il faut naître de l'Esprit qui vient d'en haut, qui est tout autre que tout ce que nous savons et expérimentons du monde, qui est l'Autre par définition, par perfection. Mais cet Autre, cet Esprit Saint qui est le germe de l'homme nouveau, n'est pas au-delà de nous, n'est pas au-des­sus de nous, n'est pas séparé de nous, n'est pas loin de nous. Nous n'avons pas à courir après le Royaume, d'un côté ou de l'autre. Ceci est une attitude "du jour", courir. Ce n'est pas une attitude de la nuit.

Et le lieu de cette présence du Royaume, ce jaillissement de l'Esprit, cette génération de l'homme nouveau, Jérémie l'avait pressentie, lui qui a eu une vie très marquée par la nuit. Il a désigné cette pré­sence de l'Esprit, du Tout-Autre qui est la source de notre être nouveau et qui est inscrite au fond de notre être. C'est dans la nuit, dans l'obscurité, du fond de notre être que Jésus nous invite à entrer comme Il a invité Nicodème à entrer. Le fond de notre être est nocturne symboliquement parce que nous ne pouvons pas le connaître avec les capacités, la puissance de notre sagesse humaine, de notre intelligence, de notre volonté. C'est pour cela qu'il est au fond, au plus pro­fond. Il est inaccessible, ce lieu, à l'homme seul. Il ne peut être connu que si l'Esprit Saint qui est en nous nous le lit Lui-même, nous le découvre Lui-même, nous l'apprend, nous le révèle. Car cette loi qui est inscrite n'est pas une loi écrite, elle est la présence de Dieu. Dieu vit au fond de notre être, dans cet "espace de nuit" que nous ne savons pas reconnaître, vers le­quel nous ne pouvons pas aller seul. C'est l'Esprit qui vient d'en haut qui nous le fait connaître.

C'est cela la démarche du carême : nous met­tre dans une disposition, comme Nicodème, nocturne. laissant un petit peu toutes les choses trop brillantes, trop attirantes, trop clinquantes de notre vie, de notre environnement. Pas uniquement les choses inutiles, mais peut-être aussi les choses nécessaires. C'est le sens du jeûne et du partage. Et cette disposition est la seule qui nous permet, qui permet a l'Esprit de nous faire connaître et de nous apprendre que Dieu habite dans cette part nocturne de notre être à laquelle nous sommes si peu attentifs parce qu'en définitive la nuit nous fait peur. Et nous préférons les agitations, les occupations du jour, quitte à les prolonger très tard dans la nuit ou à les commencer très tôt.

Que l'Esprit qui nous est donné nous conduise au plus profond de notre être, dans cette connaissance qu'un jour nous aurons et qui rendra caduque toute homélie et tout sermon puisque, comme dit Jérémie : "Ils n'auront plus à s'instruire mutuellement parce qu'ils connaîtront le Seigneur." Et du Seigneur, ils connaîtront quoi ? l'alliance du pardon.

 

 

AMEN

 

 
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