AU FIL DES HOMELIES

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OSER RISQUER SA VIE

Jr 31, 31-34 ; Jn 3,1-8

Vendredi de la troisième semaine de Carême – A

(12 mars 1999)

Homélie du Frère André GOUZES

 

F

rères et sœurs, nous avons écouté des textes tellement forts, on pourrait y répondre par de longues méditations, par un mot, et c'est aussi difficile de ne dire qu'un seul mot, et c'est dangereux d'en dire trop, alors, pardonnez-moi de cette médio­crité qu'impose ce quotidien.

En effet, ce texte qu'aujourd'hui nous avons entendu est fort, comme ces grandes tornades de la venue de Dieu dans notre histoire, et aussi souvent, dans nos vies : bâtir, arracher, planter et replanter, la semence, la terre, l'eau, l'Esprit, tout le langage de la foi est un langage fort, un langage cru, qui constam­ment nous renvoie à l'essentiel, nous renvoie à la vé­rité de l'existence, au réel, et l'on a l'impression que la vie religieuse souvent ne cesse justement de fuir ce réel, ne cesse de fuir cet appel à la folie de vivre, au risque de Dieu, et dans nos églises qui n'en finissent pas de se recroqueviller sur leurs discours, et de nous raconter inlassablement, comme dirait Deltheil, "l'évangile au bois dormant".

Et justement, les textes que nous entendons, c'est tout le contraire, de l'évangile au bois dormant !

Il nous faut naître de l'eau, eau tumultueuse, eau vive, et quand vous plongez les enfants, j'en suis sûr ici, dans le très beau rite de l'immersion complète, je suis sûr que de temps en temps, ils piaillent, ils crient. Être plongé dans les sources de la vie, de notre rapport à l'existence, c'est bien la démarche de ca­rême. N'ayons pas peur des eaux vives, n'en faisons pas des flaques, mais la réalité, c'est revenir à ce grand fleuve pour risquer de passer sur l'autre rive et l'autre berge,. Il faut risquer le tumulte et le gronde­ment de ces eaux, dont il ne faut jamais oublier que dans l'Écriture, elles sont aussi bien symbole de mort et d'abord symbole de mort, le Léviathan, autant que de la vie, et elles ne peuvent porter la vie que si à, travers elles, nous risquons de dépasser le bord, de naître d'en haut.

Que veulent dire ces spatialisations de l'aventure spirituelle ? Sinon que peut-être il nous faut nous recevoir en amont de nous-mêmes, il ne faut pas nous recevoir simplement dans nos projets, nous re­cevoir dans nos déterminismes, nous recevoir dans ce qui est trop humain, trop charnel, au sens où nous limitons le mystère de notre être, de nos destins, à ce que nous en avons reçu, de nos déterminismes reli­gieux, familiaux, ou sociaux, ou économiques, mais nous recevoir d'en haut, nous recevoir primordiale­ment du don de Dieu, de sa liberté : Va, lance-toi dans la vie, lève-toi et marche. Nous recevoir dans ce mouvement de fécondité et de création pour que nous-mêmes nous devenions créateur, pour que nous-mê­mes, en écho nous recevions d'en haut, nous portions haut notre liberté notre joie, notre risque de vivre, et cela ne se peut que dans la soudaineté dans l'accueil de cette liberté imprenable de l'Esprit et de sa folle joie. Aller vers Pâques, c'est être créatifs, c'est être chrétiens, c'est inlassablement souhaiter sortir de nos discours, de nos mémoires empêtrées, chercher l'es­sentiel et toujours lui répondre.

 

 

AMEN

 

 
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