AU FIL DES HOMELIES

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SE SÉPARER POUR NAÎTRE

Jr 31, 31-34 ; Jn 3,1-8

Vendredi de la troisième semaine de Carême – B

(31 mars 2000)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous sommes un peu au cœur du message, comme une chose qui serait dit un peu sur le mode confidentiel, comme si Jésus dévoilait quelque chose de crucial, le mot est "la croix" qui concerne à la fois sa propre Passion, ce don de sa vie et en même temps la façon dont nous pouvons nous, à sa suite, devenir disciples de cet homme qui marche résolument, non pas directement vers la mort, mais vers le don de sa vie, vers l'ouverture du cœur du Père.

Cette conversation de nuit, avec un notable juif, qui parle comme on parle la nuit des choses les plus intimes, des choses de la naissance, qui sont à la fois confiées à Nicodème. Je m'étonne souvent que dans l'évangile on entende toutes ces paroles, certai­nes proclamées devant des foules, d'autres murmurées dans une nuit, et d'autres suggérées dans un rêve. Toutes ces paroles, tout ce travail de révélation par Jésus qui utilise tous les registres possibles, la confidence, la complicité, la proclamation, la plainte, et qui disent toujours plus avant le mystère de la présence, du don de Dieu qui vient de plus en plus profondément, de plus en plus loin dans la vie humaine. On est passé de la Loi proclamée sur le mont Sinaï, écrite sur des tables de pierre, à la Loi écrite dans le fond du cœur. On est passé par un mouvement qui dépasse l'intériorisation, comme si Jésus revêtait toute l'humanité dans son déploiement le plus total. C'est une sorte de grand voyage que Dieu fait à l'intérieur de l'humanité, à la fois une sorte de sculpture intérieure, comme s'il reprenait à la base la création du premier moment et que chaque moment est toujours un premier moment de création et de recréation. Et la naissance, c'est une sorte de création. Et nous pouvons discerner là-dedans, à la fois comme une nécessité : il nous faut naître d'en haut, et en même temps, une grande improvisation, une grande création. A la fois, il faut l'humanité, et après la nou­velle naissance rejoint chaque homme, et en chaque homme porteur de la Loi, et bientôt demeure de Dieu, en chaque homme Dieu réinvente la manière dont il propose ce salut qu'il propose à chacun, pour que chaque homme se remette en route, recommence à marcher vers Lui. Il nous faut naître. Un enfant qui ne pourrait naître mourrait dans le lieu où il a été fé­condé. Il faut que nous allions plus loin, que nous sortions de ce lieu pour chercher les choses d'en haut qui sont à la fois si hautes et si proches, si lointaines et si profondément inscrites en nous. Il nous faut naî­tre pour nous séparer, pour nous constituer comme personne, et cette personne devient douée, capable de l'intensité de Dieu. Il faut que nous soyons cette per­sonne-là, une personne qui naît c'est une personne qui est séparée, c'est de l'ordre de la création. Et c'est l'enjeu de notre chemin de notre attente, de notre es­pérance, de notre nourriture eucharistique qui conti­nue de nous préparer et de nous faire naître.

Frères et sœurs, que ce chemin de carême que nous parcourons, un peu à l'exemple du chemin de notre vie, nous fasse sentir plus avant, le soin avec lequel Dieu a visité, a ensemencé de lui-même toute la pâte humaine. Rien n'est laissé au hasard, rien n'est oublié, mais tout est destiné à Dieu.

 

 

AMEN

 

 
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