AU FIL DES HOMELIES

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LA FRAGILITÉ DE LA PIERRE

Jr 31, 31-34 ; Jn 3,1-8

Vendredi de la troisième semaine de carême – B

(16 mars 2012)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Don de la Loi - Reuilly

J

e mettrai ma Loi au fond de leur être et je l'écrirai sur leur coeur".

Frères et sœurs, ce tout petit passage du prophète Jérémie est peut-être un des textes les plus extraordinaires de l'Ancien Testament. Il a amorcé dans une période dramatique un processus de transformation du judaïsme d'abord, et ensuite, il a permis la réussite du christianisme. Pourquoi ? A cause de la manière dont Dieu écrit.

Je voudrais faire référence à un tout petit passage de l'Exode que nous connaissons tous : quand Moïse reçoit la Loi gravée sur les tables de pierre, il redescend de la montagne et le peuple a désobéi, au lieu comme le dit le premier commandement, "il faut adorer Dieu seul", il est en train de se fabriquer un veau d'or. Dieu avait pris la peine de graver les dix Paroles sur la pierre. Dans une civilisation où l'écriture est un phénomène si extraordinaire, bien plus révolutionnaire qu'Internet ou la télévision, on avait conscience que la parole gravée dans la pierre, avait une sorte de pérennité et de durée qui se remarque encore dans tous les monuments avec les inscriptions que nous trouvons de l'Antiquité. Mais quand on pouvait écrire, surtout quand on en avait les moyens, on écrivait car le texte écrit avait une valeur de durée, de permanence, de référence. D'autre part, ce qui était mystérieux dans le domaine de l'écriture, et qui le reste encore aujourd'hui, c'est le fait qu'on puisse graver des choses pensées, des choses réfléchies par notre esprit, des notions, des concepts, et de les graver dans de la matière.

L'invention de l'écriture n'est pas simplement l'invention de la bureaucratie, hélas, mais c'est d'abord l'invention de la transcription dans la pierre ou sur le papier ou sur des documents qui peuvent être durables, ce de ce que l'homme a dit, voulu ou décidé. Dans tout le monde antique, les lois sont gravées sur des plaques de pierre, de marbre.

Dans le récit de l'Exode, c'est la même chose. Les hébreux sont conscients de ce que ce témoignage apparemment aussi solide et durable que la pierre est cependant fragile. Lorsque Moïse descend de la montagne, et qu'il voit le peuple se livrer à un autre culte, on nous dit que de colère, il jette les tables par terre et qu'elles se brisent, en réalité, il démontre la fragilité de la parole écrite sur la pierre. Elle peut apparemment être dure et solide à cause du matériau qui porte les signes, mais son application dépend du cœur du peuple. Le moment où se brisent les tables de la loi c'est la même chose, ce n'est que le symbole et la traduction du fait que le peuple a brisé en lui l'obéissance à son Seigneur, à renié son élection et à refusé d'obéir à la parole. Ce qui est fascinant dans cet épisode de Moïse brisant les tables de la Loi, c'est qu'il y a une coïncidence absolue entre la brisure des tables et la brisure du commandement par le peuple qui est en train d'oublier son Dieu. Apparemment, même si l'écriture est cette invention géniale, même si l'on peut graver sur la pierre nos pensées les plus sublimes, même apparemment durables, elles sont soumises à la fragilité absolue de la décision du cœur.

C'est quand on comprend cela qu'on comprend la grandeur du texte de Jérémie. Dieu promet à ce moment-là une alliance non pas comme celle donnée aux pères, (c'était l'allusion au Sinaï), non pas comme celle gravée sur la pierre sans cesse menacée par la fragilité du péché d'Israël, mais je donnerai une alliance qui sera gravée dans les cœurs. C'est sublime parce qu'à partir du moment où l'homme se voit gravée dans sa chair, dans sa vie, dans ses actes, dans ses pensées, la parole de Dieu, à moins d'une contradiction radicale avec lui-même, il est plus que le porteur, il est cette parole qui est complètement investie, gravée dans la chair des hommes qui la reçoivent.

C'est sans doute une manière de penser qui a permis aux chrétiens de comprendre ce qu'était l'Incarnation. Le Christ, c'est la parole de Dieu faite chair, le Verbe qui se fait chair. C'est la même chose que Jérémie. Je graverai ma Loi, ma parole, mon Verbe, ce que j'ai de plus intime pour l'humanité et pour la création et je l'écrirai sur leur cœur. Il a commencé à l'écrire sur la chair de Jésus de Nazareth, et il continue de l'inscrire dans notre propre chair.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
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